«Ça ne vous tente plus qu’on parle de politique et d’élections», dit Justin Trudeau

Le premier ministre réélu, Justin Trudeau, a livré un discours rassembleur, promettant notamment de prendre en compte les électeurs qui ont voté pour ses adversaires.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le premier ministre réélu, Justin Trudeau, a livré un discours rassembleur, promettant notamment de prendre en compte les électeurs qui ont voté pour ses adversaires.

« Je vous ai entendu. » Justin Trudeau juge avoir désormais un « mandat clair » pour mettre en œuvre ses promesses « progressistes » pour l’après-pandémie, à l’issue d’une campagne électorale estivale qui n’a que peu modifié la carte politique canadienne, laissant le gouvernement libéral minoritaire au Parlement.

« Ça ne vous tente plus qu’on parle de politique et d’élections. Vous voulez qu’on se concentre sur ce qu’on a à faire », a interprété Justin Trudeau devant environ 200 partisans triés sur le volet dans une salle de conférences de l’hôtel Le Reine Élizabeth, à Montréal, peu après une heure du matin, mardi.

Le premier ministre réélu a livré un discours rassembleur, promettant notamment de prendre en compte les électeurs qui ont voté pour ses adversaires. Il a remercié sa mère, sa conjointe Sophie et ses enfants, avant de citer l’ex-premier ministre Wilfrid Laurier, selon qui on doit maintenant se tourner vers le futur pour « un nouveau jour plus clair ».

Justin Trudeau était arrivé à l’hôtel en fin d’après-midi accompagné de sa famille, portant des sandales, une camisole et un pantalon trois quarts, un sac de sport à la main, et son fils Xavier de l’autre. Il devait connaître le verdict populaire, à savoir s’il réussirait son pari de former un gouvernement majoritaire, ou du moins faire élire assez de députés pour avoir un « mandat fort » afin d’affronter la pandémie et ses suites.

Sobre soirée de victoire

À l’intérieur du Reine Élizabeth, pratiquement aucun militant libéral n’a passé sa soirée dans la salle où Justin Trudeau devait prendre la parole, restrictions sanitaires obligent. Les journalistes et les équipes des réseaux de télévision étaient les seuls à s’activer devant une scène décorée de deux grands drapeaux canadiens et d’un écran diffusant le slogan libéral : « Avançons ensemble ».

La soirée promettait d’être longue. Bien au fait des derniers sondages, les libéraux s’attendaient à une victoire en demi-teinte : arriver premier en nombre de sièges, mais rester encore en territoire minoritaire. Comme ce que suggéraient les prévisions, la députation libérale à Ottawa devrait finalement être identique, ou presque, à celle de 2019 (157 élus, dont 155 en poste avant la dissolution de la Chambre, en août). Les libéraux ont tout de même tenu à présenter le score final comme un succès.

« C’est un privilège de diriger le Canada. Je ne vais pas faire la fine bouche parce qu’il a un mandat minoritaire », disait déjà le leader du gouvernement en Chambre, Pablo Rodriguez, avant que soient connus les résultats. Le député d’Honoré-Mercier, plus tard aisément réélu, refusait de qualifier de « défaite » un éventuel recul de son parti en nombre de sièges.

« Ce n’est jamais une défaite quand les gens nous font confiance pour diriger les destinées du Canada. Ce n’est jamais une défaite. »

La publication des premiers résultats en Atlantique laissait entrevoir des reculs de quelques sièges pour les libéraux. Les écrans géants diffusaient des images de longues files d’attente à des bureaux de vote. Aucun militant n’était encore arrivé au Reine Élizabeth pour réagir à la publication des résultats du Québec, de l’Ontario, du Manitoba et de l’Alberta. Au compte-gouttes, les cartes des 78 circonscriptions du Québec et de la cinquantaine de circonscriptions du Grand Toronto commençaient à se colorer, sur les grands écrans illuminant la salle qui serait à peu près vide sans les médias. Personne n’applaudissait.

Peu de changements au Québec

Au final, les résultats au Québec ont très peu varié de ceux de l’élection précédente. Plusieurs ministres et députés libéraux ont été réélus ou étaient bien en avance au moment où ces lignes étaient écrites. C’est le cas de Diane Lebouthillier (Gaspésie–Les Îles-de-la-Madeleine), d’Élisabeth Brière (Sherbrooke), de François-Philippe Champagne (Saint-Maurice–Champlain), de Jean-Yves Duclos (Québec) et de Soraya Martinez Ferrada (Hochelaga).

Le ministre Steven Guilbeault affichait une avance de quelques centaines de voix dans Laurier–Sainte-Marie, tout comme Florence Gagnon dans Longueuil–Saint-Hubert. La députée libérale Brenda Shanahan tirait quant à elle de l’arrière dans Châteauguay-Lacolle, derrière le bloquiste Patrick O’Hara.

Alors qu’il devenait clair que les troupes de Justin Trudeau feraient élire le plus grand nombre de députés aux Communes, il était très incertain durant toute la soirée que le Parti libéral fasse élire plus de députés que lors du précédent Parlement.

« Je pense que les gens ont parlé ce soir, et la population a toujours raison », a déclaré Mélanie Joly, réagissant au fait que son parti n’a pas obtenu la majorité parlementaire espérée. « Ils [la population] nous ont dit deux choses ce soir : ils veulent un gouvernement progressiste, et ils veulent aussi qu’on collabore avec les autres partis. »

Pablo Rodriguez assure que le leadership de son chef ne sortira pas affaibli de l’exercice démocratique qu’il a lui-même déclenché. Justin Trudeau détient toujours l’appui du caucus et des membres libéraux, « à 100 % », dit-il. Invité à commenter le déroulement de la campagne électorale libérale, qui a été bombardée de questions sur le bien-fondé du déclenchement d’élections estivales en pleine pandémie et qui a connu un crescendo de manifestations hostiles, Pablo Rodriguez retient un fait saillant : la question de l’animatrice du débat en anglais.

« Ce que je n’avais pas prévu, c’était le débat en anglais, qui moi, comme Québécois, m’a profondément choqué, avec cette question-là », dit-il. En fin de campagne, Justin Trudeau a multiplié les déclarations d’attachement au Québec, réclamant même des excuses à l’animatrice Shachi Kurl pour une question jugée insultante pour les Québécois.

Surpris et déçu par l’appui du premier ministre du Québec, François Legault, Pablo Rodriguez assure que son gouvernement ne modifiera en rien ses engagements pour le Québec. « On va travailler ensemble, on est habitués à travailler ensemble », a renchéri Mélanie Joly. 



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