La cheffe du Parti vert, Annamie Paul, annonce son départ dans l’amertume

«Est-ce que j’ai la force de continuer [à subir] les attaques, les conflits? La conclusion est que non, je ne l’ai pas», a expliqué Annamie Paul lundi.
Photo: Chris Young La Presse canadienne «Est-ce que j’ai la force de continuer [à subir] les attaques, les conflits? La conclusion est que non, je ne l’ai pas», a expliqué Annamie Paul lundi.

Une semaine après avoir mené ses troupes à de désolants résultats électoraux, Annamie Paul a annoncé lundi son départ comme cheffe du Parti vert du Canada, se disant victime d’« attaques » et de « conflits » au sein de son parti. Les militants verts québécois souhaitent maintenant que leur formation tourne la page au plus vite.

« Ç’a été douloureux. Ç’a été la pire période de ma vie, à plusieurs égards », a laissé tomber Mme Paul lors d’un point de presse organisé à Toronto au cours duquel elle n’a répondu à aucune question des journalistes.

Dirigé par Annamie Paul depuis moins d’un an, le Parti vert du Canada (PVC) n’a récolté que 2,3 % des voix au pays lors du scrutin fédéral de lundi dernier (contre 6,5 % en 2019), et 1,5 % au Québec (contre 4,45 % en 2019). Mme Paul est arrivée quatrième dans sa propre circonscription. Avant même de connaître ces résultats, le jour des élections, l’avocate ontarienne dit avoir reçu l’annonce d’une révision de son leadership par un courriel du conseil fédéral de son parti.

Annamie Paul entame maintenant un « processus de démission » afin que le PVC puisse choisir un dirigeant par intérim avant la prochaine course à la chefferie.

Est-ce que j’ai la force de continuer [à subir] les attaques, les conflits ? La conclusion est que non, je ne l’ai pas.

On ne savait toujours pas, lundi, si le départ de la cheffe était assorti de conditions en vertu de son contrat. Son adjointe a précisé au Devoir que cela devra être discuté « au cours des deux prochaines semaines », période durant laquelle Mme Paul restera en poste.

« Est-ce que j’ai la force de continuer [à subir] les attaques, les conflits ? La conclusion est que non, je ne l’ai pas », a expliqué Annamie Paul lundi. Elle dit avoir persévéré tout au long de la campagne électorale, malgré les mauvais pronostics, pour briser un plafond de verre. Femme noire et de confession juive, elle a voulu « montrer que quelqu’un comme [elle] peut se rendre aussi loin que possible ».

Conflit interne

Mme Paul a profité de sa prise de parole pour régler quelques comptes en lien avec le conflit interne qui ronge son parti depuis le printemps. Elle a par exemple soutenu avoir dû se passer de financement pour sa campagne, ne pas avoir eu les employés nécessaires pour mener la bataille électorale et être sous une constante menace de poursuite de son propre parti.

Se disant victimes d’attaques « de la part de conseillers, d’anciens chefs [du] parti », Mme Paul a tenu à lancer un message à ses opposants au sein de sa propre famille politique : « Vous pouvez trouver une consolation [dans ma démission], mais sachez qu’il y a beaucoup plus de gens comme moi que comme vous. Vous ne gagnerez pas, à la fin. »

Son départ a bel et bien créé un certain soulagement auprès de l’aile québécoise du Parti vert du Canada, selon son président, Luc Joli-Cœur. « On trouve que c’est une bonne nouvelle, dans la mesure où on ne sera pas obligés de passer par la révision du leadership. Quand tu es cheffe […], il faut prendre tes responsabilités, a-t-il dit en entrevue au Devoir. Compte tenu des résultats du parti en termes de pourcentage de vote exprimé, particulièrement au Québec, je pense que c’était la chose à faire que de partir. »

Déjà très critique des positions d’Annamie Paul avant la campagne, l’aile québécoise du PVC a notamment présenté une plateforme électorale propre au Québec sans l’approbation de sa cheffe.

Tourner la page

« Elle ne peut blâmer qu’elle-même pour la défaite du parti », tranche pour sa part Daniel Green, ex-chef adjoint du PVC sous Elizabeth May. Celui qui a aussi été vice-président du conseil du parti réfute l’idée selon laquelle les verts ont saboté la campagne de Mme Paul.

« Ce qu’il faut au Parti vert, c’est de trouver un bon chef intérimaire. Pour mettre un peu d’ordre dans le parti, en travaillant avec tout le monde, dont le Québec, ce qu’Annamie Paul a refusé de faire. »

Ce qu’il faut au Parti vert, c’est de trouver un bon chef intérimaire. Pour mettre un peu d’ordre dans le parti, en travaillant avec tout le monde, dont le Québec, ce qu’Annamie Paul a refusé de faire.

Comme lui, tous les militants et sympathisants verts consultés par Le Devoir lundi ont dit souhaiter un départ rapide de Mme Paul afin que le parti puisse tourner la page et se préparer à un éventuel nouveau scrutin anticipé. Le prochain chef devra mieux comprendre le Québec, disent-ils.

« Il y a eu les allégations d’antisémitisme, de racisme, de sexisme. C’est ce qu’on a vu encore dans sa déclaration [de lundi]. Je pense que c’est exagéré de mettre toutes les critiques sur ces éléments-là », croit Alex Tyrrell, chef du Parti vert du Québec (qui n’est pas affilié au PVC). M. Tyrrell a quand même brièvement tenté sa chance à la tête du Parti vert du Canada, avant de se désister. « Je n’ai jamais pu rejoindre Mme Paul depuis la chefferie. Le processus d’unification a été raté. Il n’existait pas », critique-t-il.

Dimitri Lascaris, qui s’est incliné au huitième tour de vote contre Annamie Paul lors de la course à la chefferie de 2020, qualifie cette expérience de « conversation si difficile, si toxique » que sa santé en fut affectée. « Ce qu’il faut faire, c’est réapprendre d’avoir des désaccords respectueusement. […] Il faut un leader, un chef qui comprend les inquiétudes, les valeurs du Québec, et qui comprend l’importance du Québec dans le système électoral », croit le Montréalais, qui réfléchit à la possibilité de se lancer de nouveau.

Annamie Paul est arrivée quatrième dans la circonscription de Toronto-Centre lors des élections de lundi dernier. Elle a récolté l’appui de 3921 électeurs, soit à peine 8,5 % des voix. La cheffe verte avait pourtant renoncé à effectuer une véritable tournée nationale pour appuyer ses candidats, préférant consacrer toute son énergie à sa possible élection, avouait-elle dès la première semaine de la campagne. La candidate libérale Marci Ien a finalement recueilli plus de 50 % des voix de Toronto-Centre, suivie du néodémocrate Brian Chang (26 % des voix) et du conservateur Ryan Lester (12,1 %). Annamie Paul a toutefois devancé le candidat du Parti populaire du Canada dans sa circonscription.

Deux candidats verts ont été élus à la Chambre des communes : Elizabeth May (Saanich–Gulf Islands) et Mike Morrice (Kitchener-Centre).

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