Tous dans l’ombre d’Omicron

Après la mise à jour économique du gouvernement fédéral, le chef de l’opposition, Erin O’Toole, a affirmé qu’Ottawa est encore beaucoup trop dépensier, cause alléguée du problème de l’importante inflation au pays.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Après la mise à jour économique du gouvernement fédéral, le chef de l’opposition, Erin O’Toole, a affirmé qu’Ottawa est encore beaucoup trop dépensier, cause alléguée du problème de l’importante inflation au pays.

Chaque mercredi, notre correspondante parlementaire à Ottawa Marie Vastel analyse un enjeu de la politique fédérale pour vous aider à mieux le comprendre.

La nouvelle version du Parlement devait se pencher sur la relance économique post-pandémie. « Comment rebâtir en mieux », martelait Justin Trudeau en campagne électorale. La vaccination allait bon train. Tous étaient remplis d’optimisme. Mais les ambitions politiques des partis fédéraux ont rapidement été rattrapées par la ténacité de la COVID-19. Et c’est sous l’ombre d’Omicron qu’ils ont dû naviguer pendant cette courte session parlementaire.

Deux mois après le scrutin de septembre, le premier ministre a rappelé le Parlement pour un discours du Trône prononcé le 23 novembre. À peine trois jours plus tard, l’Organisation mondiale de la santé annonçait l’apparition d’un nouveau « variant préoccupant ». Moins d’une semaine s’était écoulée, sur les quatre que compterait le bref retour parlementaire.

Les libéraux voulaient tabler sur leurs priorités : interdire les thérapies de conversion, offrir dix jours de maladie payés aux travailleurs sous autorité fédérale, sévir contre les manifestants intimidant les travailleurs de la santé et bloquant l’accès à leurs établissements, et prolonger de façon plus ciblée les mesures d’aide pandémiques.

Les partis d’opposition, eux, voulaient faire porter au gouvernement libéral l’augmentation du coût de la vie, dénoncer les failles de certaines mesures d’aide pour les aînés ou les artistes, réclamer une hausse des transferts fédéraux en santé, et sommer le fédéral d’agir pour freiner la violence par armes à feu, notamment au Québec.

Tant pis pour ces plans de match. Jour après jour, c’est du spectre de cette cinquième vague que les élus ont été contraints de débattre.

Encore des dépenses

Soit, les projets de loi prioritaires du gouvernement de Justin Trudeau risquent d’être bel et bien adoptés d’ici les Fêtes. Mais leur débat étant expéditif et les projecteurs braqués sur le variant, les libéraux n’auront pas pu en profiter pour taper sur ces enjeux de brèche et s’en prendre aux conservateurs, au refus de quatre de leurs députés de se faire vacciner ou à l’opposition de la moitié d’entre eux, l’an dernier, à interdire les thérapies de conversion.

En annonçant une nouvelle entente visant à réduire les frais de garderie, avec le Nouveau-Brunswick cette fois-ci, le premier ministre a dû faire un intermède pour se dire « très préoccupé » par l’arrivée d’Omicron et implorer les Canadiens de demeurer prudents.

Sa mise à jour économique présentée mardi comportait en outre 6,8 milliards de dollars de nouvelles dépenses sur six ans (dont 6,4 milliards pour l’année en cours et la prochaine) afin d’aider l’économie canadienne, les petites entreprises, les travailleurs du spectacle, les aînés, les communautés et les provinces à traverser la crise qui promet maintenant de perdurer. À cela s’ajoutent 4,5 milliards de dollars précisément pour gérer l’arrivée d’Omicron — qui a nécessité davantage de dépistages aux frontières et qui forcera probablement plus d’entreprises et de travailleurs à se prévaloir des mesures d’aide toujours en vigueur.

Des enjeux de société éclipsés

Les partis d’opposition n’ont pas davantage eu le champ libre pour talonner le gouvernement, sauf sur le manque d’efficacité du dépistage aux frontières relevé par la vérificatrice générale.

Les chefs ont beau avoir tenu au moins un point de presse par semaine, depuis un mois, à chaque occasion le sujet de leur annonce a été ignoré le temps de quelques questions sur l’arrivée d’Omicron.

Le conservateur Gérard Deltell estime néanmoins que son parti a réussi à taper sur le clou de l’inflation. « À partir du moment où on a passé notre message économique de façon pertinente et percutante, tous les jours au Parlement, ça ne me dérange pas de parler d’autre chose », fait valoir le leader en Chambre du parti. « L’arrivée du variant ne nous a pas empêchés de faire notre devoir de vigilance. »

Les dossiers de prédilection de l’opposition ont en effet été martelés à la période des questions. Mais ils n’auront pas ou très peu percolé à l’extérieur des Communes.

Et le chef conservateur, Erin O’Toole, a été contraint de gérer le diagnostic positif de son élu québécois Richard Lehoux dans les jours suivant une rencontre du caucus, puis d’expliquer le refus de se faire vacciner de quatre de ses députés.

Du côté des bloquistes, on avoue avoir été un peu dépités de ne pouvoir discuter davantage de la montée de la violence par arme à feu à Montréal et du nombre alarmant de féminicides au Québec. « Politiquement, il y a des débats de société importants qu’on devrait avoir et qu’on a dû mettre de côté », regrette une source. Mais les partis ont les mains liées. « Il y a une responsabilité à la fois politique, mais aussi humaine, de faire de la lutte contre la COVID-19 une priorité. »

Le constat est le même au Nouveau Parti démocratique. Difficile d’imposer des sujets de débat. « Cela passe un peu sous le radar ». Résultat : le chef adjoint, Alexandre Boulerice, a l’impression que la courte session n’aura pas été très productive.

Un retour à mars 2020

Les frustrations des partis d’opposition, qui auront été incapables de dicter leurs sujets politiques, risquent fort de perdurer en 2022.

Tout indique que cette nouvelle vague ne fait que commencer. La santé publique fédérale a prévenu que le nombre de cas de COVID-19 s’apprête à exploser, le variant Omicron devenant dominant et laissant planer le spectre d’une cinquième vague comme celle qui fait des ravages en Europe.

Déjà, les libéraux ont annoncé mardi soir qu’ils poursuivront leurs activités parlementaires principalement en mode virtuel.

Les politiciens ont donc de quoi être aussi découragés que les citoyens, qui voient de nouveaux resserrements pointer à l’horizon. Leurs priorités politiques n’ont visiblement pas fini d’être éclipsées, par Omicron ou même ses possibles successeurs préoccupants.


Une version précédente de ce texte, qui désignait le député Richard Lehoux sous le nom Richard Martel et qui indiquait que trois députés conservateurs ne sont pas vaccinés (au lieu de quatre), a été corrigée.



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