Bob Rae «indigne» de sa fonction, dit le Bloc québécois

Le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet estime que l’ambassadeur canadien auprès des Nations unies, Bob Rae, doit « au moins » comparaître devant le Comité permanent des affaires étrangères et du développement international.
Photo: Adrian Wyld (Archives) La Presse canadienne Le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet estime que l’ambassadeur canadien auprès des Nations unies, Bob Rae, doit « au moins » comparaître devant le Comité permanent des affaires étrangères et du développement international.

Le premier ministre, Justin Trudeau, apporte son appui moral à Fatemeh Anvari, qui a été mise à l’écart d’une classe d’une école primaire québécoise parce qu’elle tenait à porter son hidjab. Même si « ce n’est pas correct de voir cela au Canada », il refuse toujours de prendre part à la bataille judiciaire contre la Loi sur la laïcité de l’État québécois, s’en remettant aux Québécois qui « commencent à voir » ses « conséquences réelles [sur] un individu, une communauté, une école, des enfants ».

Mercredi soir, M. Trudeau a dit combattre sans relâche l’idée selon laquelle « la laïcité de l’État, de nos structures et de notre société n’est pas assez forte pour résister à un signe visible ». « Mais, ce n’est pas mon opinion qui compte [mais plutôt] l’opinion et la perspective des Québécois », a-t-il souligné à la presse, à moins de 10 mois des prochaines élections générales québécoises.

« Les Québécois défendent la liberté d’expression, la liberté de conscience, la liberté de religion. Il y a bien des Québécois qui sont en train de se poser des questions aujourd’hui [telles que :] Comment, dans une société libre et ouverte, une jeune enseignante peut perdre sa job parce qu’elle est musulmane » a-t-il ajouté, tout en qualifiant d’« injuste » la loi interdisant notamment le port de signes religieux chez certains employés de l’État québécois.

Le chef du gouvernement fédéral continuera de suivre les tribulations de la loi 21 devant les tribunaux. Il se garde la possibilité d’« intervenir au bon moment » dans un « processus de contestation judiciaire [qui, pour l’instant] se fait de façon tout à fait approprié et légitime par les Québécois ».

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a reproché plus tôt dans la journée à M. Trudeau de chercher à « dépeindre comme une victime » Mme Anvari.

Il est persuadé que le premier ministre fédéral sonnera la charge juridique contre la loi 21 au lendemain du scrutin québécois, le 3 octobre prochain. « Je suis convaincu que M. Trudeau a des démangeaisons virulentes à l’idée de foncer dans le tas, mais n’étant pas fou, il se dit : on va attendre. On ne va pas donner un mandat encore plus fort aux nationalistes québécois », a-t-il fait valoir, avant d’ajouter : « Ne nous faisons pas d’illusions, de façon plus ou moins habile, de façon plus ou moins subtile, M. Trudeau a essentiellement annoncé pour 2023 une guerre contre la loi 21 ».

Un ambassadeur « indigne » de sa fonction

Le chef bloquiste s’est aussi dit désolé de voir le premier ministre cautionner par son silence l’ambassadeur canadien auprès des Nations unies, Bob Rae, qui a crié à la face du monde le caractère discriminatoire de la Loi sur la laïcité de l’État québécois. « Un ambassadeur à rien de moins que l’Organisation des Nations unies qui insulte 20 % de la population qu’il est censé représenter est d’emblée indigne de la fonction qu’il occupe », a-t-il déclaré en marge d’une rencontre de son groupe parlementaire.

À ses yeux, l’ex-premier ministre ontarien (1990-1995) et chef intérimaire du Parti libéral du Canada (2011-2013) doit « au moins » comparaître devant le Comité permanent des affaires étrangères et du développement international pour avoir dénoncé publiquement la loi 21, qui a été adoptée par l’Assemblée nationale en juin 2019. « Et je ne vois pas comment [M. Rae] pourrait avoir un billet de retour à New York par la suite », a poursuivi M. Blanchet.

Bob Rae a indiqué dimanche sur les réseaux sociaux que le traitement infligé à Fatemeh Anvari « va clairement à l’encontre de la Déclaration universelle des droits de l’homme ».

Le diplomate, qui est décrit comme un « représentant officiel du gouvernement du Canada » par Twitter, a aussi partagé, lundi, un gazouillis de la députée d’Oakville-North–Burlington, Pam Damoff, exhortant tout le monde à appuyer Fatemeh Anvari, dont l’affectation à un autre poste non assujetti à l’interdiction du port de signes religieux prévue dans la loi 21 attise l’islamophobie.

À deux jours de la relâche parlementaire, le chef bloquiste a demandé la désignation d’un individu « respectueux d’un certain nombre de personnes qui sont encore des citoyens canadiens [les Québécois appuyant la loi 21] et qui comprend le sens du mot diplomatie » à la tête de la représentation permanente du Canada auprès des Nations unies à New York, mais en vain.

Le député conservateur Pierre Paul-Hus a quant à lui rappelé à l’ambassadeur son devoir de réserve. « C’est une décision du gouvernement du Québec, et nous, on n’a pas à s’ingérer là-dedans. […] Il a peut-être outrepassé les réserves qu’un ambassadeur devrait avoir », a-t-il dit dans une mêlée de presse.

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