Justin Trudeau craint un conflit armé en Ukraine

Justin Trudeau s’est dit « extrêmement préoccupé » par le risque grandissant d’un conflit armé en Ukraine, alors que les pourparlers diplomatiques stagnent et que la Russie fait des gestes jugés inquiétants par l’Occident. Le premier ministre canadien n’a pas encore précisé s’il fournira les armes réclamées par l’Ukraine pour se défendre. Il explique vouloir éviter de donner « des excuses » aux Russes.

« Nous craignons un conflit armé en Ukraine », a reconnu le premier ministre mercredi. Un geste d’« agression » de la part de la Russie ou une « incursion » en territoire ukrainien serait « absolument inacceptable », a-t-il déclaré en conférence de presse, où il faisait le point sur la pandémie.

Des pourparlers entre les pays occidentaux, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et la Russie n’ont pas permis d’apaiser les tensions des dernières semaines.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly, était en Ukraine en début de semaine pour y rencontrer le premier ministre, Denys Shmyhal, et la vice-première ministre, Olga Stefanishyna. Elle leur a promis que le Canada leur offrirait une aide financière supplémentaire.

L’Ukraine, pour sa part, a demandé à la ministre Joly que le Canada lui fournisse du matériel militaire afin de l’aider à se défendre contre une possible offensive russe. Mme Stefanishyna a fait valoir, en entrevue au Globe and Mail, que du matériel non létal et des armes étaient « essentiels ».

Justin Trudeau n’avait pas de réponse à lui offrir, à Ottawa, mercredi. « L’une des choses que nous avons constatées, c’est que la Russie se cherche des excuses ou des raisons de continuer, et même d’intensifier, son agression à l’endroit de l’Ukraine », a expliqué le premier ministre pour justifier son hésitation.

« La décision que nous prendrons sera basée sur le meilleur intérêt de la population ukrainienne, ainsi que sur ce qu’il y a de mieux pour préserver la paix mondiale le plus longtemps possible », a fait valoir Justin Trudeau. Les États-Unis et la Grande-Bretagne ont promis, de leur côté, l’envoi d’armes à l’Ukraine.

La vice-première ministre ukrainienne a également indiqué au Globe and Mail qu’elle souhaitait voir le Canada, les États-Unis et l’Union européenne imposer des sanctions économiques « préventives » à la Russie, afin de faire augmenter le coût de l’intervention militaire envisagée par le président Vladimir Poutine.

Le Canada planche avec ses alliés sur une « réponse diplomatique » ainsi que sur des sanctions économiques « afin de s’assurer que la Russie respecte la population de l’Ukraine, respecte sa décision de choisir son propre gouvernement et sa direction », a fait valoir Justin Trudeau.

Les États-Unis rehaussent leurs efforts

Le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, était lui aussi de passage dans la capitale ukrainienne mercredi, avant de rencontrer le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavror, vendredi.

M. Blinken en a profité pour sommer le président russe, Vladimir Poutine, de choisir la « voie pacifique » dans la crise ukrainienne.

« J’espère fortement que nous pourrons rester sur une voie diplomatique et pacifique, mais en fin de compte, ce sera la décision du président Poutine », a affirmé le secrétaire d’État américain, notant que la Russie pouvait « très rapidement » augmenter encore ses troupes déployées aux abords de l’Ukraine.

Soldats canadiens sur place

Les tensions sont à leur comble dans la région, la Russie ayant posté plus de 100 000 soldats près de la frontière avec l’Ukraine, selon les autorités de ce pays et le gouvernement américain. Des vidéos, publiées sur les réseaux sociaux, semblaient également montrer le déplacement d’un grand nombre de chars d’assaut, d’artilleries et de troupes. La Russie a en outre déployé des militaires en Biélorussie, un proche allié de la Russie et le voisin nordique de l’Ukraine.

Quelque 200 militaires canadiens se trouvent en ce moment en Ukraine, dans le cadre de l’opération Unifier qui offre de la formation aux soldats ukrainiens depuis 2015.

Justin Trudeau n’a pas précisé si les membres des Forces armées canadiennes seraient rapatriés dans l’éventualité d’un conflit armé de plus en plus appréhendé. Des « plans de contingence » sont en place, mais le premier ministre n’a pas voulu « aller dans le détail ». « Nous allons prendre les décisions selon la situation, selon les actions qui pourraient être prises par la Russie ou d’autres », a-t-il indiqué. Il n’a pas non plus révélé si cette mission, qui doit prendre fin en mars 2022, serait prolongée.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, a prévenu mardi que la situation était arrivée au « stade où la Russie peut lancer à tout moment une attaque en Ukraine ».

Les diplomates russes et leurs familles auraient commencé à être rapatriés de Kiev, où se trouve l’ambassade, et de Lviv, où se trouve un consulat, vers Moscou.

La Russie réclame que l’OTAN s’engage, par la voie d’un traité, à ne pas inclure l’Ukraine au sein de son alliance. Le président Poutine estime que le pays fait encore partie de la « sphère d’influence » de la Russie. Moscou exige également que les pays occidentaux cessent toute présence militaire en Europe de l’Est.

Les pays occidentaux ont rejeté ces conditions. Le Canada est favorable à une intégration de l’Ukraine au sein de l’OTAN.

Avec l’Agence France-Presse

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