Justin Trudeau ne veut pas d’un conflit Ottawa-Québec sur la loi 21

Justin Trudeau a répété qu’il laissait les Québécois contester eux-mêmes devant les tribunaux la Loi sur la laïcité de l’État.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Justin Trudeau a répété qu’il laissait les Québécois contester eux-mêmes devant les tribunaux la Loi sur la laïcité de l’État.

Même s’il s’oppose à la Loi québécoise sur la laïcité de l’État, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, ne s’invite pas pour l’instant dans sa contestation judiciaire pour ne pas donner « l’excuse » au gouvernement Legault d’une ingérence fédérale.

« Je pense que c’est important, dans les premières étapes, dans le travail [de contestation judiciaire] qui se fait maintenant, de ne pas donner l’excuse d’une bataille entre Ottawa et Québec », a expliqué le premier ministre, lundi, en marge de l’annonce d’une entente pour des garderies subventionnées avec le Nouveau-Brunswick.

Justin Trudeau a répété qu’il laissait les Québécois contester eux-mêmes devant les tribunaux la Loi sur la laïcité de l’État. Adoptée en juin 2019 à l’Assemblée nationale, cette loi interdit à certains employés du gouvernement en position d’autorité d’afficher des signes religieux dans leurs fonctions, comme les agents de la paix, les procureurs et les enseignants. Le premier ministre n’a jamais fermé la porte à fournir une aide fédérale pour sa contestation judiciaire devant les tribunaux.

La loi 21 a eu pour conséquence la réassignation récente d’une nouvelle enseignante d’une école anglophone de Chelsea, en Outaouais, qui porte le hidjab. De l’avis du premier ministre du Québec, François Legault, la faute revient à la commission scolaire, qui n’aurait pas dû l’embaucher en premier lieu.

Selon Justin Trudeau, « énormément de Québécois sont préoccupés par le fait que dans une société qui se dit libre et ouverte, quelqu’un peut perdre son travail à cause de sa religion ». Or, un engagement fédéral dans le dossier aurait pour conséquence, dit-il, de « donner l’excuse au gouvernement du Québec que c’est de l’ingérence fédérale ».

« Ce n’est plus un enjeu théorique. Je pense aux parents des enfants en 3e année à Chelsea. Ils doivent expliquer à leurs enfants pourquoi une enseignante qu’ils aimaient, […] qui faisait très bien sa job, a perdu sa job à cause de sa religion. »

Libre de retirer son signe religieux

De passage à Montréal, lundi, le premier ministre du Québec, François Legault, a défendu l’interdiction du port de signes religieux pour les enseignants, rappelant notamment que des pays européens ont adopté des lois semblables sur la laïcité.

« Je pense que notre loi est très raisonnable. Les gens peuvent enseigner s’ils retirent leur signe religieux pendant qu’ils enseignent. Quand ils sont dans la rue, chez eux, ils peuvent porter un signe religieux, a-t-il indiqué. Est-ce qu’on permettrait à un enseignant d’enseigner avec un t-shirt marqué : “Je suis pour le Parti libéral” ? »

Dimanche, l’ambassadeur du Canada à l’ONU, Bob Rae, a ajouté sa voix à celle de plusieurs députés à Ottawa pour critiquer la loi 21 du Québec, la qualifiant sur Twitter de « discriminatoire » et « contraire à la Déclaration universelle des droits de l’homme ».

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, y a vu une preuve que la diplomatie canadienne « [salit] l’image du Québec à l’étranger ». Lundi, son parti a en plus demandé que l’ambassadeur Bob Rae soit rappelé au pays pour qu’il puisse s’expliquer pour ses propos devant un comité parlementaire à Ottawa.

Alors qu’un premier tribunal a tranché ce printemps quant à la validité de la loi 21, qui est actuellement protégée par les clauses de dérogation aux chartes des droits de la personne, une exception accordée aux écoles anglophones est l’objet d’un appel par le gouvernement Legault. La Cour d’appel a ensuite statué en novembre que les commissions scolaires anglophones devaient l’appliquer jusqu’à ce que la cause soit entendue sur le fond, ce qui pourrait prendre des années.

Avec Marco Bélair-Cirino

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