Ottawa déconseille de nouveau les voyages à l’étranger

Ceux qui prévoient voyager à l’international durant les Fêtes devraient reconsidérer leurs plans vu le risque que le variant Omicron bouleverse leur séjour, avertit le gouvernement fédéral, même si les dernières données disponibles laissent croire que moins de voyageurs que jamais rapportent le virus au pays.

« Aux gens qui planifient de voyager, je dis très clairement : ce n’est pas le temps de voyager », a déclaré le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, lors d’une conférence de presse mercredi.

Guidé « par la prudence », le ministre a indiqué faire cette recommandation par inquiétude pour les voyageurs, dans un contexte où la transmission du variant Omicron à l’international lui « fait craindre le pire ».

L’avis, bien que facultatif, « peut sembler draconien » aux yeux des voyageurs, croit M. Duclos. Il doit être interprété comme un avertissement que le fédéral ne pourra pas leur venir en aide si la situation sanitaire mondiale devait se détériorer. Les voyageurs pourraient tomber malades dans un autre pays, prévient Jean-Yves Duclos, ou encore rester coincés à l’étranger à la suite de l’annulation de vols ou à cause de nouvelles mesures imposées aux frontières.

« Une fois qu’un Québécois, qu’un Canadien a quitté le pays […], il y a peu de choses que le gouvernement canadien peut faire pour aider. […] On s’inquiète du sort des Canadiens à l’étranger, et ça préannonce des mesures additionnelles qu’on aura peut-être besoin de mettre en place. »

Le site Internet du gouvernement du Canada a été mis à jour dans la journée pour demander aux citoyens « d’éviter tout voyage non essentiel à l’étranger, peu importe leur statut vaccinal ». Les recommandations restent inchangées pour les étrangers qui souhaitent visiter le pays.

Moins de cas aux frontières

Les ministres fédéraux n’ont évoqué mercredi aucun risque sanitaire particulier pour le Canada posé par les voyages internationaux, préférant insister sur les risques encourus par les voyageurs eux-mêmes.

 

En effet, de moins en moins de voyageurs rapportent le virus au pays, à mesure que les taux de vaccination augmentent, selon des données fédérales compilées par Le Devoir. Durant les premiers mois de 2021, entre 1,4 % et 2,1 % des tests de dépistage de la COVID-19 effectués aux aéroports à l’arrivée des voyageurs revenaient positifs ; ces taux sont désormais environ dix fois moindres, comme l’écrasante majorité des passagers est vaccinée.

Depuis le 9 août, à peine 0,14 % des tests effectués à l’arrivée auprès de passagers entièrement vaccinés sont revenus positifs, selon les dernières données disponibles, qui ne comprennent pas le mois de décembre. Parmi les voyageurs aériens arrivés entre la mi-septembre et la mi-novembre, approximativement 89 % étaient entièrement vaccinés. Depuis le 30 novembre, seules les personnes vaccinées contre la COVID-19 sont autorisées à monter à bord d’un avion.

L’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a reconnu que « le virus [sous forme du variant Omicron] est dans nos communautés, et l’essentiel des ressources de la Santé publique doit être consacré à cela ».

La conseillère scientifique du gouvernement a même poliment critiqué le maintien d’une liste de dix pays africains dans lesquels aucun ressortissant étranger ne peut avoir séjourné dans les 14 jours précédant son entrée au Canada. « Je crois que cette politique a besoin d’être reconsidérée », a-t-elle dit. Le variant Omicron est désormais répandu un peu partout au monde.

Selon Theresa Tam, la recommandation fédérale d’abandonner tout plan de voyage n’est qu’une « couche de protection » supplémentaire, parmi plusieurs autres, dans un contexte où les autorités doivent plutôt se préoccuper de la transmission à l’intérieur des frontières canadiennes.

Tous les voyageurs aériens doivent avoir en main un résultat négatif à un test PCR effectué dans les trois jours avant leur retour, et ce, depuis janvier 2021. À partir de février, ils devaient en plus effectuer un second test à leur arrivée au Canada. Après le 9 août, toutefois, seules les personnes vaccinées aléatoirement choisies devaient passer ce second dépistage à l’arrivée. Celui-ci est redevenu obligatoire , le 1er décembre pour tous les passagers n’arrivant pas des États-Unis.

Omicron déjà ici

Le premier ministre, Justin Trudeau, a dit mardi comprendre « à quel point c’est vraiment plate comme situation », notamment pour ceux dont l’avis fédéral vient bousiller les projets de voyage. « Mais la réalité est que le variant Omicron est déjà ici, a-t-il ajouté. Et les mesures aux frontières ne font pas foi de tout. »

Il juge que de restreindre encore plus les voyages serait « extrêmement difficile », étant donné « qu’il y a toujours des cas exceptionnels, il y a toujours des familles qui ont besoin de se voir, il y a toujours des situations qui ont besoin de compassion ».

« On trouve que de recommander fortement de ne pas voyager [et] d’imposer des mesures de dépistage supplémentaires aux aéroports va faire notre part par rapport aux frontières, et laisse des ressources pour appuyer les provinces dans leur lutte à la transmission communautaire, ce qui est le grand danger maintenant », a conclu Justin Trudeau.



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