Blake Desjarlais, député d’Edmonton Griesbach

Blake Desjarlais est le premier député fédéral à l’identité traditionnelle autochtone dite bispirituelle.
Photo: Facebook Blake Desjarlais est le premier député fédéral à l’identité traditionnelle autochtone dite bispirituelle.

En cognant aux portes du quartier le plus pauvre de la capitale albertaine lors de la campagne électorale, Blake Desjarlais a trouvé des enfants affamés, des aînés qui n’avaient vu personne depuis plus d’un an et des citoyens marginalisés au bord du suicide. Le néodémocrate en quête de justice sociale a fait tomber un château fort conservateur, et marque surtout l’histoire du Parlement en devenant le premier député à l’identité traditionnelle autochtone dite bispirituelle.

« Je pense certainement que ce sont les gens qui ont voté pour quelqu’un comme moi qui ont fait l’histoire », lâche le principal intéressé au bout du fil. « Les Albertains ont élu un Autochtone, un Métis, de 27 ans, une personne bispirituelle. Si ça ne réussit pas à donner de l’espoir pour le futur que nous voulons pour notre pays, je ne sais pas ce qui va le faire. »

Son identité bispirituelle (« two-spirit », en anglais) réfère dans la langue crie aux « gens qui sont au milieu, aux gens qui peuvent rassembler ». « Voilà ce que je suis. » Il explique qu’être bispirituel représente une identification spirituelle et, en même temps, une identité sexuelle et de genre, hors des catégories créées par la société prédominante. « Nous, les gens bispirituels, nous différencions du mouvement LGBTQ+, principalement blanc , qui tend à effacer le contexte spirituel, le contexte historique précolonial des peuples autochtones et comment nous nous identifions dans notre propre société. »

Blake Desjarlais a remporté la victoire dans une circonscription du nord-est d’Edmonton qui n’avait été représentée que par des conservateurs depuis sa création, en 2015. Le territoire comprend son quartier, Boyle Street, ravagé par de graves problèmes sociaux. C’est aussi l’un des plus durement touchés par la quatrième vague de COVID-19 en Alberta, survenue en même temps que la campagne électorale. Cela a convaincu les électeurs de voter pour le NPD, croit-il, vu l’impopularité du premier ministre conservateur provincial, Jason Kenney.

Sa mission, désormais, est la justice sociale : « Que vous soyez Autochtone, bispirituel ou membre de la communauté LGBTQ, ou une personne trans de couleur… Nous avons fait face à de la discrimination, ce qui a des implications sur la sécurité. Partout au pays, comme au Québec, où la sécurité est un enjeu sérieux pour les femmes noires qui portent le hidjab, ce qui est un problème également en Alberta, les gens ont besoin de savoir que c’est inacceptable. […] Je vais dénoncer tous les cas de haine qui se produisent au Canada. »

Son grand-père lui disait que son peuple « mange en cri, prie en français et commerce en anglais », raconte Blake Desjarlais. L’usage ancestral de la langue de la Nouvelle-France par les Métis de l’Ouest s’est toutefois perdu avec le temps, se désole le jeune élu. Lui-même parle l’anglais et le cri, et caresse le rêve de faire revivre « les langues et la diversité linguistique » qui existaient jadis au sein du peuple métis.



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