Guilbeault attaqué par les conservateurs

Erin O’Toole a pris pour cible mercredi le nouveau ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, lui reprochant son passé «d’activiste».
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Erin O’Toole a pris pour cible mercredi le nouveau ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, lui reprochant son passé «d’activiste».

« Activiste », « contre tout », « idéologiquement opposé à une large part de notre économie » : le nouveau ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, incarne à merveille la radicalisation du gouvernement fédéral par le premier ministre Justin Trudeau aux yeux du chef conservateur, Erin O’Toole.

Mardi, le Parti conservateur du Canada s’était empressé d’accoler l’étiquette d’« inexpérimentées et motivées par l’idéologie » aux personnes retenues par Justin Trudeau pour accomplir les différentes missions de l’État, tout en s’inquiétant d’« un risque bien réel pour notre prospérité économique et l’unité nationale ». Vingt-quatre heures plus tard, Erin O’Toole a pris pour cible un seul membre du cabinet : Steven Guilbeault.

« J’ai beaucoup d’inquiétudes sur le ministre Guilbeault. […] Il a un bilan comme un activiste ! Pas un ministre, pas un travailleur, pas un homme d’affaires sur les enjeux pour notre économie. Un activiste sans une approche comme rassembleur dans notre pays », a lâché M. O’Toole, au terme d’une rencontre de plus de quatre heures avec son groupe parlementaire, mercredi.

Selon lui, le premier ministre devra tôt ou tard « réaliser » qu’il était inapproprié de confier les commandes du ministère de l’Environnement et du Changement climatique au cofondateur d’Équiterre — un organisme promouvant « les transitions vers une société écologique et juste » — étant donné la « crise économique » et la « crise de confiance » secouant l’ouest du pays. En somme, poursuit M. O’Toole, le bilan de l’élu montréalais a été de « s’opposer à tout » développement économique, à commencer par le secteur de l’énergie, pour des raisons « idéologiques ».

Les conservateurs de l’Ouest ont aussi accueilli M. Guilbeault avec une brique et un fanal. Après que le premier ministre albertain, Jason Kenney, eut qualifié sa nomination de « désastre pour l’économie canadienne », le quotidien anglophone National Post a titré en une « La montée radicale de Steven Guilbeault », avec une photo de son arrestation, en juillet 2001, où il apparaissait menotté et vêtu d’une combinaison orange de Greenpeace après avoir gravi la tour du CN à Toronto.

Pas « d’agenda secret »

Steven Guilbeault s’est défendu mercredi d’être « un radical » avec un « agenda secret » à la tête du ministère de l’Environnement. Il s’affairera à déployer l’« ambitieux plan » présenté à la population canadienne au cours de la dernière campagne électorale, a-t-il expliqué, à quelques jours du coup d’envoi de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP26) à Glasgow, au Royaume-Uni.

La vie professionnelle du nouveau responsable de la lutte contre les changements climatiques ne se résume pas à son passage à Greenpeace et Équiterre. M. Guilbeault a également occupé le poste de conseiller stratégique chez Cycle Capital Management, un fonds canadien voué au « développement des technologies propres », également en Alberta — ce qui lui a valu le titre d’« écolo à gogo » de la part du professeur de l’UQAM Léo-Paul Lauzon — en plus de faire partie des rangs des sociétés Deloitte & Touche et de Copticom.

« Certaines personnes estiment que je suis un radical, alors que toute ma carrière d’écologiste, j’ai travaillé avec des gens dans le secteur privé, j’ai travaillé avec plusieurs premiers ministres provinciaux. […] Je suis donc prêt à m’asseoir et à travailler avec n’importe qui dans le pays qui veut […] travailler avec nous pour lutter contre le changement climatique », a fait valoir M. Guilbeault.

Il n’est pas prêt à faire une croix sur le projet de construction d’un complexe de liquéfaction de gaz naturel Énergie Saguenay — pourtant condamné par Québec — en interrompant sans avertissement l’évaluation fédérale en cours. « Nous devons considérer que le projet est toujours sous étude jusqu’à ce que ledit prometteur le retire. Donc, Énergie Saguenay n’a pas retiré son projet, alors l’évaluation fédérale va se poursuivre », a indiqué le ministre libéral mercredi.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a pour sa part « salué avec un enthousiasme particulier » l’arrivée de Steven Guilbeault, un homme politique dont il « ne doute pas de la sincérité de son engagement environnemental », à la tête du ministère de l’Environnement d’un pays du G7. « Il réalise un peu le rêve de sa vie », a-t-il noté, tout en lui tendant une branche d’olivier.

« Il faudra que Steven ait les coudées franches pour faire son travail », soit accélérer « la transition [énergétique] dont le Canada, le Québec, la planète au complet ont grandement besoin », a averti le chef bloquiste.

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