Les diplomates russes ne sont pas expulsés, mais sommés de s’expliquer

Le premier ministre Trudeau a reproché aux diplomates russes en poste au Canada de s’adonner à de la désinformation.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre Trudeau a reproché aux diplomates russes en poste au Canada de s’adonner à de la désinformation.

Justin Trudeau n’est pas prêt à emboîter le pas de ses alliés en expulsant les diplomates russes en poste au Canada. Le premier ministre canadien indique que ces derniers propagent de la désinformation et de « la propagande pro-Poutine », mais il hésite à les déclarer persona non grata, car le personnel canadien à Moscou subirait alors probablement le même sort.

« Il faut juger l’importance symbolique d’exclure des diplomates ici, au Canada », a fait valoir M. Trudeau à son arrivée au caucus libéral mercredi matin. « Les diplomates canadiens en Russie sont en train de faire un travail extrêmement important, [cherchant à] savoir ce qui se passe en Russie, [à] établir des relations dans un moment de crise et de guerre. Si on expulse les diplomates russes du Canada, on va probablement perdre tous nos diplomates en Russie. »

Le gouvernement canadien « étudie » néanmoins cette possibilité, a indiqué M. Trudeau. « On doit faire très attention, parce qu’on ne veut pas se retrouver — particulièrement en période de crise, en période de guerre, de préoccupations diplomatiques — sans ressources à Moscou. »

De nombreux pays européens ont expulsé plus de 200 diplomates russes au total après que, à la suite du retrait des forces russes de certaines villes ukrainiennes, des images ont circulé faisant état de possibles crimes de guerre.

L’ambassadeur convoqué

Pour l’instant, au Canada, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a demandé à sa sous-ministre de convoquer d’urgence l’ambassadeur russe en poste à Ottawa, « afin de s’assurer qu’il se voit présenter les images de ce qui s’est passé à Irpin et à Boutcha », a-t-elle annoncé en point de presse, en marge de ses rencontres avec ses homologues de l’OTAN à Bruxelles.

Le jour même de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, à la fin de février, la ministre Joly avait elle-même rencontré l’ambassadeur Oleg Stepanov et avait dit lui avoir « expliqué fermement, droit dans les yeux, exactement quelle était la position du gouvernement du Canada ». Puisqu’elle se trouve présentement en Europe, elle laissera cette fois-ci le soin à sa sous-ministre de sermonner l’ambassadeur.

Mme Joly a en outre réitéré que le Canada imposerait bientôt de nouvelles sanctions au régime russe.

Le premier ministre Trudeau a par ailleurs reproché aux diplomates russes en poste au Canada de s’adonner à de la désinformation. La Russie nie être responsable des crimes rapportés à Boutcha.

Deux gazouillis du compte de l’ambassade russe à Ottawa ont été considérés lundi comme enfreignant « les règles de Twitter relatives aux comportements inappropriés ». Les messages niaient la véracité des reportages diffusés par des médias occidentaux faisant état de civils abattus à bout portant, de corps de femmes violées et de fosses communes, les Russes alléguant une « supercherie ». Des images satellites de Boutcha, captées avant le retrait des forces russes, montraient des corps de civils gisant dans les rues.

Les conservateurs réclament, depuis les premiers jours de la guerre en Ukraine, qu’Ottawa déclare l’ambassadeur russe au Canada persona non grata. En sortant de la réunion du caucus conservateur, le chef adjoint, Luc Berthold, a réitéré cette demande, qui vaut aussi pour les autres diplomates de Moscou se trouvant sur le sol canadien.

« Je pense que les images qu’on a vues dernièrement, c’est absolument abominable. Personne ne peut accepter ça et on doit durcir le ton encore davantage. Ça passe par l’expulsion des propagandistes du régime de Poutine au Canada », a-t-il lancé.

Ces découvertes à Boutcha et dans d’autres villes ukrainiennes ont mené la communauté internationale à imposer de nouvelles sanctions à la Russie. La ministre Mélanie Joly a promis d’en annoncer aussi de nouvelles « dans les jours à venir ». Elle rencontre ces jours-ci à Bruxelles ses homologues de l’OTAN et du G7.

Le Canada a réclamé, comme ses alliés, que la Russie soit suspendue du Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

Avec La Presse canadienne



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