Malgré sa démission, Annamie Paul est encore cheffe du Parti vert

Le Parti vert du Canada prépare son processus de révision, comme si Mme Paul n’avait pas annoncé son départ.
Photo: Tijana Martin La Presse canadienne Le Parti vert du Canada prépare son processus de révision, comme si Mme Paul n’avait pas annoncé son départ.

Le Parti vert du Canada s’apprête à consulter ses membres pour une révision du leadership d’Annamie Paul en octobre, puisque la cheffe est toujours en place plus de deux semaines après avoir annoncé son départ.

« Annamie Paul est toujours la chef du Parti Vert du Canada », a confirmé au Devoir le porte-parole du parti, John Chenery, mercredi.

Les verts auront l’occasion de lui montrer la porte lors d’un vote de révision du leadership qui doit commencer le 26 octobre, pour une durée d’un mois. Annamie Paul aurait besoin d’un appui de 60 % pour rester. Même si la constitution du parti prévoit telle consultation après chaque élection générale, la procédure a d’inusité qu’elle est organisée près d’un mois après l’annonce de la démission de Mme Paul. Son départ est toujours l’objet de négociations.

Le 27 septembre dernier, soit une semaine après l’élection fédérale, Annamie Paul a déclaré qu’elle entamait un « processus de démission » lors d’un point de presse au cours duquel elle n’a répondu à aucune question. Son équipe n’a pas voulu préciser quelles conditions étaient rattachées à son départ, citant la confidentialité de son contrat de travail. Une période de transition de deux semaines a été évoquée.

Le lendemain, un courriel du Parti vert du Canada (PVC) informait les médias que Mme Paul « se retire de la chefferie », mais restait en poste « jusqu’à ce que sa démission soit finalisée », soit « au cours des prochaines semaines ».

L’ex-cheffe du PVC, la députée Elizabeth May, a par la suite rapporté qu’Annamie Paul avait plutôt soutenu devant les hauts dirigeants du parti, le « conseil fédéral », qu’elle n’avait pas, en fait, démissionné. Dans une lettre ouverte publiée par le Toronto Star le 3 octobre, Mme May affirme aussi que sa successeure continue de superviser étroitement les communications du parti.

« Manque de transparence »

Le réseau CBC a rapporté en début de semaine que le cœur des négociations entourant le départ de Mme Paul consiste en son éventuelle compensation pour des frais juridiques déboursés pour sa bataille devant les tribunaux contre son propre parti, ce qu’une source proche du dossier a confirmé au Devoir.

Pour le président de l’aile québécoise du PVC, Luc Joli-Cœur, le parti fait le choix « prudent » de maintenir la révision prévue du leadership de Mme Paul. « C’est une façon d’être sûr qu’elle ne change pas d’idée », explique celui qui critique le « manque de transparence » qui continue d’entourer le départ de la cheffe.

« Quand quelqu’un annonce qu’il quitte, on ne le laisse pas avec les clés de l’usine et le contrôle de la machinerie », illustre-t-il.

« Si elle a l’intention de quitter, ce serait important qu’elle règle avec le Parti le plus rapidement possible, de façon à éviter les coûts d’une révision à la chefferie », croit aussi Daniel Green, ancien chef adjoint des verts. Selon lui, le PVC est actuellement divisé en deux factions, l’une blâmant Annamie Paul pour le conflit interne, l’autre blâmant les responsables du parti.

L’entourage d’Annamie Paul n’avait pas répondu aux questions du Devoir au moment de publier cet article.

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