Fin imminente de plusieurs programmes d’aide pandémique

Les programmes existants, qui fournissaient durant la pandémie de l’aide financière aux entreprises et un revenu aux travailleurs, prendront fin.
Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne Les programmes existants, qui fournissaient durant la pandémie de l’aide financière aux entreprises et un revenu aux travailleurs, prendront fin.

Le gouvernement fédéral mettra fin dès samedi à la prestation canadienne de relance économique (PCRE) et transformera les aides d’urgence pour employeurs en nouveaux programmes mieux ciblés. Pour les artistes qui perdront leurs prestations cette semaine, la ministre des Finances, Chrystia Freeland, n’a que vaguement évoqué un nouveau soutien fédéral.

« Je sais que je pourrais avoir besoin de la PCRE dans les prochains mois. Je m’inquiète pour mes collègues aussi », a commenté la musicienne Elisa Boudreau, dont le programme de concerts de novembre est très peu garni.

Il n’était toujours pas clair, jeudi, comment les artistes comme elle auront accès au soutien « plus ciblé » promis par le gouvernement Trudeau pour la suite. Dès la semaine prochaine, la PCRE fera place à une nouvelle « prestation canadienne pour les travailleurs en cas de confinement », destinée à fournir 300 $ par semaine aux travailleurs cloués à la maison lors d’un éventuel nouveau confinement local.

« Nous allons aussi tenir notre promesse électorale d’offrir du soutien aux artistes et aux techniciens », a très brièvement mentionné la ministre, en compagnie du premier ministre Justin Trudeau lors d’un point de presse organisé dans le stationnement d’un hôpital d’Ottawa jeudi.

Lors des dernières élections fédérales, les libéraux ont promis un « programme d’appui transitoire qui donnera accès à des mesures d’urgence aux artistes, artisans, créateurs et auteurs » qui sont privés de travail en raison de la COVID-19. Le ministère des Finances a refusé de fournir au Devoir toute explication supplémentaire sur ce nouveau régime promis, à 48 heures de la fin annoncée de la PCRE.

Selon le président de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec, il y a urgence d’annoncer de l’aide pour les artistes. « Certains vont tomber entre les mailles du filet », a déclaré Luc Fortin.

En raison des exigences de distanciation sur scène, les orchestres suppriment souvent une partie des musiciens. « On sait que l’orchestre de Casse-Noisette, en décembre, va devoir être réduit de moitié. Or, c’est ce qui est le plus payant dans l’année pour plusieurs musiciens », a indiqué Mme Boudreau, qui est aussi membre du conseil d’administration de la Guilde.

Dans le milieu de la culture, une très grande partie des travailleurs sont autonomes et n’ont donc pas droit à l’assurance-emploi, a rappelé la présidente par intérim de la Fédération nationale des communications et de la culture, Annick Charette. « Ils ne savent pas ce qui va leur arriver dans quelques jours », a-t-elle déploré.

Il faudrait très rapidement élargir l’assurance-emploi pour y inclure les travailleurs autonomes, a d’ailleurs insisté le porte-parole du Conseil national des chômeurs et chômeuses, Pierre Céré. « Il est temps d’arriver avec des solutions plus permanentes », a-t-il jugé.

Les dirigeants de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) ont aussi manifesté de l’inquiétude pour les travailleurs qui se voient retirer la PCRE.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a critiqué le flou entourant la série de changements aux aides d’urgence annoncée jeudi. Il a réitéré le besoin d’un soutien pour les secteurs encore touchés par la pandémie, comme le tourisme, les arts et la culture.

Il est temps d’arriver avec des solutions plus permanentes

 

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a qualifié « d’inacceptable » la fin de la PCRE avec « un préavis de quelques jours », dans un contexte où plusieurs provinces traversent toujours la quatrième vague de la pandémie. « Ce n’est clairement pas le moment de couper l’aide aux familles et aux petites entreprises qui ont du mal à joindre les deux bouts. »

Le Parti conservateur, au contraire, s’opposait à un renouvellement de la PCRE après le 20 novembre, citant le problème de la pénurie de main-d’œuvre. Il s’est donc réjoui de la nouvelle.

Fin d’aides aux entreprises

Le gouvernement fédéral mettra également un terme dès samedi à la subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC) et à la subvention d’urgence du Canada pour le loyer. Ottawa calcule avoir « retrouvé 100 % des emplois perdus pendant la pandémie », beaucoup plus que le rebond de 78 % observable aux États-Unis. De nouveaux programmes d’aide aux entreprises, plus ciblés, prendront le relais dès dimanche.

Un « programme de relance pour le tourisme et l’accueil » offrira aux hôteliers, restaurateurs et agences de voyages toujours touchés par la pandémie des subventions supplémentaires pour couvrir entre 40 et 75 % des coûts du loyer et des salaires. Un second « programme de relance pour les entreprises les plus durement touchées » doit aider les entreprises de tout secteur en mesure de prouver des pertes de revenus pandémiques de 50 à 75 %.

Le programme d’embauche pour la relance économique du Canada sera quant à lui renouvelé jusqu’au 7 mai, mais moitié moins généreux.

À partir du 7 mars 2022, le soutien offert par ces deux programmes va diminuer de moitié. Les entreprises devront démontrer au gouvernement tant leurs pertes durant la pandémie que les pertes encourues durant le mois courant. Le gouvernement fédéral aura aussi dans sa manche un programme d’aide aux entreprises prêt pour d’éventuels nouveaux confinements au pays.

40 à 75%
C’est la fourchette de pourcentage des coûts du loyer et des salaires que couvriront les subventions supplémentaires du « programme de relance pour le tourisme et l’accueil » offert aux hôteliers, aux restaurateurs et aux agences de voyages toujours touchés par la pandémie.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, le Conseil du patronat du Québec et l’Association Restauration Québec (ARQ) ont accueilli positivement ces nouvelles mesures. Ils ont toutefois émis plusieurs bémols. Plusieurs entrepreneurs du domaine touristique seraient laissés pour compte, parce qu’ils devront démontrer une diminution d’au moins 40 % de leurs revenus par rapport à 2019.

« Un établissement qui a 30 % de baisse de vente ne reçoit plus rien, même s’il est en difficulté », a dénoncé Martin Vézina, directeur des affaires publiques et gouvernementales à l’ARQ.

La FCEI a déploré que les modalités des nouveaux programmes compliquent l’accès à de l’aide financière pour les entreprises.

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