Que faut-il retenir du nouveau plan climatique d’Ottawa?

Le ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, a expliqué qu’il ne pouvait imposer la même cible à toutes les industries, qualifiant son approche de «très pragmatique et propre à chaque secteur.»
Photo: Chad Hipolito La Presse canadienne Le ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, a expliqué qu’il ne pouvait imposer la même cible à toutes les industries, qualifiant son approche de «très pragmatique et propre à chaque secteur.»

Le gouvernement canadien de Justin Trudeau a déposé mardi son Plan de réduction des émissions pour 2030. Que doit-on en retenir ? Le Devoir vous propose un survol des faits saillants.

Cibles réduites pour l’industrie fossile et le secteur des transports

L’industrie de l’exploitation pétrolière et gazière disposera d’une cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) moindre que celle du reste de l’économie. En effet, on ne lui demande de réduire ses émissions que de 31 % d’ici 2030, par rapport à leur niveau de 2005. Le Canada vise une réduction totale de 40 % des émissions pour cette période. Le ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, a expliqué qu’il ne pouvait imposer la même cible à toutes les industries, qualifiant son approche de « très pragmatique et propre à chaque secteur. » Par exemple, pour l’important secteur des transports, la baisse serait encore plus faible, soit d’à peine 12 % d’ici 2030, par rapport à 2005.

Pas encore de plafond des émissions pour le secteur pétrolier

 

Le plan dévoilé par le gouvernement Trudeau mardi n’indique toujours pas comment l’industrie gazière et pétrolière pourra arriver à réduire ses émissions de GES, puisqu’il reste muet sur le plafond qui doit être lui être imposé. Tout au plus, il précise les données qui « orienteront les travaux » du gouvernement dans ce dossier, promis lors de la dernière campagne électorale. Des consultations doivent encore avoir lieu, notamment. Si l’industrie réussi à réduire son empreinte carbone comme prévu, elle pourrait encore augmenter sa production, pour laquelle aucun plafond n’est prévu. Le gouvernement fédéral n’a pas non plus annoncé de marche à suivre pour éliminer toutes les subventions à l’industrie fossile, une autre promesse électorale.

9,1 milliards de nouveaux investissements

Au total, ce Plan de réduction des émissions pour 2030 prévoit de nouveaux investissements de 9,1 milliards de dollars. Ces fonds serviront entre autres : à faciliter la transition vers l’automobile électrique (2,9 milliards) notamment en bonifiant les infrastructures de recharge et en élargissant le programme Incitatif pour les véhicules zéro émission, à réduire la consommation énergétique des bâtiments (1 milliard), à développer des projets d’énergies propres (850 millions) et à développer des projets de captage et de stockage du carbone dans les milieux naturels (780 millions).

Des cibles pour les voitures électriques

 

À partir de 2035, la totalité des nouveaux véhicules légers neufs vendus au Canada devront être des véhicules zéro émission. Pour atteindre cet objectif, Ottawa se dote également de cibles intermédiaires. D’ici 2026, au moins 20 % des nouveaux véhicules légers vendus devront être à zéro émission, et au moins 60 % devront l’être d’ici 2030. Ottawa veut aussi faire en sorte que « 35 % de tous les véhicules moyens et lourds vendus soient des véhicules zéro émission d’ici 2030. »

Miser sur la captation du carbone

 

Le gouvernement canadien mise gros sur l’invention d’une technologie capable de capter et de stocker le carbone pour atteindre ses cibles pour 2030. Le plan dévoilé mardi réfère à cette technologie du futur à 75 reprises, alors que le plus récent budget consacrait 319 millions de dollars à son développement. Des responsables gouvernementaux font valoir que tout chemin vers la carboneutralité pour 2050 passe nécessairement par le captage du carbone. Des critiques soulignent toutefois que cette technologie expérimentale n’a pas encore démontré qu’elle peut être commercialement viable.

 


Correction: Une version précédente de ce texte évoquait un investissement de 780 millions de dollars pour «développer une technologie de captage et de stockage du carbone». Il faut plutôt lire «pour développer des projets de captage et de stockage du carbone dans les milieux naturels».

 



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