Des contrôles insuffisants aux frontières contre la COVID-19, déplore la vérificatrice générale

La création de l’application ArriveCan a permis de surveiller plus étroitement les voyageurs. Mais des lacunes demeurent, observe la vérificatrice générale.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La création de l’application ArriveCan a permis de surveiller plus étroitement les voyageurs. Mais des lacunes demeurent, observe la vérificatrice générale.

Après près de deux ans de contrôles frontaliers visant à freiner la pandémie de COVID-19, la vérificatrice générale du Canada conclut que le gouvernement fédéral peine toujours à surveiller l’entrée de voyageurs au pays. Quant aux normes devant protéger les travailleurs étrangers temporaires du secteur agricole, lors de leur quarantaine ou en cas d’éclosion, le gouvernement n’a pas su encore là s’assurer qu’elles soient respectées.

La vérificatrice générale, Karen Hogan, faisait le suivi dans ses plus récents rapports de diverses mesures mises en place par le fédéral lors de la pandémie. En matière de restrictions frontalières, le gouvernement de Justin Trudeau s’est amélioré, note la VG, mais pas suffisamment.

L’an dernier, l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) ignorait, pour pas moins de 66 % des voyageurs de retour au pays, s’ils respectaient les règles de quarantaine. De janvier à juin 2021, cette statistique était passée à 37 %. Ce qui ne veut pas dire que les arrivants ne se sont pas confinés, mais que les autorités n’en avaient pas le cœur net.

Les registres devant permettre à l’Agence de surveiller toutes les personnes en quarantaine à l’hôtel ne contenaient le nom que de 25 % de ces voyageurs aériens.

La création de l’application ArriveCan a permis de surveiller plus étroitement les voyageurs. Mais des lacunes demeurent, observe la VG.

Ainsi, au printemps 2021, 30 % des résultats de tests de dépistage à l’arrivée — soit près de 137 700 — n’avaient pas été récupérés par l’ASPC ou associés au voyageur concerné. Ces tests obligatoires n’étaient d’ailleurs pas toujours imposés : 14 % des gens n’en avaient pas subi avant de revenir au pays, et 26 % n’en ont pas subi à leur arrivée. Qui plus est, alors que l’ASPC devait suivre de près les voyageurs dont le test s’avérait positif, 14 % d’entre eux n’ont pas été contactés par les fonctionnaires.

Un système mieux rodé

Le Parti conservateur a dénoncé une « totale incompétence » du gouvernement. Le Bloc québécois, un « fiasco ».

Les autorités fédérales ont en revanche transféré davantage de cas à surveiller aux corps policiers (79 % des voyageurs soupçonnés de ne pas respecter les consignes, contre 40 % en 2020). Mais là encore, l’Agence n’a pas suivi l’issue de ces dossiers dans 59 % des cas « à priorité élevée ».

Le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, a reconnu les failles du passé, mais a martelé que celles-ci avaient depuis été corrigées. L’ASPC n’était pas équipée pour garder la trace de microdonnées sur la position de milliers de voyageurs. L’application ArriveCAN est désormais utilisée par 92 % d’entre eux et produit des données beaucoup plus fiables, a-t-il souligné. L’utilisation d’ArriveCAN était obligatoire dès février 2021.

« Ça aurait pu aller plus vite, a consenti le ministre. Maintenant, on est en décembre 2021, et on dispose d’outils différents pour faire face à la nouvelle menace du variant Omicron. »

Travailleurs temporaires

Karen Hogan dresse par ailleurs un constat accablant quant aux efforts du fédéral pour s’assurer que les milliers de travailleurs étrangers temporaires recrutés en renfort dans le milieu agricole étaient adéquatement protégés pendant la pandémie.

Les éclosions et les mauvaises conditions de vie dans les fermes et autres installations ont fait les manchettes, l’an dernier. Le bureau de la VG y a recensé au moins trois décès attribuables à la COVID-19.

Et pour cause : son rapport conclut que le ministère de l’Emploi n’a pas adéquatement veillé à ce que les travailleurs infectés soient bien isolés de leurs collègues, lors d’éclosions. Dans 60 % des cas d’inspection, les dossiers épluchés ne contenaient pas les informations nécessaires pour vérifier l’état des lieux. Aucune photographie confirmant que le malade avait une chambre et une salle de bains privées, par exemple. Et ces inspections ont décelé des « non-conformités possibles » dans 15 % des cas. Mais rien ne laissait croire qu’il y aurait eu des suivis.

Dans deux cas d’éclosion, les travailleurs infectés ont carrément continué d’habiter avec leurs collègues.

Le ministère de l’Emploi n’a pas non plus certifié que les employeurs agricoles offraient des installations sécuritaires à leurs travailleurs pour qu’ils s’isolent dans les 14 jours suivant leur arrivée.

Ainsi, pour 88 % des inspections évaluées par la VG, la conformité de ces installations aux règles en vigueur a été confirmée malgré un manque de preuves à cet effet. Dans un cas, les photos fournies par l’employeur montraient clairement que la distanciation de deux mètres n’était pas respectée. L’installation a néanmoins été jugée conforme, sans qu’il y ait de suivi.

Nombre de dossiers sont par ailleurs restés inactifs pendant des semaines (80 %) — soit bien après que la quarantaine eut été terminée —, et ce, même si certains présentaient des informations évoquant des situations problématiques. « C’est donc dire que le ministère a raté des occasions d’intervenir pendant la période critique pour vérifier les conditions de quarantaine et prendre les mesures nécessaires », écrit la vérificatrice, dénonçant un « problème systémique ».

En contexte pandémique, ces inspections sont presque toutes devenues virtuelles. C’est aux employeurs qu’il incombait de fournir des photos, et les travailleurs témoignaient en entretien à distance.

La « majorité » des inspections sont de nouveau en personne, a assuré la ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough, et davantage d’inspecteurs ont été affectés à la tâche. « Nous croyons que nous pouvons et devons faire mieux », a-t-elle argué.

La VG était si alarmée de la situation sur le terrain, en 2020, qu’elle a prolongé son audit. Plutôt que des améliorations, ce sont des problèmes qui « ont persisté et se sont aggravés » qu’elle a constatés.

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