Les conservateurs se disent soudés malgré la défaite

Le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O'Toole, se dit confiant d’avoir l’appui d’une majorité de députés.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O'Toole, se dit confiant d’avoir l’appui d’une majorité de députés.

Les conservateurs ont beau s’être donné le droit de tenir un vote de confiance sur le leadership de leur chef, la majorité d’entre eux ont essayé de faire preuve d’unité mardi lors de leur tout premier caucus depuis l’élection fédérale. Erin O’Toole s’est quant à lui dit convaincu de pouvoir rester en selle. La grogne à son endroit semble isolée pour l’instant.

Députés et sénateurs conservateurs étaient réunis à Ottawa mardi pour faire le point sur la campagne électorale qui s’est soldée par un appui populaire équivalent à celui de 2019, mais deux sièges en moins. Erin O’Toole s’était présenté disposé à écouter les critiques de ses collègues, mais aussi pour leur promettre que l’ex-député James Cumming — défait il y a deux semaines, en Colombie-Britannique — mènerait un examen exhaustif de la campagne afin d’en tirer des leçons. M. Cumming sera épaulé par l’ancien ministre québécois Christian Paradis, selon les informations du Devoir.

« Comme chef, je suis responsable de ce que nous avons réussi. Je suis aussi responsable de nos échecs. Et je prends cette responsabilité au sérieux. Je suis déterminé à revoir chaque élément de notre campagne », a insisté M. O’Toole, seul en conférence de presse à la suite d’une rencontre de caucus qui s’est étirée pendant six heures. Cet examen devrait « idéalement » être terminé d’ici Noël, a-t-il indiqué, sans préciser si les conclusions seront rendues publiques.

En début de journée, M. O’Toole s’était dit convaincu d’avoir suffisamment d’appuis de ses collègues pour demeurer chef. Lors du caucus, ceux-ci ont voté pour se donner le pouvoir de tenir plus tard un vote de confiance s’ils le souhaitent. Pour ce faire, 24 des 119 députés devraient alors en faire la demande par écrit au président du caucus, qui organiserait ensuite un vote secret.

Des refus à appuyer le chef

La majorité des conservateurs croisés en marge de la rencontre ont insisté sur le fait que leur équipe était « unie », que la réunion s’était « très bien » passée et que le leadership de M. O’Toole n’était pas en jeu. Le sénateur québécois Pierre-Hugues Boisvenu a rapporté que la discussion portait davantage sur « la stratégie de la campagne » que sur le poste de M. O’Toole. « Les gens sont sereins. Ils veulent poursuivre la réflexion. »

Le député Pierre Paul-Hus a expliqué que certains collègues de l’Alberta se sont montrés préoccupés par les appuis récoltés par le Parti populaire de Maxime Bernier.

Parmi eux, la députée Shannon Stubbs a été la plus critique à l’endroit du chef. « Nous avons perdu à tous les niveaux, dans toutes les villes, chez tous les grands groupes. Je viens d’une province où des collègues conservateurs ont perdu. […] Et nous avons moins de députés dans notre caucus aujourd’hui », a-t-elle déploré. Les appuis des conservateurs ont reculé de 13,7 points de pourcentage en Alberta, par rapport à 2019.

Mme Stubbs a réclamé, en matinée, que les membres du parti se prononcent lors d’un vote de confiance d’ici six mois, plutôt que d’attendre le prochain congrès en 2023. La députée n’est pas venue devant les journalistes après la rencontre.

D’autres, comme ses collègues Bob Benzen de Calgary ou Michael Barrett de l’Ontario, ont refusé de se prononcer publiquement sur le leadership de M. O’Toole. « Ceci n’est que le début. Ce n’est pas la conclusion », a laissé entendre M. Benzen.

De l’avis de plusieurs, la survie de M. O’Toole n’est néanmoins pas menacée à court ou moyen terme. Les mécontents rassembleraient surtout d’anciens supporteurs de l’ex-chef Andrew Scheer — comme Mme Stubbs ou M. Barrett. Or, la grogne ne serait pas comme celle subie par M. Scheer en 2019 après sa propre défaite électorale. « C’était beaucoup plus agressif, beaucoup plus en colère. Tandis que là, c’est une déception de la défaite, mais on regarde en avant », a fait valoir M. Paul-Hus.

Tous les conservateurs Québécois croisés mardi ont appuyé publiquement leur chef, satisfaits du recentrage du parti qui s’est opéré sous sa gouverne. Idem pour certains députés connus comme l’Albertaine Michelle Rempel ou Pierre Poilievre de la région d’Ottawa.

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