Le Parlement unanime pour sanctionner la Russie, et suggère d’en faire plus

Cette prise de position pour l’Ukraine et les actions annoncées par le Canada ont fait consensus parmi les élus fédéraux, même si les partis d’opposition ont tous suggéré que le Canada aille encore plus loin.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Cette prise de position pour l’Ukraine et les actions annoncées par le Canada ont fait consensus parmi les élus fédéraux, même si les partis d’opposition ont tous suggéré que le Canada aille encore plus loin.

Renvoyer l’ambassadeur russe, laisser tomber l’exigence d’un visa pour les Ukrainiens ou atteindre l’autosuffisance en pétrole : les partis d’opposition à Ottawa ont tous fourni leurs suggestions quant aux actions supplémentaires que devrait prendre le Canada face à la guerre en Ukraine, tout en appuyant les sanctions envers la Russie annoncées lundi, qualifiées des « plus sévères jamais imposées » à un pays de cette importance.

« Cette invasion est injuste, n’a pas été provoquée, est illégale. La Russie sera tenue responsable », a déclaré Justin Trudeau, lundi soir. Le premier ministre a lancé le débat d’urgence aux Communes consacré à la manière dont le Canada peut adéquatement répondre à la guerre en Ukraine. Il a listé toutes les manières par lesquelles il entend aider les Ukrainiens, dont la remise d’armes létales, ainsi que les sanctions qui sont imposées à la Russie.

Cette prise de position pour l’Ukraine et les actions annoncées par le Canada ont fait consensus parmi les élus fédéraux, même si les partis d’opposition ont tous suggéré que le Canada aille encore plus loin.

Livraison d’armes

Le gouvernement canadien a par exemple annoncé lundi qu’il fournirait encore plus d’armes à l’Ukraine, dont une centaine de lanceurs antichars et 2000 roquettes. Ces armes s’ajoutent à l’envoi de fournitures militaires annoncé ce week-end, comme des vestes pare-balles, des casques ou des lunettes de vision nocturne, ainsi qu’à d’autres armes et munitions déjà envoyées en février, comme des fusils de précision et des munitions. L’aviation canadienne et 450 soldats seront aussi mis à contribution pour le transport et la logistique militaire de l’Ukraine et de l’OTAN, à partir d’une base en Pologne.

« On continue d’espérer une désescalade. On continue d’espérer que la Russie va voir que c’était une terrible erreur, et retirer ses forces de l’Ukraine, parce que nous ne reculerons pas sur les mesures économiques et les sanctions que nous avons mises en place », a indiqué le premier ministre Justin Trudeau, lundi, entouré de quatre de ses ministres.

Le Parti conservateur a pressé lundi le gouvernement Trudeau d’accélérer sa propre stratégie d’armement, notamment en se procurant les avions de chasse F-35 et des navires de combat promis pour l’Arctique, océan qui touche aussi la Russie. De plus, l’opposition officielle souhaite renvoyer l’ambassadeur russe à Ottawa. « On n’a pas entendu l’ambassadeur dire quelque chose contre [la guerre menée en Ukraine], et dans ce cas, il [doit partir] », a lancé la cheffe conservatrice par intérim, Candice Bergen.

Sanctions économiques

 

Par la voix de sa ministre des Finances, Chrystia Freeland, le gouvernement canadien a expliqué vouloir « rendre inutile une grande partie du trésor de guerre que Vladimir Poutine a amassé dans sa banque centrale » en « [coupant] la Russie du monde occidental ».

Les institutions financières canadiennes n’ont par exemple plus le droit d’effectuer de transactions avec la banque centrale russe. Le pays travaille déjà à exclure les banques russes du système SWIFT. Du même coup, le Canada interdit toute importation de pétrole brut en provenance de la Russie. « Même si le Canada en a importé que des quantités très limitées ces dernières années, cette mesure envoie un message puissant », a précisé le premier ministre Trudeau.

Des députés conservateurs avaient critiqué les embûches auxquelles fait face l’industrie pétrolière canadienne, puisque cette industrie aurait le potentiel, disent-ils, d’affranchir le Canada de ses importations de pétrole russe. « Au cours des 20 dernières années, [ce sont] 13 milliards de dollars que les Canadiens ont acheté de pétrole russe de Poutine. […] Pendant ce temps-là, l’objectif du gouvernement est d’éliminer tranquillement le potentiel énergétique du Canada », a scandé le député conservateur Gérard Deltell lors de la période de questions, lundi.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a pour sa part servi une mise en garde concernant « l’instrumentalisation d’un conflit dramatique au bénéfice du commerce du pétrole de l’Ouest canadien ».

Visa toujours nécessaire

 

Le Bloc québécois, le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique ont tous trois prié le gouvernement de laisser tomber l’exigence d’un visa pour les Ukrainiens souhaitant fuir la guerre au Canada. « Le premier ministre va-t-il alléger les formalités, suspendre les visas et accueillir chez nous les Ukrainiens poussés hors de leur pays par l’assaut de Vladimir Poutine ? » a par exemple demandé le néodémocrate Alexandre Boulerice en chambre. « Le gouvernement peut en faire plus pour ces familles. Il peut lever les visas pour accélérer l’arrivée au Canada des Ukrainiens qui veulent s’y réfugier temporairement », a ajouté le bloquiste Alain Therrien.

Le premier ministre a répété lundi que son gouvernement « travaille pour accélérer les processus », sans s’engager à mettre fin au visa obligatoire. Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Sean Fraser, a précisé qu’environ 4000 dossiers ont ainsi été traités en priorité depuis le début du conflit avec la Russie. Il a annoncé lundi l’élimination de frais administratifs pour les demandeurs ukrainiens, et le prolongement du statut au Canada de ceux se trouvant déjà au pays.

Le premier ministre a aussi indiqué lundi qu’il demanderait au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de revoir la licence de diffusion de la chaîne russe Russia Today, accusée de verser dans la désinformation. Dans une déclaration publiée sur son site Web, Justin Trudeau promet de lutter « contre la désinformation et d’autres formes de guerre hybride ».

À (re)voir : la conférence de presse de Justin Trudeau



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