Legault ne regrette pas son intervention dans la campagne

Les oppositions l’ont qualifié de « grand perdant » des élections de lundi, mais qu’à cela ne tienne : le premier ministre du Québec, François Legault, a assuré mardi qu’il ne regrettait pas d’être intervenu dans la campagne fédérale.

« Vous m’avez entendu défendre l’autonomie de la nation québécoise, je ne regrette pas de l’avoir fait et je vais continuer de le faire », a déclaré M. Legault, deux fois plutôt qu’une.

Il a aussi confirmé avoir eu une conversation avec le premier ministre du Canada, le libéral Justin Trudeau. « C’est sûr qu’on a des différends, mais on s’est dit tous les deux qu’on est capables de travailler ensemble », a-t-il affirmé. « Je lui ai rappelé que les normes pancanadiennes dans les CHSLD, j’ai bien de la misère avec ça. Il n’était pas surpris. »

M. Trudeau a décroché lundi un troisième mandat à la tête du pays. Or, il y a quelques jours, M. Legault avait suggéré aux Québécois de se « méfier » du chef libéral fédéral et de manière générale, des trois partis fédéraux — le Parti libéral, le Nouveau Parti démocratique et le Parti vert — qui « veulent nous donner moins d’autonomie », parce qu’il jugeait cela « dangereux ».

En dépit des résultats des élections, le premier ministre du Québec a déclaré que si c’était à refaire, il agirait de la même façon. « Absolument, a-t-il attesté. J’ai défendu l’autonomie du Québec et je vais toujours, toujours défendre l’autonomie du Québec. »

Il a refusé de dire que le Québec se trouvait affaibli face aux libéraux fédéraux. « Là, on voit qu’il y a les deux partis bleus [le Bloc québécois et le Parti conservateur] qui ont obtenu une majorité, autant en pourcentage qu’en nombre de circonscriptions au Québec, donc je pense que M. Trudeau doit tenir compte de ça », a-t-il aussi pris le soin de souligner. À son avis, « ceux qui sont choqués » chez les libéraux fédéraux devront tenir compte du fait « que la majorité des Québécois veulent qu’on protège notre langue, nos valeurs et je pense que le message des Québécois était clair ».

Les libéraux Joël Lightbound, Mélanie Joly et Ann Gingras (défaite dans Beauport–Limoilou) ont reproché à M. Legault son ingérence dans la campagne fédérale et, dans le premier cas, sa défense des valeurs de la « droite conservatrice ». « Je pense que c’est d’être un petit peu à côté de ses pompes que de prétendre que je suis un méchant de droite », a répliqué M. Legault, en se réclamant de la « gauche efficace ».

Le Québec affaibli, dit l’opposition

Plus tôt, les oppositions avaient tour à tour reproché au chef caquiste d’avoir affaibli la position du Québec face à Ottawa. Elles estiment que le premier ministre a commis une erreur en affichant sa préférence pour le Parti conservateur d’Erin O’Toole.

« Le grand perdant de cette élection, c’est François Legault. [Il] a parié gros et il a perdu », a déclaré la cheffe libérale provinciale, Dominique Anglade. « François Legault, dans le pari qu’il a fait, a entraîné tous les Québécois là-dedans. Et c’est malheureux parce que c’est sûr que le rapport de force en a pris un coup par rapport au gouvernement fédéral », a-t-elle ajouté.

Le chef parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a quant à lui suggéré à M. Legault de « prendre note » du fait qu’il a « perdu ses élections ». « François Legault [avait] choisi le Parti conservateur avec tout ce que ça représente comme valeurs. Hier soir, les Québécois ont fait des choix différents », a-t-il aussi souligné. « Je pense que ça en dit beaucoup sur ce qu’est le Québec et ce que sont réellement les valeurs québécoises. »

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a dit que M. Legault avait perdu son pari « en misant quitte ou double sur les conservateurs ». « C’est un échec qui, malheureusement, nous place dans un cul-de-sac parce que François Legault a dit aux gens pour qui voter. Les gens, les Québécois ne l’ont pas écouté, mais Justin Trudeau, lui, a pris acte de ce geste-là », a-t-il commenté.

À son avis, les résultats électoraux constituent la preuve de « l’échec » de la « doctrine de fédéralisme de François Legault ». « Est-ce qu’il est en mesure de se remettre en question dans son adhésion aveugle à un système qui nous contraint à nous défendre ? » a-t-il demandé.

Priorité : transferts en santé

Devant les journalistes, le premier ministre Legault a répété qu’il ne croyait pas à l’option référendaire défendue par le Parti québécois et Québec solidaire. « Les Québécois, ce qu’ils veulent, c’est plus de pouvoirs à l’intérieur du Canada », a-t-il statué. Il a d’ailleurs rappelé que pour lui, « le dossier le plus important, sur le dessus de la pile », était celui de la hausse des transferts en santé. Il a déjà communiqué avec le président du Conseil de la fédération, le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, afin de prévoir une réunion à ce sujet « d’ici Noël ».

Dans un communiqué, le premier ministre albertain, Jason Kenney, a lui aussi dit joindre sa voix à celles des autres provinces qui réclament une hausse des transferts en santé. M. Kenney a dit souhaiter s’attaquer « aux problèmes qui touchent les Albertains » et « d’abord et avant tout » à la quatrième vague de la pandémie. Il a par ailleurs insisté, une fois de plus, sur l’importance de revoir le système de péréquation.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a quant à lui souligné le caractère « difficile » et « clivant » de ces élections, avant de plaider en faveur de « l’unité ». « Je veux être clair, a-t-il écrit dans un communiqué en anglais, la COVID-19 ne se soucie pas de la partisanerie ou de la politique, et je vais continuer de travailler avec le premier ministre [Trudeau]. La population a élu un gouvernement afin qu’il veille aux intérêts supérieurs de l’Ontario, et non pas pour qu’il soit au service d’un parti politique ou d’un autre. »



À voir en vidéo