Jean Chrétien savait pour les atrocités dans les pensionnats, dit un député du NPD

La sortie de Jean Chrétien à l’émission Tout le monde en parle, dimanche soir, a fait plus que sourciller le député néodémocrate Charlie Angus.

M. Angus ne croit tout simplement pas l’ancien premier ministre quand il dit qu’il ne savait rien des atrocités commises contre les enfants autochtones dans les pensionnats.

M. Chrétien a fait cette déclaration alors qu’il passait à l’émission diffusée à l’antenne de Radio-Canada pour y vanter un nouvel ouvrage qu’il a signé, intitulé « Mes nouvelles histoires ».

M. Angus, qui se présentait à une conférence de presse à Ottawa, lundi matin, avec des survivants du pensionnat Sainte-Anne, a cité une lettre envoyée à M. Chrétien en 1968 alors qu’il était ministre fédéral des Affaires indiennes.

« Une des choses les plus émouvantes que j’ai vues dans la preuve de Sainte-Anne est une lettre écrite à la main par un enseignant, en 1968, racontant à Jean Chrétien les crimes qu’on y commettait contre les enfants », relate M. Angus.

Il ajoute que la lettre demandait au ministre Chrétien de « faire quelque chose ».

« Jean Chrétien n’a jamais répondu », dénonce aujourd’hui le député. « Imaginez ! […] Combien d’enfants auraient pu être sauvés ? », demande-t-il.

« Alors, il est scandaleux que Jean Chrétien aujourd’hui tente de se disculper pour ce qui s’est passé au pensionnat Sainte-Anne. Parce qu’il savait ! Des gens l’ont joint, l’ont supplié de faire ce qu’il faut et il les a ignorés », accuse M. Angus.

« Jamais »

M. Chrétien a offert une tout autre version à l’émission télévisée.

« On n’a jamais mentionné ce problème-là quand j’étais ministre », a-t-il raconté. « D’aucune façon ? », a insisté l’animateur Guy A Lepage. « Jamais », a assuré M. Chrétien.

Et puis, l’ancien premier ministre a cru bon présenter son expérience dans les pensionnats des collèges classiques comme exemple.

« Les pensionnats, c’était connu, ça, les pensionnats. J’ai été pensionnaire, moi, de l’âge de 6 ans jusqu’à l’âge de 21 ans. Alors, j’en ai mangé des fèves au lard, puis du gruau. Et c’est sûr que c’est difficile, la vie de pensionnaire, extrêmement difficile », a-t-il offert.

Lorsque la coanimatrice Anaïs Favron l’a relancé — « vous n’avez jamais entendu parler d’histoires dans les pensionnats autochtones, il n’y avait même pas de rumeurs ? » — M. Chrétien a confondu crimes contre les enfants autochtones et agressions sexuelles contre les mineurs dans des écoles tenues par des congrégations religieuses. « Moi j’ai jamais eu un problème. Je devais ne pas être joli petit garçon, j’imagine », a-t-il répondu.

L’ancien premier ministre a partagé quelques autres commentaires pour le moins surprenants.

« Aux États-Unis, c’est l’armée qui est allée détruire les Autochtones. Nous, c’est des missionnaires qu’on a envoyés. C’est moins dangereux », a-t-il ainsi déclaré.

Il a défendu ses accomplissements comme ministre responsable du dossier autochtone pendant six ans et demi, vantant ses efforts pour améliorer l’accès aux études supérieures pour les jeunes Autochtones.

« J’ai même adopté un fils indien pour donner l’exemple. […] Et ça prouve mon attachement à ce problème-là », a dit M. Chrétien.

La cheffe nationale de l’Assemblée des Premières Nations a utilisé son compte Twitter pour critiquer les commentaires de l’ancien premier ministre.

«Rappelons-nous qu’il a fait la promotion du Livre blanc de 1969 sur l’assimilation/génocide, ce qui a lancé le militantisme des Premières Nations», a écrit RoseAnne Archibald.

À voir en vidéo