Vaccination obligatoire: les libéraux visent les conservateurs en ce jour de rentrée parlementaire

Les députés ont effectué leur rentrée parlementaire à Ottawa lundi. 
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Les députés ont effectué leur rentrée parlementaire à Ottawa lundi. 

En ce jour de rentrée parlementaire à Ottawa, les libéraux n’ont pas perdu de temps et lancé les hostilités contre leurs adversaires conservateurs. Le champ de bataille : les exemptions médicales des députés conservateurs non vaccinés.

« C’est improbable qu’il y ait [autant] d’exemptions médicales. […]. Ce n’est pas logique », a soupçonné Mark Holland, le leader parlementaire du gouvernement, lors d’un point de presse lundi matin.

Même s’il ignore le nombre d’exemptions médicales obtenues par les conservateurs — le chef Erin O’Toole refuse de fournir ce nombre -, M. Holland soumet que n’importe quel chiffre au-dessus d’un ne serait pas crédible. Pour justifier son raisonnement, il cite les statistiques : entre une et cinq personnes sur 100 000 auraient droit à une exemption médicale pour ne pas se faire vacciner contre la COVID-19. Et ils ne sont que 119 députés conservateurs à Ottawa.

M. Holland propose donc que le Bureau de régie interne, le comité composé de députés qui a imposé la vaccination obligatoire pour l’accès aux édifices parlementaires, précise que seules les six ou sept exemptions médicales reconnues par les autorités sanitaires ontariennes puissent être invoquées.

Les notes de médecin devraient donc être contre-vérifiées en tenant compte de cette liste.

Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique (NPD) se disent d’accord avec la démarche proposée par les libéraux. « J’ai des inquiétudes, j’ai des doutes avec les conservateurs », a expliqué le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, à son point de presse qui a suivi celui de M. Holland.

« Il est impératif que les conservateurs fassent preuve de transparence à ce sujet », a renchéri le leader parlementaire du Bloc québécois, Alain Therrien, dans une déclaration écrite.

Les députés de toutes les formations politiques sur la colline parlementaire sont pleinement vaccinés, à part un nombre inconnu de députés conservateurs. Une élue libérale qui avait invoqué une exemption médicale pendant la campagne électorale a reçu, depuis, ses vaccins. Sa condition médicale aurait évolué, selon ce qu’a rapporté M. Holland.

La situation s’est particulièrement compliquée pour les conservateurs depuis que l’un des leurs, le député de Beauce, Richard Lehoux, a annoncé qu’il a contracté la COVID-19. M. Lehoux participait avec ses collègues à deux jours de réunion de caucus, la semaine dernière.

Il ne pourra pas être en Chambre lundi. Tous les députés et sénateurs à ses côtés mercredi et jeudi dernier devaient passer un test de dépistage avant de retourner à leurs occupations. Les non-vaccinés devaient, selon les règles sanitaires, se mettre en quarantaine.

Le Parti conservateur du Canada refuse toujours de dire qui, parmi ses députés, n’a pas obtenu ses deux doses — pour des raisons médicales.

Lundi, une poignée d’élus n’étaient pas sur les banquettes conservatrices. Seuls deux d’entre eux, Robert Kitchen et Arnold Viersen, n’avaient pas déclaré leur statut vaccinal à La Presse canadienne. Le bureau du chef conservateur Erin O’Toole assure cependant que leurs absences n’ont rien à voir avec leur statut vaccinal. « À l’exception de M. Lehoux [qui est pleinement vacciné], tous les députés conservateurs qui ne siègent pas à la Chambre des communes sont absents pour des raisons non liées à la COVID-19 ou aux règles concernant les vaccins à la Chambre des communes », a déclaré le porte-parole conservateur Axel Rioux par courriel.

Premiers exercices parlementaires

La session s’ouvre lundi avec l’élection d’un nouveau président. Mardi, la gouverneure générale Mary Simon lira le discours du Trône, au Sénat.

Le député libéral Anthony Rota, président de la Chambre des communes tout au long de la dernière session, pourrait être réélu après avoir adroitement réussi à diriger les Communes à travers les trois premières vagues de la pandémie de COVID-19 dans un nouveau format hybride qui a donné aux députés la possibilité de participer virtuellement aux procédures.

Mais les élections du président, au cours desquelles les députés votent par scrutin préférentiel et secret, peuvent être imprévisibles. M. Rota affronte trois députés conservateurs – Marc Dalton, Chris d’Entremont et Joël Godin – ainsi qu’une autre députée libérale, Alexandra Mendès, et la néodémocrate Carol Hughes, qui ont toutes deux été vice-présidentes lors de la dernière session.

Les candidats ont tous prononcé des discours dans les deux langues officielles lors desquels ils ont expliqué pourquoi ils méritent la présidence. Mme Hughes s’est dite prête à réhabiliter la réputation de l’institution, considérée comme dysfonctionnelle et trop partisane. Elle a aussi mis au défi les députés d’élire une femme à ce poste, ce qui ne s’est pas fait depuis plus de 40 ans.

La députée verte Elizabeth May est également en lice, mais elle a déclaré dimanche dans une entrevue qu’elle pensait que M. Rota méritait d’être réélu. En tant que candidate, elle a cependant la possibilité de prononcer un discours de cinq minutes, qu’elle entend utiliser pour attirer l’attention sur ce qu’elle considère comme une erreur majeure commise par divers présidents au cours des 40 dernières années : permettre aux whips des partis de dicter qui a le droit de parler aux Communes.

Seuls les députés qui seront à la Chambre pourront voter pour le président.

Par la suite, la Chambre devra décider si elle reprend ou non les séances hybrides. Les libéraux prévoient déposer une motion en ce sens dès cette semaine. Ils savent que les néodémocrates et les verts sont d’accord avec le retour du mode hybride ; les bloquistes et les conservateurs s’y opposent.

Priorités libérales

D’ici le congé du temps des Fêtes, les libéraux espèrent faire adopter quatre projets de loi : les nouvelles mesures de soutien plus ciblées liées à la COVID-19, la criminalisation des manifestations contre les travailleurs de la santé, la mise en œuvre de 10 congés de maladie payés dans les entreprises sous juridiction fédérale, et l’interdiction des thérapies de conversion. M. Holland dit qu’il compte sur la « bonne foi » de tous les partis afin d’aller de l’avant avec ces pièces législatives.

M. Singh l’assure de son appui pour trois des quatre projets de loi. Le NPD se méfie de celui sur les nouvelles mesures de soutien liées à la COVID-19, parce qu’elles mettent fin à d’autres mesures que M. Singh veut voir maintenues.

Le leader parlementaire du gouvernement n’était pas en mesure de confirmer si d’autres projets de loi promis dans les 100 premiers jours, comme la modernisation de la Loi sur les langues officielles, seront déposés comme promis.

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