Ottawa étend jusqu’à trois ans la durée de séjour permise pour les Ukrainiens

Les demandeurs n’ayant pas en main un passeport valide ont aussi l’option de faire une demande et que le ministère de l’Immigration leur délivre «un document de voyage d’aller simple au cas par cas, s’il y a lieu».
Paul Chiasson La Presse canadienne Les demandeurs n’ayant pas en main un passeport valide ont aussi l’option de faire une demande et que le ministère de l’Immigration leur délivre «un document de voyage d’aller simple au cas par cas, s’il y a lieu».

Le nouveau programme d’immigration du Canada visant à accueillir rapidement des Ukrainiens ayant fui la guerre permettra finalement aux personnes dont le dossier sera accepté de rester jusqu’à trois ans au pays.

Lorsque le gouvernement a annoncé son intention de mettre en place ce programme, l’Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine (AVUCU), la période maximale de la mesure était plutôt fixée à deux ans.

Cette durée étendue offre une « flexibilité additionnelle » face à l’incertitude de la situation sur le terrain en Ukraine, a expliqué en entrevue le ministre de l’Immigration, Sean Fraser, quelques heures après avoir annoncé l’ouverture officielle de l’AVUCU.

Il s’attend à ce que cette durée facilite aussi l’accès à un emploi pour les Ukrainiens qui trouveront refuge temporairement au Canada. « Des organisations qui cherchent à embaucher des Ukrainiens [sauront] qu’ils pourront les avoir comme employés dans leur entreprise pour, potentiellement, une plus longue période », a-t-il dit.

Selon les dires du ministre, Ottawa a été mis au courant de dizaines de milliers d’occasions d’embauche par des employeurs canadiens qui souhaitent faire leur part, à leur façon, face à l’invasion russe de l’Ukraine.

D’ailleurs, le fédéral a aussi mis en ligne jeudi un portail web dans le but de mettre en contact des travailleurs venus de l’Ukraine avec des organisations prêtes à les embaucher.

Pas de seuil, comme convenu

 

L’objectif de l’AVUCU est de permettre à des Ukrainiens et les membres de leur famille immédiate de s’installer au Canada, mais de décider ensuite où ils veulent s’établir à plus long terme.

Ceux qui souhaiteraient rester au Canada au terme des trois ans pourront tenter de le faire en demandant une résidence permanente, a relevé le ministre. Or, dans un premier temps, l’importance était de s’assurer que les Ukrainiens aient rapidement une voie d’accès adaptée comme l’AVUCU, a insisté le ministre.

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) s’est engagé à traiter en 14 jours les demandes de résidence temporaire en vertu de son nouveau programme « pour les cas réguliers et non complexes », peut-on lire dans un document d’information publié par le ministère.

« L’une des raisons pour laquelle nous avons conçu le système comme nous l’avons fait, c’est parce que nous voulions (une mesure) qui pourrait répondre à la demande plutôt qu’à des (seuils) établis », a-t-il par ailleurs soutenu.

En effet, l’AVUCU écarte tout plafonnement. Des seuils existent pour ce qui est d’autres types de requête en matière d’immigration, c’est-à-dire celles « de réinstallation à titre de réfugié et aux volets pour la résidence permanente », spécifie d’ailleurs le document d’information d’IRCC joint au communiqué de l’annonce de jeudi.

Par ailleurs, le ministre Fraser a fait écho à l’ouverture déjà exprimée par le premier ministre Trudeau quant à la possibilité d’organiser des évacuations aériennes d’Ukrainiens.

Des discussions sont déjà entamées en ce sens, a-t-il relevé, affirmant toutefois qu’une telle opération est complexe puisque les personnes ayant fui la guerre sont dispersées à différents endroits en Europe.

« C’est quelque chose que nous regardons et auquel nous sommes ouverts et sur lequel nous travaillons depuis un certain temps, mais nous devons finaliser certains détails avant de créer une nouvelle mesure, a-t-il dit. Nous devons nous assurer que ce nouveau programme va refléter les besoins des gens sur le terrain. »

IRCC a aussi fait savoir jeudi qu’il renonçait, avec l’AVUCU, aux frais de demandes qui y auraient normalement été associés. Les demandeurs pourront aussi s’inscrire gratuitement pour l’obtention d’un permis de travail ouvert.

Pas de suspension d’exigence de visas

Des voix s’élèvent depuis des semaines pour demander une levée complète des obligations de visas pour les Ukrainiens, mais le Canada n’a pour l’heure pas accédé à cette demande.

Aux Communes, tant le Nouveau Parti démocratique que le Bloc québécois se sont exprimés en ce sens, en plus de critiquer le fait que des données biométriques sont exigées. Les partis d’opposition réclament aussi que les vérifications de sécurité soient faites à l’arrivée des Ukrainiens au pays plutôt que d’être effectuées en amont.

« Dans le cadre de ce programme spécial, les demandeurs sont dispensés de plusieurs des exigences normales associées à un visa de visiteur ou à un permis de travail », affirme IRCC dans son communiqué.

On insiste aussi sur le fait que la plupart des services sont accessibles en ligne et que les employés du ministère sont prêts à opérer avec efficacité en Europe. IRCC relève notamment dans ses publications de jeudi avoir dépêché « des fournitures et équipements supplémentaires, comme des trousses de collecte de données biométriques mobiles ».

Par ailleurs, on invite les demandeurs n’ayant pas en main un passeport valide à postuler malgré tout. Le ministère pourra leur fournir « un document de voyage d’aller simple au cas par cas, s’il y a lieu ».

Les Ukrainiens qui sont déjà au Canada en tant qu’étudiants ou visiteurs peuvent aussi faire une demande d’AVUCU pour bénéficier d’un permis de séjour temporaire de trois ans.

Ottawa s’est aussi engagé à mettre sur pied un programme spécial de parrainage de regroupement familial pour l’obtention de la résidence permanente. Le gouvernement Trudeau n’a toutefois pas encore annoncé comment il compte s’y prendre.

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