Passes d’armes au Parlement

Au lendemain de la présentation du discours du Trône, les partis d’opposition ont tour à tour critiqué le gouvernement de Justin Trudeau.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Au lendemain de la présentation du discours du Trône, les partis d’opposition ont tour à tour critiqué le gouvernement de Justin Trudeau.

Les débats parlementaires venaient à peine de recommencer mercredi que déjà les insultes et les reproches fusaient de toutes parts aux Communes. Et ce, malgré la « collaboration » promise et espérée par chacun des partis. Le tout sur fond de tensions vaccinales alors que les rivaux des conservateurs, et même l’un de leurs propres collègues, se sont dits mal à l’aise que certains ne soient pas vaccinés.

Au lendemain de la présentation du discours du Trône, les partis d’opposition ont tour à tour critiqué le gouvernement de Justin Trudeau. « Ce gouvernement libéral fatigué », a raillé le chef conservateur, Erin O’Toole, en s’adressant à son caucus en matinée et en reprochant au premier ministre de ne pas s’attaquer à l’inflation au pays.

Le leader bloquiste, Yves-François Blanchet, a une fois de plus sommé le gouvernement Trudeau d’augmenter les transferts fédéraux aux provinces en santé. La veille, il le qualifiait quant à lui de « gouvernement qui est déjà usé ».

Du côté du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh a accusé les libéraux de ne pas en faire assez pour le climat. Et Justin Trudeau d’avoir été réélu à la tête d’un « gouvernement qui est rendu à bout de souffle », disait-il mardi.

Réunis pour une première période des questions depuis juin — et la première en présentiel depuis plus de 18 mois —, les députés fédéraux étaient fougueux mercredi. Tant du côté des partis d’opposition que de celui du gouvernement.

Pourtant, le leader des libéraux en Chambre, Mark Holland, répète depuis lundi que le gouvernement minoritaire veut « coopérer » avec les partis d’opposition. Malgré cela, Justin Trudeau a enchaîné les attaques à l’endroit des conservateurs. Le premier ministre leur a reproché leur « idéologie », de se « cacher la tête dans le sable » en s’opposant au plan national de garderie des libéraux et de « balancer de la boue » avec leurs questions aux Communes.

M. Holland a en outre déploré que, dès les premières heures de la reprise parlementaire, les conservateurs aient évoqué trois questions portant atteinte selon eux à leurs privilèges parlementaires (notamment sur la vaccination obligatoire des députés pour entrer au parlement) et ainsi monopolisé deux heures et demie de débat mardi soir. « C’était trop hier soir, a indiqué M. Holland. Et j’espère que ce n’est pas une situation qui va se poursuivre, parce qu’il est très important pour nous de travailler [pour nous occuper des] priorités des Canadiens. »

Le Bloc québécois a soulevé une quatrième question de privilège parlementaire, pour réclamer, comme le demandent les libéraux, que les exemptions médicales brandies par un nombre inconnu de conservateurs soient contre-vérifiées afin de certifier leur légitimité.

Inquiétudes vaccinales

Le statut vaccinal des élus conservateurs a continué de susciter bien des débats au Parlement, et pas seulement chez leurs rivaux politiques.

Le sénateur Claude Carignan s’est lui-même montré mal à l’aise, à son arrivée à la rencontre hebdomadaire de son caucus, que certains de ses collègues ne soient pas adéquatement vaccinés. « J’ai mon masque. Je vais me tenir à distance », a-t-il avoué. « Moi, je pense qu’il faut être vacciné. C’est important », affirmait-il quelques minutes plus tôt.

Le Parti conservateur refuse de préciser combien de ses élus ne sont pas vaccinés et détiennent plutôt une exemption médicale. La semaine dernière, le député beauceron Richard Lehoux a révélé qu’on lui avait diagnostiqué la COVID-19 à peine 48 heures après avoir passé deux jours en caucus avec ses collègues.

M. Blanchet a rapporté avoir « donné directive » à ses députés et à son équipe « d’être plus prudents, compte tenu de l’incertitude qui existe » quant au statut vaccinal de certains élus. La députée du Parti vert Elizabeth May disait mardi ne pas se sentir en sécurité dans l’antichambre de l’opposition aux Communes pour cette même raison. Le chef néodémocate a quant à lui affirmé qu’il s’inquiétait pour les employés qui travaillent sur la colline Parlementaire.

Les députés fédéraux débattent depuis mercredi après-midi d’une motion du gouvernement qui prolongerait le fonctionnement des travaux de la Chambre en mode hybride et qui mandaterait les officiers du Parlement pour qu’ils vérifient la légitimité des exemptions médicales de certains élus au vaccin contre la COVID-19.

Le député de la région de Niagara, Dean Allison — le seul à avoir reconnu publiquement détenir une exemption médicale —, s’oppose à cette idée. « Toute information médicale devrait rester confidentielle », a-t-il affirmé, ajoutant qu’il subit un test de dépistage tous les lundis et mercredis pour pouvoir entrer au parlement.

M. Allison a refusé de préciser la condition médicale qui l’empêche de se faire vacciner. « C’est privé », a-t-il rétorqué.

Puisque la motion du gouvernement profite de l’appui du Nouveau Parti démocratique, son adoption semble assurée.

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