Sur l’Ukraine, Mélanie Joly met en garde la Russie

Un soldat ukrainien montait la garde au front de la zone séparatiste pro-russe jeudi dernier dans la région de Donetsk.
Photo: Anatolii Stepanov Agence France-Presse Un soldat ukrainien montait la garde au front de la zone séparatiste pro-russe jeudi dernier dans la région de Donetsk.

La ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly, a personnellement fait part à son homologue russe, Sergueï Lavrov, de « l’inquiétude » du Canada à voir son pays masser des troupes à la frontière de l’Ukraine et l’a invité à la « prudence » afin que la situation ne dégénère pas en conflit armé.

La rencontre fortuite a eu lieu jeudi, à Stockholm, en Suède, dans un couloir en marge du Conseil ministériel de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), auquel participaient 57 États, dont le Canada et la Russie.

« J’ai eu l’occasion de rencontrer dans le corridor, comme ça, mon homologue russe, [Sergueï] Lavrov, et je lui ai mentionné mon inquiétude. Je l’ai appelé à faire en sorte de faire preuve de prudence. […] Je l’ai mentionné dans tous mes discours, mais j’ai eu la chance de le lui dire directement », a rapporté la ministre Joly dans un appel au Devoir à sa sortie du sommet.

Le responsable de la diplomatie russe lui aurait répliqué que le Canada n’a pas de leçons à lui donner, puisque le pays vient en aide militairement à l’Ukraine.

« C’est toujours la même réponse de la Russie, qui essaie d’instrumentaliser la présence du Canada en Ukraine ou de l’OTAN [Organisation du traité de l’Atlantique Nord] dans les pays baltes », a expliqué Mme Joly.

La ministre effectuait cette semaine son tout premier voyage outre-Atlantique depuis son importante promotion, cet automne, à la tête de la diplomatie canadienne. Elle a pris part à la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN en Lettonie, où la question d’une possible invasion de l’Ukraine par la Russie a monopolisé les discussions. Mélanie Joly y a livré un plaidoyer pour « contrer les régimes autoritaires », dit-elle.

« C’est très inquiétant, ce qui se passe à la frontière entre la Russie et l’Ukraine. […] L’important, c’est qu’on soit capables de se parler, et qu’on soit capables de calmer le jeu. Mais nous, on ne peut pas prendre cette menace-là à la légère. On doit être organisés, on doit planifier, puis on doit être vraiment en mesure d’avoir un plan stratégique qui pourra être mis en œuvre si jamais il y a un problème. »

L’armée canadienne sur place

L’Ukraine ne fait pas partie du pacte de défense collectif qu’est l’OTAN, qui comprend, en plus du Canada, les États-Unis et 28 pays européens. Ce pays est tout de même un allié du Canada, qui y a envoyé 200 conseillers militaires pour aider à la formation de militaires ukrainiens. Ottawa est favorable à un élargissement éventuel de l’OTAN à l’Ukraine, un projet auquel s’oppose catégoriquement la Russie.

Afin de « protéger les frontières de l’Europe de l’Est », le Canada assure aussi le commandement d’une force de l’Alliance atlantique. Ce sont 540 militaires canadiens qui sont présentement déployés en Lettonie au sein du Groupement tactique de présence avancée renforcée de l’OTAN.

« Les menaces sont réelles au niveau des frontières est de l’Europe. Et, bien que l’Ukraine ne fasse pas partie de l’OTAN, le fait que [sa] sécurité est en jeu, c’est aussi une menace contre l’Alliance de façon générale, a précisé la ministre. La sécurité de nos troupes est ma priorité, mais en même temps, pour l’instant, le plus important est qu’on puisse continuer à démontrer à la Russie qu’il va y avoir des conséquences [en cas de conflit armé], et que ces conséquences vont être sévères. D’un point de vue économique et bien entendu d’un point de vue géopolitique. »

Jeudi, son bureau a annoncé de nouvelles sanctions contre des responsables d’un autre pays de la région,la Biélorussie. Le Canada lui reproche son « instrumentalisation inacceptable d’êtres humains, de migrants, pour mettre de la pression sur les frontières est de l’Europe », dit la ministre des Affaires étrangères, qui qualifie le geste « d’odieux » et de « complètement méprisable. »

Présence accrue du Canada

Le dernier discours du Trône du gouvernement Trudeau précise que le pays « doit renforcer la paix et la sécurité à l’international, l’État de droit, la démocratie et le respect des droits de la personne », notamment. La ministre MélanieJoly l’interprète comme une commande d’augmenter la présence diplomatique du Canada dans le monde.

« Notre objectif est vraiment dans l’esprit de dire : on doit contrer les régimes autoritaires. On doit absolument s’assurer que les démocraties ont les moyens de répliquer aux tentatives [de ces régimes] d’augmenter leur pouvoir. On va être du côté des démocraties, comme celles de l’Ukraine, pour être en mesure de les défendre et de les aider à développer leurs institutions démocratiques et en même temps à être capables de se défendre. »

Sans être une grande puissance, le Canada a à tout le moins l’oreille attentive de la plupart des pays du monde, avance-t-elle, étant donné sa feuille de route de défenseur du multilatéralisme.

« Notre boulot, c’est de démontrer qu’au XXIe siècle, les démocraties sont pertinentes et capables de gérer des enjeux globaux, comme les changements climatiques, les conditions économiques, les enjeux en lien avec les communications, Internet. […] Nous, on peut jouer le rôle de les amener tous à la table et de parler à tout le monde. Moi, c’est mon boulot comme ministre des Affaires étrangères. »

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