Le Parti vert met à pied la moitié du personnel

Mme Paul, qui a annoncé sa démission prochaine le mois dernier, n’aurait pas eu son mot à dire sur ces mises à pied.
Chris Young La Presse canadienne Mme Paul, qui a annoncé sa démission prochaine le mois dernier, n’aurait pas eu son mot à dire sur ces mises à pied.

Le Parti vert met à pied la moitié de son personnel, alors que les instances cherchent à réduire les coûts d’une formation confrontée à de persistants problèmes financiers et politiques.

Trois hauts responsables du parti, qui ont requis l’anonymat parce qu’ils n’étaient pas autorisés à parler publiquement de questions internes, ont déclaré mardi que le Parti vert mettait à pied temporairement et dès maintenant une dizaine d’employés.

Les sources affirment que la directrice du parti, Dana Taylor, rencontrait individuellement mardi chacun des employés touchés pour leur annoncer la nouvelle.

Un peu comme le parti l’avait fait en juin dernier, les mises à pied touchent le personnel du bureau de la cheffe démissionnaire, Annamie Paul, ainsi que les services des communications et de la mobilisation.

Mme Paul, qui a annoncé sa démission prochaine le mois dernier, n’aurait pas eu son mot à dire sur ces mises à pied. Selon des sources, elle demeure cheffe alors qu’elle négocie avec les instances un remboursement des frais juridiques qu’elle a engagés en s’opposant aux dirigeants du parti cette année.

«Mme Paul n’a pas eu son mot à dire sur les licenciements et n’était pas au courant des récentes réductions de personnel jusqu’à ce qu’elles commencent à être annoncées ce matin», a déclaré mardi le porte-parole du parti, John Chenery.

Le bureau d’Annamie Paul n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Dynamique conflictuelle depuis les élections

En plus des problèmes financiers, les verts sont confrontés à une sérieuse introspection après les élections fédérales du mois dernier, où le parti a conservé deux sièges à la Chambre des communes, mais a vu sa part du vote populaire passer à 2,3 %, comparativement à 6,5 % au scrutin de 2019.

Ces résultats décevants clôturaient aussi une année marquée par des luttes de pouvoir amères à la haute direction et par la défection vers les libéraux d’une députée du Nouveau-Brunswick, Jenica Atwin.

La dynamique conflictuelle s’est manifestée au cours du week-end, lorsque le conseil fédéral composé de 16 membres du parti ainsi que son conseil exécutif de cinq membres – Annamie Paul siège sur les deux instances – ont participé à plusieurs réunions auxquelles la cheffe n’a pas été invitée, selon des sources.

Les rencontres virtuelles, qui comprenaient une discussion sur les licenciements imminents, ont été partiellement ouvertes à tous les membres verts qui ont vu des accusations être lancées quant au traitement réservé à Mme Paul par le parti, entraînant des excuses de la nouvelle présidente Lorraine Rekmans.

Les querelles juridiques ont encore aggravé le déséquilibre de trésorerie des Verts.

Au cours de l’été, Annamie Paul a lancé un arbitrage lié à son contrat de travail et la volonté des dirigeants du parti de l’évincer par un vote de défiance et une suspension de sa carte de membre. Un arbitre indépendant a annulé les deux procédures.

En réponse, plusieurs hauts responsables ont déposé une contestation judiciaire au nom de la formation politique contre Mme Paul qui a remis en question la décision de l’arbitre alors que les tensions entre les deux parties atteignaient leur point culminant.

Les compressions de mardi ressemblent à du déjà vu pour les Verts qui ont vu les problèmes financiers entraîner des licenciements et une absence de financement de la campagne de Mme Paul dans Toronto-Centre l’été dernier.

L’ancien président du Fonds du Parti vert du Canada, Doug Tingey, mentionné dans un rapport de juillet que «la situation financière actuelle n’est pas durable».

Il a déclaré aux membres du conseil fédéral en juillet que les Verts auraient environ 300 000 $ en banque si des élections étaient déclenchées le mois prochain – la campagne a débuté le 15 août – par rapport à 1,9 million $ au déclenchement des élections de 2019 et 3 millions $ lorsque les gants ont été jetés en 2015, selon deux sources.

La somme relativement faible ne tenait pas compte d’un prêt électoral d’environ 1,3 million $, ni de 150 000 $ de subventions salariales qui sont entrés dans les coffres du parti fin juillet, selon des sources.

Le manque de liquidités survient également malgré une augmentation des fonds amassés pendant au moins une partie des 12 mois de mandat de Mme Paul, bien que les responsables du parti aient également déclaré que le financement avait été interrompu pendant la campagne après des mois de tumultes publics.

Les Verts ont collecté environ 1,4 million $ au cours des deux premiers trimestres de 2021, par rapport à environ 1,2 million $ au cours de la même période un an plus tôt, selon les documents d’Élections Canada.

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