Ottawa pourrait financer le PQ

Québec — La manne qui gonfle les coffres du Bloc québécois pourrait bientôt servir à aider le parent pauvre, le Parti québécois. Les deux formations politiques négocient présentement une mise en commun de certaines de leurs activités et de leurs ressources.

Le directeur général du PQ, Pierre Châteauvert, et son pendant au Bloc, Gilbert Gardner, ont élaboré un projet d'entente dans lequel figuraient la mise en commun des agents de liaison des deux partis sur le territoire québécois, l'embauche d'un employé permanent pour s'occuper des relations avec les citoyens issus de l'immigration, le développement conjoint d'outils informatiques, la formation commune des militants et la coordination des sondages commandés par les deux formations, a-t-on confirmé hier au PQ.

«Dans le chantier pays [de la saison des idées], il y a un appel vraiment à une collaboration avec le Bloc québécois», a souligné hier la vice-présidente du Parti québécois, Marie Malavoy, qui faisait référence aux documents qui ont été remis aux militants lors du conseil national de la fin de semaine dernière. «On est deux partis issus du Québec qui ont le même objectif», a-t-elle ajouté.

Ce type de collaboration est maintenant rendu possible grâce aux nouveaux fonds que verse l'État canadien au Bloc québécois. Si le BQ a été dans le passé le parent pauvre des deux formations politiques, la situation est maintenant inversée. Avec la réforme du financement des partis politiques fédéraux mise en place par Jean Chrétien, le Bloc peut compter sur une somme annuelle de 2,9 millions de dollars, soit 1,75 $ pour chacun des 1,68 million d'électeurs qui ont voté pour lui aux dernières élections fédérales.

Auparavant, le Bloc québécois devait se contenter d'un maigre budget d'un peu plus de un million. En 2003, le BQ n'a recueilli que 537 000 $ en contributions, principalement de particuliers. À titre de comparaison, le PQ supporte une structure beaucoup plus lourde. En 2002 (une année où il n'y a pas eu d'élections), le PQ avait des charges totalisant 3,6 millions et retournait 1,5 million aux circonscriptions et aux régions. Ses revenus s'élevaient à un peu plus de cinq millions, dont 3,9 millions provenaient de contributions et 1,1 million, du Directeur général des élections.

Le directeur des communications du PQ, Joël Simard-Ménard, a soutenu hier que le PQ ne vise pas avant tout à faire des économies en partageant certaines dépenses avec le Bloc mais plutôt à accroître les services aux membres.

Dans le projet d'entente qui a été approuvé en octobre par le PQ, l'idée de partager des agents de liaison a été abandonnée, ont indiqué Mme Malavoy et M. Simard-Ménard. Les directeurs généraux avaient proposé que les deux partis aient un seul et même agent de liaison dans les régions de l'Abitibi-Témiscamingue, du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, du Centre-du-Québec et Mauricie, de la Côte-Nord et du Saguenay-Lac-Saint-Jean-Nord-du-Québec, de l'Estrie, de Lanaudière et de l'Outaouais. Tantôt le PQ aurait choisi et payé l'agent de liaison de la région, tantôt le Bloc l'aurait fait. «Devenir des co-employeurs de personnes, ce n'est pas faisable dans la mesure où ces gens-là émargent sur des budgets, d'un côté, de l'Assemblée nationale et, du côté du Bloc, de la Chambre des communes», a expliqué Mme Malavoy.

Le PQ dispose de neuf agents de liaison. Le BQ s'apprête à engager le même nombre d'agents de liaison, a indiqué le porte-parole du Bloc, Frédéric Lepage.

Lors du caucus des députés du PQ qui s'est déroulé à Orford il y a deux semaines, Mme Malavoy a présenté le projet d'entente aux élus péquistes. «Ç'a été bien reçu, a-t-elle dit. C'est vrai que M. Landry souhaitait un rapprochement comme celui-là à Orford.» Au cabinet de M. Landry, on a confirmé hier que M. Landry était favorable à cette entente.

Le PQ attend la réponse du Bloc

Au Bloc, on a refusé de préciser si les députés bloquistes avaient donné leur aval au projet. Au PQ, on est toujours en attente d'une réponse du BQ.

Le projet d'entente prévoit que les deux partis partagent leurs efforts pour rejoindre les citoyens issus de l'immigration en embauchant à Montréal un chargé de projet dont le salaire sera payé à parts égales par les deux partis. Le Bloc a déjà une personne affectée à cette tâche depuis plusieurs années, Dominique Ollivier, a signalé M. Lepage. Mentionnons que Mme Ollivier s'était présentée en août à l'investiture dans la circonscription de Gouin en vue de l'élection partielle, pour être battue par l'actuel député péquiste, Nicolas Girard.

Le PQ et le BQ envisagent aussi la mise en commun de la formation de leurs membres alors que les activités de l'École nationale de formation à la souveraineté, mise sur pied par le PQ, sont suspendues, a révélé Mme Malavoy. Dans la même optique, les deux partis souhaitent la mise sur pied d'une université d'été comme certaines formations politiques en Europe en tiennent. Une alliance permettrait d'atteindre «une masse critique plus intéressante» et de «cofinancer cette activité», a dit Mme Malavoy.

Avec Clairandrée Cauchy

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