Appels au départ d’Erin O’Toole

Il a fallu moins de 48 heures pour que la guerre contre le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, soit lancée publiquement.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Il a fallu moins de 48 heures pour que la guerre contre le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, soit lancée publiquement.

Il a fallu moins de 48 heures pour que la guerre contre Erin O’Toole soit lancée publiquement. Un membre du Conseil national du Parti conservateur a démarré une pétition mercredi pour réclamer un référendum sur son leadership. Et en coulisses, on prédit déjà que ce n’est qu’une question de temps avant que le chef doive quitter ses fonctions.

Bert Chen, qui siège au Conseil national du Parti conservateur, accuse M. O’Toole d’avoir « trahi les principes » de la formation politique. Sa pétition accuse le chef d’avoir « brisé la confiance des membres conservateurs » en proposant un mécanisme de tarification du carbone (Erin O’Toole s’était engagé précédemment à abolir la taxe carbone des libéraux) ; de « piétiner les libertés individuelles » en proposant la création d’une preuve de vaccination fédérale ; et d’avoir présenté « un plan inefficace qui abandonne la responsabilité financière » (Erin O’Toole proposait un retour à l’équilibre budgétaire dans dix ans).

M. Chen réclame que le parti prenne acte de sa pétition, comme le prévoit la constitution de la formation, et entame un référendum pour révoquer le leadership du chef. Son initiative avait déjà récolté 1300 signatures en fin de journée et d’autres continuaient de s’ajouter sans arrêt.

Dans le lot, on trouve Alissa Golob, cofondatrice de l’organisme RightNow, qui œuvre à faire élire des députés pro-vie à Ottawa. Sa collègue, Catherine Mongenais, explique que plusieurs membres de la frange conservatrice sociale du parti « sont très déçus » d’Erin O’Toole et souhaitent sa démission. Ces militants sont souvent très actifs et ont permis l’élection, ou la défaite, de certains chefs au fil des ans.

Le président du parti, Rob Batherson, a mis en doute la légitimité d’une pétition en ligne. Un vote de confiance est prévu, comme à la suite de toute défaite électorale des conservateurs, lors du prochain congrès du parti, qui doit se dérouler en 2023.

Le décompte est commencé

Le virage au centre d’Erin O’Toole a toutefois dérangé non seulement les conservateurs sociaux, mais aussi certains conservateurs de l’Ouest.

« Je crois qu’il est cuit. Ce n’est qu’une question de temps », disait mercredi une source conservatrice. Quelques députés ont répété la même chose à certains médias depuis lundi.

M. O’Toole avait fait le pari qu’en recentrant son parti, il perdrait un peu d’appuis dans ses châteaux forts de l’Ouest, mais réussirait à faire le plein en Ontario pour décrocher le pouvoir. « Sa stratégie a complètement échoué », lui reproche notre source, qui estime qu’elle a en outre permis au Parti populaire de Maxime Bernier de leur voler des appuis.

En 2019, l’ancien chef, Andrew Scheer, avait été poussé vers la sortie après avoir remporté 121 circonscriptions et 34,3 % des votes. M. O’Toole était en voie de remporter 119 circonscriptions et 33,8 % des votes, au moment où les bulletins finissaient d’être dépouillés mercredi.

Le chef serait plus isolé, au sein du caucus et de la grande famille conservatrice, que ne l’était son prédécesseur.

Le sénateur manitobain Don Plett rejette cependant ces « gérants d’estrade » qui n’aident pas lors des élections et qui s’en mêlent après.

M. Plett, lui-même un ancien président du parti, estime que la pétition de Bert Chen est « inappropriée ». Un membre du Conseil national devrait œuvrer « à faire avancer le parti », plutôt que de faire « tout en son pouvoir pour déstabiliser le parti », a-t-il dit, en réclamant que M. Chen cède son poste.

Les conservateurs ont gagné quatre nouveaux sièges dans les Maritimes, mais étaient en voie d’en compter un de moins en Ontario, quatre de moins en Colombie-Britannique et trois de moins en Alberta. C’est dans cette dernière province que leurs appuis ont le plus reculé, de 14 points par rapport à 2019. En Saskatchewan et au Manitoba, l’appui populaire a reculé de quatre et cinq points, respectivement.

Le sénateur Plett estime que cela n’a rien à voir avec la plateforme plus centriste de son chef. Il explique plutôt ces reculs par l’impopularité des premiers ministres provinciaux conservateurs et de leur lutte contre la COVID-19, par l’opposition aux mesures sanitaires qui a aidé le PPC et par le faible taux de participation.

Reste que l’équipe d’Erin O’Toole sentait visiblement la pression mercredi. Certains membres ont pris soin de publier les messages d’appui de députés à leur chef toute la journée sur Twitter.

Au Québec, certains conservateurs reprochent à Erin O’Toole d’avoir tergiversé sur les armes d’assaut de style militaire, sur son plan carbone ou sur le droit de conscience des médecins par rapport à l’avortement. Mais les bleus québécois semblaient encore prêts mercredi à lui donner une deuxième chance.



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