Trudeau évoque un usage accru de la force

Loin de préconiser la négociation avec les manifestants, la stratégie du gouvernement est de rendre la vie «de plus en plus difficile» à ceux qui choisissent de rester sur place.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Loin de préconiser la négociation avec les manifestants, la stratégie du gouvernement est de rendre la vie «de plus en plus difficile» à ceux qui choisissent de rester sur place.

L’intervention policière deviendra « de plus en plus robuste » pour déloger les manifestants qui bloquent les rues d’Ottawa ou des points de passage vers les États-Unis, avertit le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

« Il commence à y avoir de réelles conséquences à leur licence, à leur avenir, à leur emploi s’ils se font arrêter dans des barricades illégales », a-t-il déclaré lors d’un point de presse sur la colline du Parlement vendredi.

Le premier ministre a d’abord dit que « toutes les options sont sur la table » pour faire partir les camionneurs en colère immobilisés à Ottawa et à Windsor, notamment. Il a par la suite exclu l’utilisation de l’armée, après que la question lui fut posée trois fois, lui préférant l’intervention policière « de façon proportionnée ».

« On ne veut jamais déployer l’armée contre des civils canadiens. C’est quelque chose à éviter à tout prix. C’est une solution de dernier, dernier, dernier, dernier, dernier recours. Évidemment, dans une situation comme ça, on doit être prêts à toute éventualité, mais avant d’aller de l’avant avec une proposition comme ça, il y a tellement d’autres étapes qu’on peut et qu’on est en train d’utiliser. On n’est pas rendus là encore. »

Loin de préconiser la négociation avec les manifestants, la stratégie du gouvernement est de rendre la vie « de plus en plus difficile » à ceux qui choisissent de rester sur place. Depuis le 28 janvier, des camions associés au « Convoi de la liberté » bloquent les principales rues autour du parlement fédéral. Les protestataires revendiquent principalement la fin de l’obligation vaccinale et l’abandon de toutes les mesures sanitaires au Canada.

On ne veut jamais déployer l’armée contre des civils canadiens. C’est quelque chose à éviter à tout prix.

Un problème international

La police d’Ottawa a été jusqu’ici incapable de déloger les camions qui obstruent le centre-ville, un problème qui s’est transposé à d’autres endroits du pays cette semaine, en particulier près des frontières. Selon le premier ministre, ce blocage des frontières représente une menace à l’économie canadienne, notamment pour avoir provoqué la fermeture temporaire de six usines du secteur automobile.

« [On ne mettra pas fin à l]a pandémie en se croisant les bras et en décidant que c’est terminé, a rétorqué Justin Trudeau vendredi, [mais] en écoutant la science, en s’entraidant. »

Selon Justin Trudeau, le fédéral apporte une aide suffisante aux forces policières locales, avec des renforts de « centaines d’officiers » de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Le premier ministre canadien s’est entretenu vendredi avec le président des États-Unis, Joe Biden, pour discuter de l’incidence transfrontalière du convoi, notamment. Justin Trudeau lui aurait promis « des actions rapides pour fairerespecter la loi », selon le compte rendu publié par la Maison-Blanche.

M. Trudeau se dit bien conscient que les yeux du reste du monde sont tournés vers lui, alors que la crise canadienne est de plus en plusmédiatisée à l’étranger.

« Ces manifestations, ici, au Canada, sont liées à une réalité à travers le monde […] où les gens sont frustrés, pas seulement de la pandémie, mais [aussi] des restrictions et des gouvernements qui les ont protégés. Malheureusement, on est en train de voir les liens [entre les mouvements] qui sont en train de chercher à miner la confiance que les gens ont envers leurs institutions, leur démocratie, leurs concitoyens. »

Non seulement Justin Trudeau a-t-il confirmé que le « Convoi de la liberté » recevait du financement étranger, comme l’avait rapporté Le Devoir, mais il a en plus estimé qu’environ la moitié de l’argent accumulé « sur certaines plateformes » proviendrait des États-Unis. Il a évoqué la possibilité que les banques canadiennes bloquent l’arrivée de cette aide financière.

« Vivre avec le virus »

Aucun assouplissement des mesures sanitaires fédérales n’a été annoncé cette semaine. Vendredi matin, le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, a indiqué que certaines mesures aux frontières pourraient être révisées la semaine prochaine. Il a toutefois reconnu qu’un nombre important de voyageurs aériens avaient reçu un résultat positif à la COVID-19 à leur retour au Canada cet hiver, et a justifié les mesures aux frontières actuelles par le risque d’importation d’un autre variant.

Il a offert sa propre vision du concept de « vivre avec le virus », l’une des revendications du convoi, reprise notamment par le député libéral Joël Lightbound, cette semaine. Selon le ministre Duclos, le principe est le suivant : il faut d’abord attendre que les hôpitaux et les travailleurs de la santé ne soient plus submergés avant de songer à abandonner des restrictions sanitaires. La Dre Theresa Tam, qui conseille le gouvernement en matière de santé publique, a défendu la décision d’imposer la vaccination obligatoire dans certaines situations, ajoutant qu’« il y a des preuves évidentes que ça fonctionne », notamment pour encourager la population à se faire immuniser contre la COVID-19.

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