Le Canada accroît son aide à l’Ukraine sans envoyer d’armes

Le Canada compte injecter 340 millions de dollars dans ce conflit. Ce montant s’ajoute au prêt de 120 millions annoncé la semaine dernière, qui servira à soutenir l’Ukraine face aux menaces russes d’invasion.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le Canada compte injecter 340 millions de dollars dans ce conflit. Ce montant s’ajoute au prêt de 120 millions annoncé la semaine dernière, qui servira à soutenir l’Ukraine face aux menaces russes d’invasion.

Tout en appelant la Russie à désamorcer la crise en Ukraine et à s’« engager dans un dialogue significatif jusqu’à ce qu’une solution pacifique et diplomatique soit trouvée », le Canada a annoncé mercredi de nouvelles mesures de soutien à l’ex-république soviétique, menacée d’invasion par les forces russes.

Ottawa prévoit entre autres l’envoi « d’équipements non létaux », « l’échange de renseignements » et le « soutien à la lutte contre les cyberattaques », mais a décidé également de prolonger de trois ans son opération de formation des forces armées ukrainienne, baptisée Unifier, a annoncé le premier ministre, Justin Trudeau, en conférence de presse.

Dans la foulée, le ministère des Affaires étrangères va également augmenter la capacité de son corps diplomatique, autant à Ottawa qu’à Kiev, la capitale ukrainienne, « pour analyser et répondre à la situation », a indiqué la cheffe de la diplomatie canadienne, Mélanie Joly. Cet ajout de personnel vise à « faire face à l’agression et à la désinformation du gouvernement russe », a-t-elle ajouté.

Le Canada compte injecter 340 millions de dollars dans ce conflit. Ce montant s’ajoute au prêt de 120 millions annoncé la semaine dernière, qui servira à soutenir l’Ukraine face aux menaces russes d’invasion. Les Forces armées prévoient ainsi envoyer 60 militaires de plus sur le terrain — il y en a 200 actuellement — et pourraient faire grimper leur contingent à 400, au besoin.

« Toutes nos actions ont pour but de diminuer la tension et de trouver une solution diplomatique », a indiqué Justin Trudeau. La vice-première ministre, Chrystia Freeland, a qualifié le conflit en cours de « lutte entre la démocratie et l’autoritarisme ».

Le dialogue a repris à Paris mercredi entre la Russie et l’Ukraine, sous la médiation de la France et de l’Allemagne, dans l’espoir d’un désamorçage de la crise, et ce, après une série de pourparlers infructueux entre Russes et Américains la semaine dernière.

Au sortir de cette rencontre, l’envoyé spécial russe affecté au conflit ukrainien, Dmitri Kozak, a qualifié les discussions de « pas simples », mais a convenu que « malgré des différences de lecture, la trêve doit persister, le cessez-le-feu doit être maintenu » entre l’armée ukrainienne et les séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine, a-t-il ajouté. Une autre rencontre entre les quatre pays est prévue à Berlin dans deux semaines.

Impasse

En marge de cette rencontre, les Américains, tout comme l’OTAN, ont continué d’asphalter l’impasse en réitérant à la Russie, par écrit, cette fois, leur rejet des demandes faites par Moscou pour faire tomber la pression.

Le Kremlin exige en effet que l’Alliance atlantique ne soit élargie ni à l’Ukraine ni à la Géorgie. Il exige aussi le retrait des forces et des armements de l’OTAN qui se trouvent dans les pays de l’Europe de l’Est devenus membres de l’Alliance après 1997. Ce qui comprend entre autres la Roumanie et la Bulgarie, entrées en 2004.

Dans une missive remise à la Russie mercredi par l’ambassadeur américain à Moscou, Washington a refusé une fois de plus d’exclure une éventuelle adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, mais a offert « une voie diplomatique sérieuse, si la Russie le souhaite », a résumé le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, en se disant prêt à rencontrer de nouveau son homologue russe, Sergueï Lavrov, « dans les prochains jours ».

« Nous avons clairement fait savoir que nous étions déterminés à maintenir et à défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, et le droit des États à choisir leur propre disposition de sécurité et leurs alliances », a ajouté le secrétaire d’État américain, sans rendre public le contenu précis de sa lettre.

« Sans entrer dans les détails du document, je peux vous dire qu’il réitère ce que Washington dit publiquement depuis des semaines et en un sens depuis de nombreuses années : que nous défendons le principe de la porte ouverte à l’OTAN », a-t-il dit.

Les États-Unis évoquent toutefois la « possibilité de mesures de transparence réciproques en ce qui concerne [les] postures militaires » de chaque pays, ainsi que de mesures visant à « améliorer la confiance en ce qui concerne les exercices militaires et les manœuvres en Europe », dit-il.

Pour sa part, l’OTAN, dans sa réponse écrite, a refusé de renoncer au droit d’adhésion de nouveaux membres, comme l’exige le Kremlin, tout en tendant une nouvelle fois la main à la Russie. « Les propositions écrites des 30 alliés de l’OTAN remises […] à la Russie couvrent un large éventail de questions […] Nous tendons de nouveau la main à la Russie pour essayer de poursuivre une voie de dialogue […], mais nous nous sommes également préparés au pire », a déclaré le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg.

« Menace accrue »

Washington a fait monter le niveau d’alerte d’un nouveau cran mercredi en exhortant « les citoyens américains à envisager de partir maintenant » de l’Ukraine, et ce, à cause d’une situation sécuritaire pouvant « se détériorer sans préavis » en raison « de la menace accrue d’une action militaire russe », a indiqué l’ambassade des États-Unis sur son site Internet.

« Tout indique » que le président Vladimir Poutine « va faire usage de la force militaire à un moment donné, peut-être entre maintenant et la mi-février », a pour sa part assuré mercredi la vice-secrétaire d’État américaine, Wendy Sherman. Une inquiétude tempérée par Kiev, qui estime encore insuffisants les 100 000 soldats russes massés à la frontière pour une attaque d’envergure.

Ce nombre « est important, il représente une menace pour l’Ukraine », mais « à l’heure où nous parlons, ce nombre est insuffisant pour une offensive de grande ampleur contre l’Ukraine le long de toute la frontière », a jugé le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba.

Dans une entrevue accordée au Globe and Mail mardi, le nouvel ambassadeur russe au Canada, Oleg Stepanov, a assuré qu’il n’y avait « aucune chance » que la Russie envahisse l’Ukraine et a invité Justin Trudeau à téléphoner à Vladimir Poutine pour se le faire confirmer de vive voix. « Je suis sûr à 100 % que mon président décrocherait le téléphone immédiatement », a-t-il dit, tout en notant que les deux dirigeants n’ont jamais eu de rencontre bilatérale au cours des sept années au pouvoir de M. Trudeau.

Avec l’Agence France-Presse

À voir en vidéo