O’Toole se range encore davantage derrière les camionneurs

Erin O’Toole a soutenu qu’il irait à la rencontre des camionneurs.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Erin O’Toole a soutenu qu’il irait à la rencontre des camionneurs.

À l’issue de deux jours de rencontres avec son caucus, au cours desquelles il devait essayer d’apaiser les tensions, le chef conservateur, Erin O’Toole, a rehaussé son soutien au convoi de camionneurs qui converge vers Ottawa. Après avoir évité de les appuyer directement, M. O’Toole a annoncé qu’il les rencontrerait personnellement. Un changement de ton qui fait suite aux sorties de certains de ses députés, qui étaient allés plus loin que leur chef publiquement.

Erin O’Toole a martelé jeudi soir que les camionneurs méritent, comme tous les Canadiens, de se faire entendre à Ottawa. Le pays est profondément divisé, a-t-il déploré, accusant Justin Trudeau d’être responsable de cette « fatigue » en raison de sa gestion de la pandémie.

Le chef conservateur s’était abstenu de soutenir le convoi de camionneurs lundi, affirmant qu’il ne revenait pas à un chef de parti de participer à une manifestation. Jeudi, il a annoncé qu’il rencontrerait certains camionneurs « pour entendre leurs préoccupations ». La rencontre se fera à l’extérieur de l’enceinte parlementaire, où les autorités ont prévenu qu’elles craignaient des débordements cette fin de semaine.

M. O’Toole a nié avoir changé d’idée. Il a refusé de préciser si son caucus avait fait pression pour qu’il prenne position plus fermement pour appuyer les camionneurs qui contestent l’obligation vaccinale qui leur a été imposée par les gouvernements canadien et américain.

L’ancien chef conservateur Andrew Scheer et la cheffe adjointe actuelle du parti, Candice Bergen, leur ont offert leur appui. Le député Pierre Poilievre (qui a failli briguer la chefferie contre M. O’Toole avant de se désister) a promis d’apporter du café pour soutenir les camionneurs « pacifiques, travaillants, respectueux des lois et amoureux de la liberté ».

Le sergent d’armes du Parlement, qui est responsable de la sécurité, a invité les députés à éviter la colline Parlementaire et les a sommés d’être prudents, les prévenant que des individus recherchent leurs adresses domiciliaires à Ottawa-Gatineau. La police s’attend à voir de 1000 à 2000 camions débarquer au centre-ville, mais d’autres groupes veulent les rejoindre.

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Erin O’Toole a appelé les manifestants à demeurer pacifiques et les « groupes extrémistes » à ne pas se servir de leurs revendications pour prôner « la discrimination, la haine, le chaos ».

Sur Twitter, Andrew Scheer a accusé cette semaine le premier ministre Trudeau d’être « la plus grande menace à la liberté au Canada ».

Des reproches pour les dernières élections

 

Bien que M. O’Toole ait préféré parler du convoi de camionneurs en conférence de presse, à l’issue de la rencontre de son caucus, il avait passé la matinée à discuter avec ses élus et sénateurs de la révision de la dernière campagne électorale promise après les résultats décevants de septembre.

L’ancien ministre Christian Paradis et l’ex-député albertain James Cumming ont consulté 400 candidats, directeurs de campagne, membres d’associations de circonscription et membres du parti pour préparer leur rapport.

Le constat, selon les fuites qui ont coulé dans les médias, est qu’Erin O’Toole a connu un bon début de campagne, mais que la seconde moitié s’est gâtée parce que le chef livrait ses messages de façon trop contrôlée, manquait de naturel et n’étayait pas ses propositions politiques.

La majorité des conservateurs ont déploré que le chef ait essentiellement fait campagne dans son studio télévisé d’Ottawa, plutôt que sur le terrain.

Le rapport observe que les débats internes des deux dernières courses à la chefferie ont miné la confiance des Canadiens. Le PC paierait aussi encore les frais, chez les communautés culturelles des centres urbains, de la promesse de 2015 d’instaurer une ligne téléphonique pour dénoncer les « pratiques culturelles barbares » et de la volonté du parti d’interdire le serment de citoyenneté à visage couvert.

Malgré tout, le chef conservait l’appui de tous les Québécois consultés, a assuré Christian Paradis. « Les gens ont une curiosité positive. On aimerait mieux le connaître. Ce qui est bon signe pour la préparation d’un prochain scrutin », a-t-il rapporté en entrevue.

Erin O’Toole doit cependant gérer des critiques à l’interne depuis des mois. Trois associations de circonscription ont également réclamé que le vote de confiance à l’endroit du chef (prévu au congrès de 2023 à Québec) soit devancé pour se tenir d’ici le 15 juin. D’autres exécutifs locaux songeraient à faire de même.