Le Parti vert frôle le pire

En terminant quatrième, avec 8,5% des voix et seulement 3672 votes, Annamie Paul n’aura pas droit à un remboursement de 60% de ses dépenses électorales.
Photo: Chris Young La Presse canadienne En terminant quatrième, avec 8,5% des voix et seulement 3672 votes, Annamie Paul n’aura pas droit à un remboursement de 60% de ses dépenses électorales.

La piètre performance du Parti vert lors de l’élection fédérale a failli mettre la formation politique en faillite et forcer son extinction, selon un membre influent du parti. Les coûts pourraient aussi être politiques puisque des membres demandent déjà la démission de la cheffe, Annamie Paul.

Avec seulement 2,3 % du vote populaire à l’échelle du pays, les verts obtiendront un remboursement de 50 % de leurs dépenses électorales, une prime uniquement donnée aux partis qui dépassent les 2 % d’appuis. Les trois dixièmes de point ont « sauvé l’existence même du parti », croit Daniel Green, ex-chef adjoint et conseiller du Parti vert du Canada pour la campagne québécoise.

Quant aux circonscriptions, Élections Canada ne rembourse une partie des dépenses qu’aux candidats qui obtiennent 10 % des voix dans leur course. En terminant quatrième, avec 8,5 % des voix et seulement 3672 votes, Annamie Paul n’aura pas droit à un remboursement de 60 % de ses dépenses électorales. Cela pourrait coûter environ 70 000 $ au parti, qui connaît déjà des ennuis financiers.

« Notre but, c’était de s’assurer du 2 % du vote populaire », dit Daniel Green. Pour y arriver, le parti a recruté des « candidats papiers », qui n’ont pas fait campagne, en raison du faible recrutement. 100 circonscriptions, dont une vingtaine au Québec, n’ont présenté aucun candidat.

Conflit avec le Québec

« Pour être pertinent au fédéral, il faut être pertinent au Québec », affirme Daniel Green. Membre du parti, il se questionne maintenant sur l’avenir de la cheffe.

La relation n’a jamais été des plus cordiales entre les membres de l’aile québécoise du parti — qui a d’ailleurs présenté sa propre plateforme — et la cheffe. Annamie Paul n’a jamais mis les pieds au Québec durant la campagne. Le vote populaire a diminué de 75 % dans la province par rapport à l’élection de 2019.

« La cheffe a une responsabilité. Elle aurait pu tenter de mieux comprendre le Québec. Elle aurait pu parler aux verts québécois pour qu’on lui explique comment le Québec a évolué pendant qu’elle était en Europe », communique Daniel Green. La cheffe a passé quelques années sur le Vieux Continent avant de revenir au Canada en 2019. « On voulait l’expliquer, mais on n’a jamais eu l’occasion de le faire », ajoute l’ancien chef adjoint du parti.

« L’agressivité de la cheffe envers le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, et ses positions difficiles à comprendre sur le projet de loi 96 ont un impact au Québec », pense Luc Joli-Cœur, président de l’aile québécoise. Le style de leadership d’Annamie Paul, dit-il, était « non fédérateur ».

Campagne locale

Dans Toronto-Centre, la nomination en septembre 2020 de la candidate libérale Marci Ien, une ancienne animatrice au réseau CTV, a été un tournant pour la circonscription représentée jusqu’au mois d’août 2020 par le ministre des Finances, Bill Morneau.

« Les gens ont remarqué la faible présence dans le quartier de Bill Morneau », explique Walied Khogali, un militant communautaire. Malgré une victoire à la partielle de 2020, les libéraux ont performé moins bien qu’à l’habitude, avec 41 % des voix. Mais les électeurs, continue Walied Khogali, ont vu l’engagement de Marci Ien depuis son élection en octobre 2020 et l’ont récompensée lundi soir : 50,2 % des électeurs l’ont appuyée. « Marci Ien démontre du grand leadership et de l’empathie dans la communauté », faisait valoir la militante communautaire Sureya Ibrahim en début de campagne.

Leadership mis en cause

Après les électeurs de Toronto-Centre, ce sera aux membres du Parti vert d’évaluer le leadership de leur cheffe à la fin novembre, à l’occasion d’une assemblée annuelle, si elle n’a pas démissionné avant comme le prédisent certains observateurs. « Je ne serais pas surpris qu’elle démissionne avant la révision de la chefferie. Je ne vois pas comment elle peut rester cheffe », a glissé Mark Daye, un ancien candidat du Parti vert de l’Ontario.

« À moins qu’elle admette ses fautes et qu’elle dise qu’elle est prête à changer, le mieux c’est qu’elle parte », signalait Luc Joli-Cœur, militant québécois, avant le discours durant lequel la cheffe n’a pas abordé la question de son leadership. « J’espère qu’elle va faire le constat difficile et courageux que son style de leadership n’est peut-être pas la bonne façon pour réussir », a suggéré Daniel Green.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.​



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