Les pro-vie pourraient favoriser Poilievre dans la course conservatrice

Le camp de Pierre Poilievre fait pression pour que la course à la chefferie se tienne rapidement.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Le camp de Pierre Poilievre fait pression pour que la course à la chefferie se tienne rapidement.

Les militants pro-vie veulent voir leur propre candidate dans la course à la chefferie conservatrice et espèrent l’entrée en scène de la députée Leslyn Lewis. Mais lorsqu’ils auront à se rabattre sur un second choix, dans le scrutin préférentiel, ils risquent de se tourner vers Pierre Poilievre plutôt que Jean Charest. Ce qui priverait alors l’ancien premier ministre québécois d’un nombre important de voix.

La course qui mènera à l’élection du prochain chef du Parti conservateur devrait se mettre en branle la semaine prochaine. Le comité organisateur s’apprêterait à en révéler les règles à ce moment, selon nos informations. Jean Charest attend ces modalités pour sceller sa décision. La chroniqueuse Tasha Kheiriddin et les autres potentiels candidats aussi. Le camp de Pierre Poilievre fait pression pour que la course se tienne rapidement.

Chacune des franges du parti courtise activement son candidat pour le convaincre de faire le saut. Les groupes et militants pro-vie espèrent que la députée antiavortement Leslyn Lewis fera bel et bien le saut. « Nous avons besoin d’un candidat de la frange sociale du Parti conservateur », insiste Jack Fonseca, de l’organisation Campaign Life Coalition.

Mme Lewis est arrivée troisième lors de la course de 2020 et se préparerait en effet à se porter candidate, selon nos sources. Éliminée au second tour de ce scrutin, elle avait alors récolté 60 000 des 171 000 votes exprimés (soit plus que ceux recueillis respectivement par Erin O’Toole et Peter MacKay).

Le bulletin préférentiel prévoit un deuxième ou un troisième choix, en prévision de l’élimination de son favori. Le député de la région d’Ottawa Pierre Poilievre — l’unique candidat à s’être officiellement annoncé pour l’instant — « pourrait très bien » recueillir ceux des pro-vie cette fois-ci, selon Scott Hayward, cofondateur du groupe antiavortement Right Now, qui sondera les différents candidats avant de recommander, comme à chaque course, à ses 30 000 partisans pour qui voter.

En vidéo: Qui est Pierre Poilievre?

Un tiers de votes important

M. Poilievre avait un bilan parfait aux yeux de la Campaign Life Coalition, qui recense les votes exprimés par les élus sur les questions pro-vie. Du moins jusqu’en 2020, lorsqu’il a songé à se lancer dans la précédente course à la chefferie et promis qu’un gouvernement sous sa gouverne empêcherait l’adoption de projets de loi pro-vie.

Ce qui fait dire à Jack Fonseca que M. Poilievre et M. Charest sont tous deux « pro-avortement ». Pour cette raison, la Campaign Life Coalition — qui rejoint 300 000 familles — risque quant à elle de recommander à ses partisans de n’inscrire ni l’un ni l’autre sur leur bulletin préférentiel. « Nous n’appuierons pas des candidats pro-avortement. Parce que les politiciens doivent comprendre que pour avoir notre appui, ils doivent nous offrir des engagements politiques concrets. Autrement, ils ne font que nous tenir pour acquis », déplore M. Fonseca en entrevue. « Devenir socialement libéral n’est pas la clé vers la victoire. C’est une défaite garantie pour les conservateurs. »

La frange sociale du PCC est très influente. Ce sont ses membres qui ont propulsé au premier rang les vainqueurs des deux dernières courses, Andrew Scheer et Erin O’Toole. « Vous ne pouvez pas ignorer le tiers du parti », affirme l’ancien député Brad Trost, qui demeure impliqué dans le mouvement pro-vie. « Ce serait comme écarter toute la province du Québec, qui rassemble 22 % des votes. Ce serait complètement insensé. »

M. Trost prédit lui aussi que Pierre Poilievre « est bien mieux positionné pour recevoir les deuxièmes choix » des conservateurs pro-vie.

Le camp Poilievre joue du coude

L’entourage de l’aspirant-chef a fait pression cette semaine sur le comité organisateur de la course pour que celle-ci se termine d’ici l’été.

Le député John Williamson, qui appuie M. Poilievre, a écrit à tous ses collègues en prévision d’une rencontre entre le comité et les élus jeudi pour les sommer de réclamer la même chose. Le gouvernement de Justin Trudeau est minoritaire et les conservateurs doivent « être prêts », a fait valoir M. Williamson dans le courriel dont Le Devoir a obtenu copie.

Une joute un peu plus longue, avec un vote en septembre, donnerait plus de temps à Jean Charest ou à d’autres candidats progressistes de recruter des membres. Le contraire favoriserait Pierre Poilievre, qui est fort populaire auprès du membrariat actuel du parti.

Outre ces deux potentiels candidats, la chroniqueuse Tasha Kheiriddin est très tentée de se lancer, selon nos informations. Le maire de Brampton, ex-député conservateur et ex-chef du Parti progressiste-conservateur ontarien, Patrick Brown, y songe aussi.



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