Loi sur la laïcité : Trudeau et Blanchet échangent arguments et insultes aux Communes

M. Blanchet a pris le soin de souligner que Mme Anvari a été «embauchée et affectée à une classe après l’adoption de la loi 21».
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne M. Blanchet a pris le soin de souligner que Mme Anvari a été «embauchée et affectée à une classe après l’adoption de la loi 21».

Piqué par les attaques du chef bloquiste en Chambre, le premier ministre a livré un plaidoyer enflammé contre la loi québécoise sur la laïcité de l’État, mercredi.

Justin Trudeau s’est porté à la défense d’une enseignante, embauchée depuis l’entrée en vigueur de la loi, qui n’a pas pu garder son poste à cause de son hidjab. Et puis, il a attaqué les clauses de la loi québécoise qui interdisent aussi aux juges et aux policiers d’afficher leurs convictions religieuses.

Jusque-là, le premier ministre s’était contenté de dire qu’il s’oppose personnellement à cette loi, que des Québécois la contestent devant les tribunaux, et qu’éventuellement, son gouvernement pourrait s’en mêler, mais pas tout de suite.

Et il avait concentré ses critiques sur les exemples de l’interdiction imposée aux enseignants.

Mercredi après-midi, il est allé beaucoup plus loin que ça.

 

« Nous défendons, au Québec, la liberté de religion. C’est pour ça qu’il y a tellement de Québécois qui sont surpris et déçus de voir la jeune Fatemeh Anvari, enseignante, perdre son emploi parce qu’elle est musulmane », a-t-il lancé à Yves-François Blanchet qui lui reprochait la sortie de son ambassadeur à l’ONU contre la loi québécoise.

Le week-end dernier, sur son compte Twitter, l’ambassadeur Bob Rae a écrit que cette loi est « profondément discriminatoire ». M. Blanchet réclame son rappel à Ottawa.

« Cette enseignante n’a pas perdu son emploi. Il pourrait arrêter de répéter des menteries », a pesté le chef bloquiste, s’éloignant définitivement du langage parlementaire. M. Blanchet a pris le soin de souligner que Mme Anvari a été « embauchée et affectée à une classe après l’adoption de la loi 21 ».

Et pendant que le chef bloquiste le soupçonnait d’avoir « peur de l’opinion publique québécoise » qui est majoritairement en faveur de la loi, le premier ministre répétait que les bloquistes ne veulent que « semer la chicane entre le fédéral et le provincial ».

« Le Québec et le Canada sont déjà des sociétés laïques. On ne se pose pas des questions sur la religion d’un policier ou d’un juge […] N’importe quelle religion que quelqu’un pratique dans [sa] vie personnelle ne devrait pas l’empêcher de pratiquer une profession », a tonné M. Trudeau dans l’une de ses nombreuses déclarations dont le crescendo aboutissait toujours à la même conclusion : on ne peut légiférer pour « faire perdre la job à quelqu’un qui est musulman parce qu’elle est musulmane [sic] ».

Statu quo conservateur

 

La volonté de certains députés conservateurs de prôner une ligne plus dure à l’endroit de la loi québécoise sur la laïcité n’a pas porté ses fruits – pour l’instant.

Le député de la Colombie-Britannique Mark Strahl avait confié à l’entrée de la rencontre de son caucus, mercredi matin, qu’il espérait bien que le parti condamne dans des termes plus clairs cette loi.

Il est même allé jusqu’à dire qu’un gouvernement conservateur devrait intervenir dans les poursuites judiciaires en lien avec la loi, tout en précisant que bon nombre de ses collègues sont d’accord avec lui.

« On doit parler comme une équipe, mais aussi c’est important de reconnaître les compétences provinciales et le processus judiciaire au Québec. Et c’est une question importante pour le Québec et l’Assemblée nationale », a soutenu le chef conservateur Erin O’Toole, à la sortie de son caucus mercredi.

Ses députés québécois ont confirmé que leurs collègues dissidents n’ont pas réussi à faire changer la ligne du parti à ce sujet.

« Il y en a qui ont leur opinion personnelle, mais la position est claire. M. O’Toole a toujours été clair là-dessus. C’est une loi qu’on ne ferait pas ici au niveau fédéral, mais c’est le Québec qui en a pris la décision. On respecte la constitution et la juridiction du Québec là-dedans. C’est tout », a soutenu Pierre Paul-Hus.

« Comme au Québec, il y a des gens qui sont pour, il y a des gens qui sont contre la loi 21. […] Je suis conscient que, dans mon caucus, il y a des gens qui ont des opinions différentes comme les Québécois et les Québécoises », a renchéri Alain Rayes, lieutenant québécois de M. O’Toole.

À la sortie du caucus, quelques heures plus tard, M. Strahl n’a pas voulu s’adresser aux journalistes. Pas plus que son collègue ontarien Kyle Seeback qui, pourtant, avait brisé la ligne de parti en dénonçant la loi du Québec dans une sortie remarquée sur Twitter quelques jours auparavant.

Le député Seeback a écrit sur Twitter qu’il ne pouvait plus, « en toute bonne conscience », garder le silence sur cet enjeu et qu’il fallait s’y opposer devant les tribunaux et même dans la rue. Il a été appuyé par ses collègues Jasraj Singh Hallan, Lianne Rood, Jamie Schmale, Chris Warkentin et M. Strahl, entre autres.

Mardi, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a aussi durci sa position en disant que son parti était prêt à intervenir devant les tribunaux pour contester la loi.

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