Justin Trudeau qualifie les fêtards du vol de «"gang" de sans-desseins»

Mercredi, le premier ministre Justin Trudeau a souligné l’aspect «frustrant» et «démoralisant» de la situation lors d’un point de presse.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Mercredi, le premier ministre Justin Trudeau a souligné l’aspect «frustrant» et «démoralisant» de la situation lors d’un point de presse.

Le lendemain de veille continue d’être difficile pour les Québécois qui se sont eux-mêmes filmés en train de faire la fête à bord d’un vol nolisé de Sunwing vers le Mexique. Leur comportement a attiré l’attention du premier ministre du Canada, Justin Trudeau, qui les a qualifiés mercredi de « gang de sans-desseins » partis « comme des ostrogoths en vacances ». Des compagnies aériennes leur refusent également l’embarquement. Une dizaine de vacanciers auraient néanmoins réussi à rentrer au pays mercredi soir.

« C’est inacceptable que des gens soient en train de mettre à risque pas juste d’autres passagers, pas juste des travailleurs de lignes aériennes, mais leurs concitoyens au retour, a lâché Justin Trudeau, lors d’une mise à jour de la situation pandémique au Canada. En plus quand les gens sont en train de faire des sacrifices. Les gens ont réduit leur contact pendant les Fêtes, n’ont pas vu des êtres chers. »

Des vidéos du vol du 30 décembre partagées sur les réseaux sociaux et d’abord rapportées par Le Journal de Montréal semblent montrer des passagers ne portant pas de masque, sans distanciation, chantant et dansant dans les allées et sur les sièges. Dans l’une d’entre elles, une grande bouteille de vodka semble être passée parmi les passagers, et plus tard une femme semble fumer une cigarette électronique dans l’avion. Des personnalités des émissions de téléréalité Occupation double et L’île de l’amour faisaient notamment partie du voyage, et ces images ont fait le tour du monde.

« Quand une gang de sans-desseins décide de partir comme des Ostrogoths [peuple germanique de l’Antiquité] en vacances, c’est extrêmement frustrant, c’est démoralisant, a poursuivi le premier ministre. Et je peux vous dire que le gouvernement du Canada prend ça très au sérieux. On va faire des suivis. »

Mardi, le ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra, a demandé à Transports Canada d’enquêter sur les comportements « inacceptables » tenus lors du vol de Sunwing Airlines de Montréal à destination de Cancún, au Mexique.

Refus d’embarquement

La compagnie aérienne Sunwing a indiqué sur Instagram mercredi avoir ouvert une enquête avec son service de sécurité et avoir pris la décision d’annuler le vol nolisé de retour prévu pour le groupe. Air Transat a de son côté déclaré dans la journée que les « passagers perturbateurs » du vol de Sunwing « se verront refuser l’embarquement en vertu de nos obligations légales et réglementaires d’assurer la sécurité de nos passagers et des membres de l’équipage, qui est notre priorité absolue ».

Air Canada a, elle aussi, déclaré plus tard dans la journée que l’embarquement leur serait refusé. « Avec l’information que nous détenons à l’heure actuelle relative aux événements du vol de Sunwing, et dans la mesure où nous pouvons identifier les passagers qui font partie du groupe concerné, Air Canada refuse l’embarquement afin d’assurer la sécurité des autres passagers et de notre personnel d’équipage », a écrit dans un courriel au Devoir la compagnie aérienne. Certains influenceurs seraient pourtant rentrés au pays mercredi soir à bord du vol AC927 d'Air Canada.

Sur les réseaux sociaux, il a notamment été fait état de comportements déplacés et de fausser les tests PCR avec de la vaseline. Les voyageurs du groupe peuvent s’attendre à être scrutés au retour.

« Une personne qui présente de faux renseignements sur son statut vaccinal ou des résultats de tests COVID falsifiés pourrait être passible d’une amende pouvant atteindre 750 000 $ ou d’une peine d’emprisonnement de six mois, ou les deux, en vertu de la Loi sur la mise en quarantaine, ou de poursuites en vertu du Code criminel pour faux », mentionne au Devoir par courriel Judith Gadbois-St-Cyr, porte-parole de l’Agence des services frontaliers du Canada.

Sur les réseaux sociaux, certains des vacanciers se sont eux-mêmes moqués de la mauvaise presse qu’ils subissent. « Tt lmonde qui nous hate [déteste] et nous qui vie notre best life, continuez de parler de nous on aime ça », peut-on notamment lire sur le compte Instagram d’une jeune femme.

L’organisateur, James William Awad, a laissé entendre à quelques endroits sur les réseaux sociaux que son groupe n’avait rien à se reprocher. Plus tard, il a changé de ton et a affirmé sur Twitter prendre « cette affaire très au sérieux » et qu’il allait prendre un moment pour penser à comment il peut « mieux faire les choses la prochaine fois ».

Il n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue et a indiqué qu’il ferait une déclaration sur Twitter à 11 h 15, mercredi.

La fête démontre le besoin de resserrer les règles, disent des agents de bord

Dans la foulée de la fête, des agents de bord réclament des mesures plus strictes du gouvernement et des transporteurs pour assurer la santé et la sécurité à bord des avions, en pleine vague du variant Omicron. 

Selon Wesley Lesosky, président de la division aérienne du Syndicat canadien de la fonction publique, qui représente quelque 15 000 employés, les gouvernements devraient s'efforcer d'accélérer l'accès aux doses de rappel du vaccin pour les membres d'équipage de vol et les compagnies aériennes devraient réduire le service dans les allées pour limiter l'exposition des agents de bord au virus. 

Rena Kisfalvi, qui dirige la section locale du syndicat représentant environ 1000 agents de bord de Sunwing, affirme que son employeur est la seule grande ligne aérienne canadienne qui n'offre pas de tests rapides aux équipages de cabine, une mesure qui, selon elle, devrait être obligatoire.

Mme Kisfalvi estime que jusqu'à 50 % de ses collègues ont dû s'absenter au cours du mois dernier en raison de symptômes potentiels de COVID-19. 

Sunwing et le ministère fédéral des Transports n'ont pas répondu immédiatement à des demandes de commentaires. 

La Presse canadienne

L’organisateur dans l’oeil de l’AMF

L’Autorité des marchés financiers du Québec a publié en 2015 une mise en garde à l’égard de James William Awad, l’organisateur du voyage tout inclus auquel ont participé une centaine de Québécois aujourd’hui coincés à Cancún. L’AMF soutenait qu’un certain Kevin Awad sollicitait des investisseurs sans être inscrit auprès de l’AMF.

Or, Kevin Awad et James William Awad sont en fait la même personne. En 2018, M. Awad a déposé auprès du Directeur de l’État civil une requête pour changement de nom. C’est sous le prénom de James William que l’entrepreneur a enregistré au Delaware la société de gestion TripleOne, qui aurait un chiffre d’affaires d’environ cinq millions de dollars et emploierait près de 100 personnes, selon la firme D & B.

TripleOne est actionnaire principal d’une entreprise québécoise du même nom qui détient le restaurant Crusty Crust, la bannière de salles d’entraînement Astrogym ainsi que 111 Private Club, qui a planifié le voyage tout inclus à Cancún.

Ulysse Bergeron et Améli Pineda



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