Des milliards pour parer au nouveau variant

La ministre des Finances, Chrystia Freeland
Photo: Justin Tang La Presse canadienne La ministre des Finances, Chrystia Freeland

Face au variant Omicron, le gouvernement Trudeau prévoit quatre milliards de dollars pour accroître la « police d’assurance » proposée afin que les travailleurs et les entreprises puissent composer avec de nouveaux ralentissements de l’économie ou des confinements, ce qui ne rassure pas pour autant les oppositions à Ottawa.

« C’est prudent pour le gouvernement de prévoir de l’argent en cas que ce soit nécessaire, et c’est aussi important pour le fédéral d’envoyer un message aux provinces, aux territoires, aux municipalités [qu’en cas de nouvelles mesures sanitaires], le fédéral sera là pour protéger les entreprises et les gens », a expliqué la ministre des Finances, Chrystia Freeland, en point de presse mardi.

Voyant venir une progression du variant au pays, la vice-première ministre du Canada dit avoir ajouté à la dernière minute 4,5 milliards aux quelque 6,8 milliards de dollars de nouvelles dépenses sur six ans (dont 6,4 milliards pour l’année en cours et la prochaine) déjà alloués à la lutte contre la COVID-19 dans sa mise à jour économique et budgétaire publiée mardi.

À part 500 millions consacrés aux frontières, l’essentiel de la somme réservée au variant Omicron, plus précisément 4 milliards, est mis de côté au cas où le nouveau variant jouerait les trouble-fête avec l’économie canadienne. Cela aurait pour conséquence de faire exploser la facture du projet de loi qui prévoit de nouvelles aides pandémiques.

Le texte de C-2, actuellement à l’étude au Parlement, est présenté par le fédéral comme sa « police d’assurance » pour l’économie du pays. Il prévoit le renouvellement de certains programmes d’aide et la création de subventions salariales et pour le loyer mieux ciblées, en plus d’une nouvelle prestation d’urgence pour les travailleurs advenant un nouveau confinement régional. Le coût de ce projet de loi avait d’abord été estimé à 7,4 milliards.

Oppositions insatisfaites

Le chef de l’opposition, Erin O’Toole, croit que le gouvernement est encore beaucoup trop dépensier, ce qu’il prétend être la cause de l’importante inflation au pays. Il a toutefois refusé de préciser mardi quels programmes pandémiques il juge superflus dans ce qui est présenté par le gouvernement.

« Avec un niveau de vaccination très élevé, de plus de 85 %, c’est possible de trouver un équilibre entre l’économie ouverte et les mesures sanitaires », avance-t-il.

Le Nouveau Parti démocratique, au contraire, se désole que le gouvernement Trudeau ait mis fin à la populaire Prestation canadienne de la relance économique (PCRE), notamment, alors que le variant Omicron pourrait faire de nouveaux ravages sur l’économie.

Le Bloc québécois, seul parti qui semble prêt à appuyer le projet de loi C-2 du gouvernement, se dit lui aussi déçu de la mise à jour économique et budgétaire, puisqu’elle ne comprend aucun transfert en santé supplémentaire aux provinces.

Aides aux aînés et aux artistes

L’une de ses demandes a toutefois été exaucée par le gouvernement, qui versera 742 millions de dollars l’an prochain pour corriger la situation des aînés qui ont vu leur Supplément de revenu garanti (SRG) amputé parce qu’ils ont eu recours à un programme d’urgence pandémique.

« Le problème est réglé, mais il est réglé trop tard », s’est plaint mardi le député bloquiste Gabriel Ste-Marie.

Les prestataires du SRG qui doivent se serrer la ceinture depuis l’encaissement d’un montant de prestation canadienne d’urgence (PCU), par exemple, retrouveront l’ensemble de leurs prestations disparues sans avoir besoin d’en faire la demande, selon un calcul que le ministère des Finances espère mettre au point d’ici le mois de mai.

Les artistes recevraient aussi l’aide transitoire pour la pandémie qui leur a été promise par les libéraux lors de la dernière campagne électorale. Soixante-deux millions de dollars seront consacrés à un « Fonds pour la résilience des travailleurs du secteur des spectacles sur scène du Canada », mais pas avant la prochaine année financière, qui commence le 1er avril 2022.

Les détails du nouveau programme temporaire ne sont pas encore connus, hormis le fait qu’il « visera à financer des initiatives nouvelles ou améliorées » des artistes. Cela ne satisfait pas le Bloc québécois, qui attendait plutôt l’annonce d’une aide directe pour les artistes, une autre condition de son appui à C-2.

La mise à jour économique et budgétaire étaie aussi le coût d’autres promesses électorales du gouvernement libéral, comme la bonification de crédits d’impôt pour les enseignants et les éducateurs à la petite enfance. Ces derniers pourront se faire rembourser à la hauteur de 25 % (contre 15 % auparavant) jusqu’à 1000 $ de fournitures scolaires.

Avec Marco Bélair-Cirino et Marie Vastel

En chiffres

6,8 milliards de dollars. Sommes ajoutées sur six ans pour en finir avec la COVID-19.

4,5 milliards. Somme supplémentaire mise de côté pour se préparer à la propagation du variant Omicron, dont 4 milliards pour les coûts supplémentaires des mesures d’aide prévues dans le projet de loi C-2.

742 millions. Montant remis le printemps prochain aux aînés qui ont perdu des sommes de Supplément de revenu garanti (SRG) pour avoir encaissé un montant d’aide d’urgence pandémique.

62 millions. Création l’an prochain d’un fonds destiné aux travailleurs du secteur canadien des spectacles sur scène.

40 milliards. Montant prévu sur sept ans pour le règlement de causes judiciaires avec les Premières Nations.

5 milliards. Montant prévu pour aider la Colombie-Britannique à se remettre des inondations de cet automne.



À voir en vidéo