Poutine a fait «une grave erreur» et «va perdre cette guerre», insiste Trudeau

« La Pologne et le Canada ont été parmi les pays qui ont poussé le plus fort pour qu’on agisse », a-t-il estimé Justin Trudeau à Varsovie, où il a rencontré le président polonais, Andrzej Duda.
Czarek Sokolowski Associated Press « La Pologne et le Canada ont été parmi les pays qui ont poussé le plus fort pour qu’on agisse », a-t-il estimé Justin Trudeau à Varsovie, où il a rencontré le président polonais, Andrzej Duda.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a estimé jeudi à Varsovie que le président russe, Vladimir Poutine, avait « fait une grave erreur » en attaquant l’Ukraine et allait perdre la guerre qu’il a déclenchée.

« Vladimir Poutine a fait une grave erreur et va perdre cette guerre qu’il a commencée, à cause du courage et de la résilience et de l’inspiration qu’offrent ces braves Ukrainiens. Mais aussi à cause de l’unité, de la fermeté des pays alliés », a dit M. Trudeau, répétant la même phrase en français et en anglais, lors d’une conférence de presse avec le président polonais, Andrzej Duda.

Les alliés « ne vont pas permettre, ne peuvent pas permettre que Poutine gagne après avoir bafoué les règles internationales, avoir ciblé des civils, avoir envahi le pays voisin », a poursuivi le premier ministre.

« Nous allons tout faire, a-t-il insisté, pour s’assurer que Poutine fasse face à des conséquences sévères pour ses choix et pour tous les mauvais choix qu’il pourrait faire dans les jours et les semaines à venir ».

Selon lui, Vladimir Poutine « comptait sur le fait que, dans les démocraties, on a de la difficulté des fois à s’entendre, mais il a trouvé à la place une union, une férocité de notre réponse économique qui a démontré comment les démocraties peuvent et vont défendre les principes sur lesquels elles ont été fondées ».

« La Pologne et le Canada ont été parmi les pays qui ont poussé le plus fort pour qu’on agisse », a-t-il estimé.

De son côté, le président polonais s’est prononcé lui aussi pour des sanctions « multidirectionnelles » et « foudroyantes » destinées à frapper d’une part l’économie russe et d’autre part Vladimir Poutine et son entourage, dont il espère qu’ils répondront de leurs « crimes de guerre » devant la Cour pénale internationale.

« Inacceptable »

M. Trudeau a aussi dénoncé les offensives russes qui ont touché des édifices à logements et autres secteurs où se trouvent des civils.

« C’est tout à fait inacceptable. On demande un cessez-le-feu immédiat pour que les civils puissent évacuer en toute sécurité », a-t-il dit en français.

Selon les Nations unies, plus de 500 civils ont été tués jusqu’à présent. Mercredi, ce sont les images de femmes et d’enfants qui ont survécu au bombardement d’un hôpital pédiatrique en Ukraine qui ont rempli les ondes européennes et donné un visage humain à cette souffrance pour un continent sous le choc des pires combats depuis la Seconde Guerre mondiale.

La frappe aérienne sur l’hôpital pédiatrique de la ville portuaire de Marioupol a blessé des femmes enceintes et laissé des enfants enterrés sous les décombres.

L’Organisation mondiale de la santé affirme avoir confirmé 18 attaques contre des installations médicales depuis que la Russie a envahi l’Ukraine il y a deux semaines.

Égalisation des dons jusqu’à 30 millions $

Le Canada égalera finalement à hauteur de 30 millions de dollars les dons faits à la Croix-Rouge afin de venir en aide aux Ukrainiens, a annoncé le premier ministre Trudeau au cours de son passage en Pologne.

« Nous augmentons cela par rapport à notre engagement d’origine de 10 millions de dollars », a-t-il souligné durant son point de presse aux côtés du président polonais.

Il a aussi indiqué que 50 millions des 100 millions de dollars déjà annoncés en aide humanitaire seront envoyés en soutien immédiat là où les besoins sont les plus névralgiques.

M. Trudeau est arrivé en Pologne plus tôt jeudi, où la majorité des quelque 2 millions d’Ukrainiens qui ont fui la guerre russe contre leur pays ont cherché refuge.

Le premier ministre a rencontré son homologue polonais, Mateusz Morawiecki. « Nous nous rencontrons à un tournant, qui déterminera et définira probablement l’avenir pour des années, voire des décennies », a déclaré le premier ministre polonais à M. Trudeau peu après son arrivée à Varsovie.

« La guerre et la crise des réfugiés qu’elle a créée, mais en particulier ce qui se passe en Ukraine, c’est quelque chose d’inimaginable dans la troisième décennie du 21e siècle. »

M. Morawiecki a déclaré qu’il prévoyait parler à M. Trudeau de « la façon de se débarrasser du pétrole et du gaz russes et de faire en sorte que les sanctions fonctionnent vraiment efficacement ».

M. Trudeau a félicité la Pologne pour son accueil « extraordinaire » des Ukrainiens fuyant pour sauver leur vie, et il a dit à son hôte à quel point il était impressionné par les soldats polonais qu’il a rencontrés plus tôt cette semaine à la base de l’OTAN en Lettonie, où le Canada commande un groupement tactique multinational.

Le premier ministre canadien a déclaré qu’ils devaient « condamner très, très fermement la violation du droit international » et des chartes des Nations unies.

« Les sanctions sont dures et lourdes et dureront très longtemps », a déclaré M. Trudeau.

Avant de quitter Berlin, M. Trudeau a prononcé un important discours de politique étrangère devant un groupe de réflexion allemand de premier plan et a répondu aux questions d’un public international, déclarant qu’il pensait que le président russe, Vladimir Poutine, serait un jour tenu responsable de crimes de guerre devant la Cour pénale internationale.

Les portes du Canada ouvertes aux Ukrainiens

 

M. Trudeau a affirmé que même si les portes du Canada sont grandes ouvertes aux demandeurs d’asile ukrainiens, leur premier arrêt sera quelque part en Europe.

« Le Canada est un pays qui a été bâti par des gens qui ont fui la guerre, la persécution ou qui cherchent simplement à se construire une vie meilleure », a-t-il déclaré.

Danny Glenwright, président d’Aide à l’enfance Canada, a déclaré qu’il y avait une grave inquiétude pour les plus d’un million d’enfants qui ont fui l’Ukraine jusqu’à présent. Il a déclaré que son organisation avait des équipes en Pologne et dans les pays voisins pour aider les réfugiés et plaidait auprès des responsables de l’Union européenne et d’autres pour aider les enfants à se mettre en sécurité et à être protégés.

La vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland, a déclaré mercredi que la planification par le gouvernement d’une réponse canadienne à la crise des réfugiés européens a commencé à la fin de l’année dernière, alors que M. Poutine a commencé à déployer plus de 100 000 soldats et de l’équipement militaire aux frontières de l’Ukraine.

La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a expliqué que le Canada travaillait en étroite collaboration avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés dans toute l’Europe de l’Est pour trouver des moyens d’amener les réfugiés au Canada après avoir négocié des accords de passage sûr. Elle a déclaré que le ministre du Développement international, Harjit Sajjan, était en Moldavie pour parler à l’agence des Nations unies pour les réfugiés afin de coordonner la réponse du Canada.

« Ces conversations ont lieu », a déclaré Mme Joly. « Mais en même temps, nous devons bien faire les choses. »

À Varsovie, M. Trudeau doit aussi rencontrer la vice-présidente américaine, Kamala Harris, pour discuter de la situation en Ukraine.

Ce sera la dernière étape de M. Trudeau dans le cadre de sa tournée européenne dans quatre pays cette semaine pour discuter avec des alliés de la manière d’accroître la pression sur le régime de M. Poutine.



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