Annamie Paul perd son pari

La cheffe du Parti vert du Canada, Annamie Paul, a décidé de faire campagne presque uniquement dans Toronto-Centre.
Photo: Chris Young La Presse canadienne La cheffe du Parti vert du Canada, Annamie Paul, a décidé de faire campagne presque uniquement dans Toronto-Centre.

La cheffe du Parti vert du Canada, Annamie Paul, a perdu son pari : après avoir tout misé sur la circonscription Toronto-Centre, elle s’est avouée vaincue le 20 septembre, terminant quatrième, avec environ 9 % des voix. C’est sa principale adversaire lors de l’élection partielle d’octobre 2020, la libérale Marci Ien, une ancienne animatrice au réseau CTV, qui l’a remporté avec près de la moitié des voix.

« Je suis déçue, c’est difficile de perdre », a lâché la cheffe du parti lors de son discours de défaite, devant des membres de sa famille et de son parti, quelques minutes avant de quitter, en voiture, la salle de réception où était organisée sa soirée électorale. Au terme de la soirée, le Parlement avait presque la même composition qu’à sa dissolution, une situation que la cheffe déplore. « Les députés retournent dans un Parlement plus divisé et polarisé qu’avant le déclenchement des élections », a ajouté la cheffe.

Il n’a pas été question de son leadership durant son discours. Il y aura toutefois un vote de confiance au prochain congrès du parti, qui doit avoir lieu au cours des six prochains mois. « Si j’étais à sa place, je donnerais ma démission pour le bien du parti », a confié, avant le discours, Alain Lépine, candidat du parti défait dans la circonscription de Papineau. « Il y a beaucoup de choses à revoir », a concédé Sean Yo, un consultant pour la campagne d’Annamie Paul. Le Parti vert, dit-il, est en « reconstruction ».

Au moment où ces lignes étaient écrites, seulement 2,3 % des électeurs canadiens ont voté pour le parti, une diminution de plus de quatre points de pourcentage par rapport à l’élection générale de 2019. Le parti a même été dépassé par le Parti populaire du Canada dans le vote populaire. « Les pourcentages sont très décevants », a réagi Luc Joli-Cœur, président de l’aile québécoise du parti et candidat défait dans la circonscription d’Ahuntsic-Cartierville .

Une percée en Ontario

Mince consolation : le parti a gagné son premier siège en Ontario. Mike Morrice, candidat dans Kitchener-Centre, une circonscription à une heure de Toronto, a remporté sa course devant la conservatrice Mary Henein Thorn. Mais la victoire du candidat, estime la politologue Stéphanie Chouinard, est aussi un « coup de chance » puisque le candidat libéral, le député sortant Raj Saini, s'est retiré de la course, le 4 septembre. Ce dernier était visé par des allégations d’inconduite sexuelle.

En entrevue avec Le Devoir, le nouveau député de Kitchener-Centre, qui a grandi à Montréal et parle français, n’a pas voulu révéler s’il souhaitait obtenir le poste de chef du parti. « Je me concentre sur mon travail de député », a-t-il commenté. Mike Morrice est l’un des rares candidats qui ont eu une visite de la cheffe des verts. À l’exception de son passage à Ottawa à l’occasion des débats, Annamie Paul a quitté Toronto à seulement trois reprises durant la campagne.

La cheffe des verts a choisi de ne pas visiter la circonscription de Fredericton, au Nouveau-Brunswick, pour ne pas distraire sa candidate Nicole O’Byrne. La circonscription était représentée jusqu'en juin par la députée des verts Jenica Atwin. Cette dernière est passée aux Libéraux cet été après avoir appelé l’État d’Israël à mettre fin à «l’apartheid» contre les Palestiniens, des commentaires qu’un proche conseiller d’Annamie Paul a jugé antisémites. Au moment où ces lignes étaient écrites, Jenica Atwin livrait une chaude lutte à la conservatrice Andrea Johnson. Nicole O’Byrne était quatrième.

Selon Luc Joli-Cœur, Jenica Atwin était « très aimée au Québec ». Sa perte était « majeure » pour le parti, évalue le président de l’aile québécoise. Les conflits internes entre la cheffe, Jenica Atwin et les instances du parti ont eu des conséquences négatives dans les provinces atlantiques, pense Luc Joli-Cœur. « On voit que le vote vert s’est écroulé un peu partout », constate Stéphanie Chouinard.

À l’Île-du-Prince-Édouard, où les verts forment l’opposition officielle provinciale, la formation d’Annamie Paul a perdu des plumes. La cheffe s’est rendue sur l’île durant la dernière semaine de la campagne, mais sa visite n’a pas eu les effets probablement espérés. Dans la circonscription de Malpeque, la candidate Anne Keenan a terminé troisième, après une deuxième place en 2019. La candidate Darcie Lanthier, dans Charlottetown, a terminé quatrième, avec 10 % des voix ; elle avait obtenu une deuxième place et 23 % des voix il y a deux ans.

Les derniers espoirs du Parti vert sont en Colombie-Britannique, où les députés sortants Elizabeth May (Saanich-Gulf Islands) et Paul Manly (Nanaimo-Ladysmith) défendent leur siège. Dans son discours, Annamie Paul a reconnu que la course du député de Nanaimo-Ladysmith était « très serrée ». Au moment où ces lignes étaient écrites, Paul Manly était troisième, derrière les candidates du NPD et du Parti conservateur. La doyenne du caucus des verts, Elizabeth May, a été réélue par les électeurs de Saanich-Gulf Islands.
 



Ce texte a été mis à jour après publication.

Pour en savoir plus sur les élections fédérales 2021

Pour le jour J En visualisations de données En vidéo Sur le terrain Nos analyses Débats des chefs Nos chroniques

 



À voir en vidéo