Nouvelle ronde de sanctions canadiennes contre la Russie

Dénonçant une « attaque injustifiable » et « inacceptable » en Ukraine, une « frappe militaire irresponsable et dangereuse », Justin Trudeau a haussé le ton contre la Russie et annoncé une nouvelle série de sanctions économiques. Le Canada vise cette fois-ci des membres de la garde rapprochée de Vladimir Poutine ainsi que de l’élite russe, de même que toutes les exportations du Canada vers le pays.

« Je veux être clair : l’attaque de la Russie contre l’Ukraine est aussi une attaque contre la démocratie, la loi internationale et la liberté », a scandé Justin Trudeau jeudi, un peu plus de douze heures après que les forces russes eurent lancé leur offensive en Ukraine.

Pour y répliquer, le Canada a choisi de cibler des membres du Conseil de sécurité de la Fédération russe, qui conseille le président Poutine en matière de sécurité, notamment ses ministres de la Défense, des Finances et de la Justice. Les nouvelles sanctions économiques, qui font suite à celles annoncées mardi, visent en outre 31 individus — notamment des membres de l’élite russe et leur famille — et 27 entités — des banques, des entreprises pétrolières et gazières, des entreprises de transports, de défense ou de télécommunications ainsi que la société militaire privée Groupe Wagner. Quatre Ukrainiens sont aussi ciblés pour avoir participé à déstabiliser le pays.

Le Canada s’en prend également aux exportations à destination de la Russie. Tous les permis existants ont été annulés, les nouvelles demandes, refusées. Aucun bien minier, technologique ou de l’aérospatiale ne sera envoyé en Russie, a déclaré la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly.

« Ces sanctions ont une grande portée. Elles vont entraîner de grands coûts aux élites russes complices et elles vont limiter la capacité du président Poutine à continuer de financer cette invasion injustifiée », a indiqué Justin Trudeau, soutenant que Vladimir Poutine ne pouvait tirer profit du commerce et de la croissance économique offerts par l’ordre international qu’il est en train de rejeter.

La ministre Joly a pour sa part prévenu Moscou que ce n’était que le début. Si la Russie persiste, le Canada continuera de sévir, de concert avec ses alliés. La Biélorussie, qui a appuyé la Russie et par où des troupes ont transité pour entrer en Ukraine, pourrait aussi faire les frais du Canada.

L’ancienne ambassadrice du Canada auprès de l’OTAN Kerry Buck note que les nouvelles sanctions sont bien plus importantes que celles imposées en 2014 lors de l’annexion de la Crimée par la Russie. Ce genre de pénalités financières n’est « jamais une solution miracle », reconnaît-elle, mais elles se font de concert avec d’autres mesures de dissuasion militaire. Et le Canada fait bien, à son avis, d’y aller progressivement. « Il faut garder une marge de manœuvre et d’autres sanctions dans sa manche pour s’adapter selon ce que fera ensuite Vladimir Poutine », explique Mme Buck.

L’ambassadeur russe à Ottawa, Oleg Stepanov, s’est fait sermonner par la ministre Joly, qui l’avait convoqué jeudi. « Le lien de confiance entre le Canada et la Russie est rompu au moment où on se parle », a-t-elle annoncé.

Plus de soutien

 

L’armée canadienne ne compte plus un seul soldat en Ukraine. Les quelque 200 membres des forces armées qui s’y trouvaient avec l’armée locale pour la mission de formation Unifier ont été amenés en Pologne.

Les derniers diplomates canadiens, qui avaient quitté la capitale Kiev pour la ville de Lviv, ont eux aussi été déplacés en Pologne jeudi.

 

La ministre de la Défense, Anita Anand, a indiqué que 3400 autres soldats canadiens étaient prêts à être déployés en Europe pour aller protéger les alliés de l’OTAN s’il le faut. Mais la ministre a tenu à préciser qu’il n’y avait actuellement pas de mission de combat.

L’Ukraine ne faisant pas partie de l’OTAN, les pays membres n’ont pas à la défendre. Et le Canada et ses alliés ne s’immisceront pas militairement, assure Kerry Buck, car « le risque d’un conflit OTAN-Russie est trop grand ».

Aide consulaire et immigration

 

Les citoyens et les résidents permanents canadiens qui se trouvent encore en Ukraine ont été invités à quitter le pays en transitant par ses voisins. Le Canada a conclu des ententes pour assurer un passage en toute sécurité aux frontières avec la Pologne — où de nombreux réfugiés affluent déjà —, la Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie et la Moldavie. Des passeports pourront être délivrés « de toute urgence ».

Quant aux ressortissants ukrainiens qui voudraient immigrer au Canada, leurs demandes seront traitées en priorité. Le ministère de l’Immigration a approuvé près de 2000 demandes au cours du dernier mois.

Les Ukrainiens qui se trouvent déjà au Canada pourront demander le prolongement de leur permis d’études ou de travail, tandis que les visiteurs pourront demander un permis de travail s’ils ont une offre d’emploi. Ottawa lancera aussi un programme qui servira à l’octroi de permis de travail ouverts aux Ukrainiens en sol canadien. Le gouvernement a également mis sur pied une ligne téléphonique d’urgence afin de répondre aux questions de personnes du Canada et de l’étranger sur l’immigration (613-321-4243).

Avec Lisa-Marie Gervais



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