Le pari d’Yves-François Blanchet incertain

Le chec du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, lors de son discours de fin de soirée
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le chec du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, lors de son discours de fin de soirée

Le Bloc québécois ne sera peut-être pas aussi fort que l’aurait espéré Yves-François Blanchet. Il rêvait de 40 députés, il aura finalement obtenu un résultat similaire à celui de 2019. Au moment où ces lignes étaient écrites, son parti menait dans 31 circonscriptions, mais plusieurs luttes demeuraient serrées.

« L’histoire est faite de surprises et elle n’a pas fini de nous en réserver », a-t-il affirmé d’entrée de jeu en s’adressant aux militants, peu nombreux dans la salle Pierre-Mercure où se déroulait le rassemblement bloquiste. « On est toujours en pandémie avec le même gouvernement minoritaire, a-t-il constaté. On a envie de dire “tout ça pour ça”. »

M. Blanchet menait largement dans Belœil-Chambly devant la libérale Marie-Chantal Hamel une heure après la fermeture des bureaux de vote, et a rapidement été réélu avec plus de 15 000 votes d’écart.

« Je vais contacter, dans les prochains jours, chacun des chefs des autres partis politiques présents à la Chambre des communes, a-t-il déclaré. Je crois que nous avons le devoir, de bonne foi, d’avoir une discussion allant permettre que le Parlement fonctionne. »

« Nous sommes toujours en pandémie, a-t-il ajouté. Il faudra que ce Parlement-là ait une durée acceptable et il faudra pour ce faire […] laisser certaines rancœurs du passé derrière nous parce que c’est clairement ce que les Québécois et les Canadiens viennent de réitérer comme volonté. »

L’enthousiasme qui régnait dans la salle à la fermeture des bureaux de scrutin est lentement retombé au fur et à mesure que la soirée avançait. Le chef, d’abord attendu vers 23 h, s’est adressé aux militants après minuit. Il a été chaudement applaudi par les militants peu nombreux à être réunis dans la salle Pierre-Mercure. La distanciation physique et le port du masque étaient de mise pour éviter la propagation de la COVID-19.

Au moment où ces lignes étaient écrites, le résultat du scrutin demeurait serré dans plusieurs circonscriptions. Trois-Rivières a été le théâtre d’une lutte à trois entre l’éthicien René Villemure, l’ex-maire Yves Lévesque, candidat pour les conservateurs, et le libéral Martin Francœur, ex-éditorialiste pour Le Nouvelliste. À minuit et demi, une seule voix séparait M. Villemure et M. Lévesque qui était en tête. M. Francœur les talonnait avec quelques centaines de votes d’écart. Le conservateur a ensuite pris les devants.

Dans Beauport-Limoilou, une autre lutte à trois s’est terminée par la victoire de la bloquiste Julie Vignola qui a ainsi conservé son siège. Le conservateur Alupa Clark tentait de reprendre le siège qu’elle lui avait ravi en 2019. Un peu plus de mille voix d’écart les séparaient. La syndicaliste Ann Gingras, candidate pour le Parti libéral, les suivait de près.

Le président de la campagne bloquiste, Yves Perron, et la néodémocrate Ruth Ellen Brosseau se disputaient toujours Berthier–Maskinongé au petit matin. Durant la soirée, il avait rapidement été devancé par la néodémocrate, mais avait tranquillement réussi à réduire l’écart. Un peu plus de mille voix les séparaient.

Dans Brome-Missisquoi, Marilou Alarie a donné du fil à retordre à la libérale Pascale St-Onge. Elle la devançait de quelques centaines de voix. Dans la circonscription voisine de Shefford, Andréanne Larouche a été réélue avec une avance confortable. Ensaf Haidar, l’épouse du blogueur saoudien emprisonné Raïf Badawi, n’aura pas réussi à ravir la circonscription de Sherbrooke. Elle a terminé deuxième avec moins de 30 % du vote.

Dans Châteaugay-Lacolle, Patrick O’Hara semblait être en voie de déloger la députée libérale sortante Brenda Shanahan. Le Bloc québécois a également réussi à conserver la circonscription de Mirabel, où le député Simon Marcil avait choisi de ne pas solliciter un nouveau mandat. Jean-Denis Garon l’a emporté haut la main avec une avance confortable.

Nathalie Sinclair-Desgagné a remporté Terrebonne, quelques jours après avoir donné naissance. Le parti l’avait choisie comme candidate après avoir écarté le député Michel Boudrias, ce qui avait ravivé des tensions avant le déclenchement de la campagne électorale.

Dans Hochelaga, Simon Marchand a mordu la poussière. Il n’a pas réussi à déloger la libérale Soraya Martinez Ferrada. Même scénario dans la circonscription de Québec, où l’ex-policier Louis Sansfaçon est arrivé deuxième derrière le ministre Jean-Yves Duclos. Le Bloc québécois a toutefois réussi à conserver Beauport–Côte-de-Beaupré–Île d’Orléans–Charlevoix avec la réélection de Caroline Desbiens.

Sans surprise, c’est le doyen de la Chambre des communes qui a été le premier à obtenir une confirmation peu de temps après le dépouillement des premières boîtes de scrutin. À 78 ans, Louis Plamondon a rapidement été réélu dans la circonscription de Bécancour–Nicolet–Saurel. Celui qui a contribué à fonder le Bloc québécois représente cette circonscription depuis 1984.

Les premiers résultats sont ensuite venus de l’est du Québec. La députée Marilène Gill a été réélue dans Manicouagan, Kristina Michaud dans Avignon–La Mitis–Matane–Matapédia et Maxime Blanchette-Joncas dans Rimouski-Neigette–Témiscouata–Les Basques.

La lutte s’annonçait serrée entre Guy Bernatchez et la ministre Diane Lebouthillier dans la circonscription de Gaspésie–Les Îles-de-la-Madeleine, mais la libérale a rapidement pris une avance qu’elle a conservée.

Le député Alexis Brunelle-Duceppe, élu pour la première fois en 2019, a rapidement pris de l’avance dans Lac-Saint-Jean sur la libérale Marjolaine Étienne, pour être élu aussi rapidement que son chef. Son père, Gilles Duceppe, a dirigé le parti durant 14 ans. Dans la circonscription voisine de Jonquière, Mario Simard l’a également emporté sans être inquiété.

Dans Chicoutimi-Le Fjord, la syndicaliste Julie Bouchard n’a toutefois pas réussi à déloger le conservateur Richard Martel, même si la lutte s’annonçait serrée en début de soirée.

Les députés Sébastien Lemire et Sylvie Bérubé ont été réélus dans Abitibi–Témiscamingue et Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou.

Selon les coups de sonde effectués quelques jours avant le vote, le Bloc québécois demeurait plus populaire que le Parti conservateur au Québec, à qui il espérait prendre quelques circonscriptions. Mais ce sont des circonscriptions libérales que son chef a visées durant sa dernière journée de campagne électorale, la plupart en Estrie.

Tout au long de la campagne, M. Blanchet a répété qu’il souhaitait avoir une force de frappe face à un gouvernement minoritaire, quel qu’il soit. Il a refusé de dire s’il accepterait de former une coalition.

La question de la modératrice Shachi Kurl lors du débat des chefs en anglais a galvanisé sa dernière semaine de campagne électorale. L’amalgame entre le racisme, la Loi sur la laïcité de l’État et le projet de loi 96 sur la langue française a choqué de nombreux Québécois. L’Assemblée nationale est allée jusqu’à adopter une motion pour réclamer des excuses de la part du Groupe de diffusion.

Auparavant, M. Blanchet avait connu une campagne en dents de scie. La question du troisième lien routier entre Québec et Lévis et l’appui de la candidate Ensaf Haidar à Maxime Bernier en 2018 étaient venus le hanter.

À la dissolution de la Chambre le 15 août, le Québec comptait 35 députés libéraux, 32 bloquistes, 10 conservateurs et 1 néodémocrate. 



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