Analyse: les yeux doux du NPD pourraient éclipser le Bloc

La rumeur d’une alliance entre Justin Trudeau et Jagmeet Singh permettant de garder au pouvoir le gouvernement minoritaire libéral enflammait la colline du Parlement ces derniers jours. Elle a été démentie, mais une volonté de collaborer persiste entre les deux partis.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La rumeur d’une alliance entre Justin Trudeau et Jagmeet Singh permettant de garder au pouvoir le gouvernement minoritaire libéral enflammait la colline du Parlement ces derniers jours. Elle a été démentie, mais une volonté de collaborer persiste entre les deux partis.

Chaque mercredi, notre correspondante parlementaire à Ottawa Marie Vastel analyse un enjeu de la politique fédérale pour vous aider à mieux le comprendre.
 

Les rumeurs d’une « entente formelle » entre libéraux et néodémocrates qui viserait à assurer la survie du gouvernement minoritaire de Justin Trudeau quelque temps ont enflammé la colline du Parlement aussi vite qu’elles ont été démenties par les principaux intéressés. Mais celles d’une volonté de collaboration privilégiée entre les deux formations demeurent d’actualité. Et si ce scénario se concrétise, c’est le Bloc québécois — et dans une certaine mesure le Québec — qui pourrait y perdre au change.

 

De part et d’autre, les équipes de Justin Trudeau et de Jagmeet Singh ont nié cette semaine s’apprêter à conclure une alliance officielle qui permettrait aux libéraux de se maintenir au pouvoir deux ou trois ans et aux néodémocrates d’obtenir, en échange de leur appui, que le gouvernement minoritaire fasse avancer certains dossiers qui leur sont chers.

Les deux camps discutent simplement des priorités de chacun afin de collaborer au Parlement, ont-ils tour à tour insisté. Rien de plus que les pourparlers habituels en cas de gouvernement minoritaire, ont-ils argué.

« Nous discutons avec tous les partis pour nous assurer que ce Parlement fonctionne », plaidait le leader du gouvernement aux Communes, Mark Holland, lundi.

« Il n’est pas du tout question de coalition », a tranché le chef du NPD mardi. « Mais on est ouverts à trouver des façons de forcer ce gouvernement à respecter ses engagements pour les gens », a maintes fois proposé Jagmeet Singh, en guise de main tendue à peine voilée aux libéraux. « La balle est dans leur camp. »

Et pour cause, ces conversations semblent se tenir principalement entre le Parti libéral et le NPD.

Le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, confirmait la semaine dernière que son équipe n’a pas eu de tels échanges avec les libéraux. Le Bloc québécois se dit prêt à appuyer les initiatives du gouvernement Trudeau à la pièce, comme il le fait depuis deux ans. Ce soutien aura toutefois souvent été circonstanciel, les bloquistes ayant soutenu diverses mesures d’aide du gouvernement pendant la pandémie.

« La porte est ouverte »

Le parti de Justin Trudeau a l’air de miser davantage sur l’aide du NPD cette fois-ci, dont les promesses électorales et les valeurs sont bien plus proches de celles des libéraux. En coulisse, ces derniers reconnaissent d’ailleurs discuter un peu plus avec les néodémocrates, qui laissent entendre depuis une semaine qu’ils sont tout à fait disposés à être ce partenaire pour les libéraux. « La porte est ouverte », a carrément annoncé Jagmeet Singh en point de presse mardi.

Or, si le Parti libéral et le NPD en venaient à une alliance informelle, le levier dont disposait jusqu’à maintenant le Bloc québécois pour défendre les préoccupations du Québec et de l’Assemblée nationale à Ottawa se retrouverait amoindri.

M. Blanchet arguait la semaine dernière qu’il pouvait bien faire des gains pour le Québec tant en négociant avec le gouvernement minoritaire au quotidien qu’en exposant, si ce dernier l’ignore, les méfaits du fédéralisme.

Il reste que son pouvoir de négociation face à un gouvernement libéral profitant de l’appui du NPD en pâtirait, prédisent des observateurs québécois.

À Québec, François Legault, qui disait craindre les visées centralisatrices du PLC et du NPD lors de la dernière campagne électorale, n’aurait en outre pas de quoi être rassuré.

Jagmeet Singh tient tout autant que Justin Trudeau à voir naître des normes nationales en santé au Canada. Il souhaite que les libéraux mettent sur pied le programme d’assurance médicaments pancanadien promis en 2019. Et les deux partis ont fait d’importantes promesses en matière de logement.

Les conservateurs, eux, tentent de tirer leur épingle du jeu en diabolisant dès maintenant toute possible entente entre leurs deux rivaux fédéralistes. « Une coalition libérale-néodémocrate radicale » débourserait « des milliers de dollars en nouvelles dépenses » avec pour unique objectif d’« acheter le silence de Jagmeet Singh », a raillé Erin O’Toole, tentant du même coup de faire oublier brièvement ses difficultés à gérer certains membres de son caucus et leurs sorties contre la vaccination.

Que le gouvernement de Justin Trudeau cherche à s’entendre avec le NPD plutôt que le Parti conservateur pour gouverner n’a rien d’étonnant. M. O’Toole n’a lui-même pas été en mesure d’étayer certaines priorités qu’il serait prêt à faire avancer de concert avec les libéraux.

Mais que les libéraux et les néodémocrates s’allient à court ou moyen terme ne serait pas de bon augure pour le Québec et encore moins pour le Bloc québécois, qui aurait pourtant bien des clivages entre le Québec et le gouvernement de Justin Trudeau à exposer. Des clivages qui risquent de surcroît de se multiplier, à un an des élections provinciales.

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