Justin Trudeau voit dans sa deuxième minorité un mandat «encore plus fort»

Les priorités libérales demeureront celles exposées lors de la campagne électorale. Le premier ministre Trudeau avait donc choisi une clinique de vaccination contre la COVID-19 pour tenir sa conférence de presse mardi.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Les priorités libérales demeureront celles exposées lors de la campagne électorale. Le premier ministre Trudeau avait donc choisi une clinique de vaccination contre la COVID-19 pour tenir sa conférence de presse mardi.

Les Canadiens ont élu un nouveau Parlement quasi identique au précédent la semaine dernière. Malgré tout, Justin Trudeau estime avoir décroché un mandat encore plus fort. Le premier ministre a ainsi promis, sans complexe, de mettre en œuvre son programme électoral, et ce, même s’il ne s’est vu confier qu’un gouvernement minoritaire par les Canadiens.

M. Trudeau avait convié les médias en banlieue d’Ottawa, mardi, afin de dresser le constat du scrutin fédéral tenu huit jours plus tôt. « Les discussions, les débats qu’on a eus pendant cette élection ont démontré que les Canadiens ont choisi un gouvernement extrêmement ambitieux, a-t-il dit. On a un mandat pour aller encore plus fort, encore plus vite », a-t-il martelé à plusieurs reprises.

Pourtant, le Parti libéral a reçu à peu près le même appui populaire qu’il y a deux ans — cinq dixièmes de pourcentage de moins — et compte seulement deux sièges de plus. Comment M. Trudeau peut-il alors croire avoir les coudées plus franches ? Parce que les Canadiens avaient le choix, a-t-il rétorqué. « Et les Canadiens ont dit très clairement qu’ils souhaitent que leur Parlement et leur gouvernement leur livrent ces idées progressistes ambitieuses », a-t-il argué, citant le programme de garderies promis par son parti, son plan de lutte contre les changements climatiques et sa promesse de réconciliation avec les Premières Nations.

Au lendemain des élections de 2019, lorsqu’il a perdu sa majorité pour hériter d’un premier gouvernement minoritaire, Justin Trudeau avait assuré qu’il prenait acte de ces résultats. Il avait promis d’écouter les provinces — notamment celles des Prairies, qui n’avaient élu aucun libéral — et avait rapidement convié tous les premiers ministres à Ottawa pour améliorer leurs relations.

Mardi, à Ottawa, Justin Trudeau n’affichait pas la même attitude. Interrogé à ce sujet, le premier ministre a assuré qu’il allait « continuer de collaborer » avec les partis d’opposition aux Communes. Il a aussi affirmé qu’il « espère » gouverner quatre ans avant de replonger le pays dans des élections.

Il a toutefois plus souvent martelé, au fil de son point de presse, que son gouvernement venait d’obtenir le mandat d’aller « encore plus vite, encore plus loin, sur les grandes priorités des Canadiens ».

Un cabinet paritaire… bientôt

Le Parlement sera convoqué d’ici la fin de l’automne. Le prochain Conseil des ministres de Justin Trudeau sera assermenté au cours du mois d’octobre. Le premier ministre n’a pas donné de calendrier plus précis.

Ce cabinet sera par contre paritaire, a-t-il promis. Déjà, le premier ministre a annoncé que Chrystia Freeland demeurerait vice-première ministre et ministre des Finances.

Les libéraux ont perdu trois femmes ministres lors des élections, et une quatrième, Catherine McKenna, ne s’était pas représentée. M. Trudeau n’a pas précisé s’il exclura certains hommes de son Conseil des ministres pour atteindre la parité ou s’il augmentera simplement les rangs de son équipe.

Cette dernière sera représentative des régions du pays et de sa diversité, a-t-il indiqué. « Mais avoir une parité est un point de départ pour tout cabinet que j’assemble », a-t-il affirmé.

Les priorités libérales demeureront celles exposées lors de la campagne électorale. Le premier ministre avait donc choisi le lieu d’une clinique de vaccination contre la COVID-19 pour tenir sa conférence de presse.

Son gouvernement annoncera « dans les jours ou les semaines à venir » les modalités de la vaccination obligatoire des fonctionnaires fédéraux ; les voyageurs de plus de 12 ans devront aussi, d’ici la fin octobre, prouver leur pleine vaccination avant de prendre l’avion ou le train au pays. Une preuve vaccinale fédérale sera également offerte pour les voyages internationaux.

Le fédéral remboursera par ailleurs, comme cela avait été annoncé, une partie des dépenses des provinces qui se sont dotées, comme le Québec, d’un passeport vaccinal pour certaines activités non essentielles. Il présentera également un projet de loi pour criminaliser le fait de harceler des travailleurs de la santé.

M. Trudeau compte en outre signer une entente sur les services de garde à 10 $ avec les provinces qui ne l’ont pas encore fait (soit l’Ontario, l’Alberta et le Nouveau-Brunswick). Il veut aussi offrir 10 jours de congé de maladie aux travailleurs relevant d’un secteur fédéral et célébrer la toute première Journée nationale de vérité et réconciliation jeudi, pour commémorer le legs des pensionnats pour Autochtones.

Le projet de loi C-6 visant à interdire les thérapies de conversion sera remis à l’ordre du jour parlementaire. Le gouvernement libéral participera également à la conférence de Glasgow sur le climat (la COP26), début novembre.

Quant aux provinces, qui réclament depuis des mois que le fédéral hausse ses transferts en santé, Justin Trudeau ne s’est pas engagé à les rencontrer d’ici la fin de l’année. Le premier ministre s’est de nouveau montré ouvert à bonifier ces enveloppes, mais « pas sans conditions », a-t-il prévenu.

Les libéraux ont été réélus lundi dernier à la tête d’un gouvernement minoritaire. Ils ont remporté 159 sièges, les conservateurs, 119, le Bloc québécois, 33, le NPD, 25 et le Parti vert, deux.

Avec Boris Proulx

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait erronément que le Parti libéral avait récolté un siège de plus qu’en 2019 lors des élections du 20 septembre dernier, a été modifiée.

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