Des circonscriptions pivots au coeur de l’issue du vote

Le choix des électeurs dans certaines circonscriptions chaudement disputées par plusieurs partis politiques pourrait jouer un rôle clé dans l’issue du vote.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Le choix des électeurs dans certaines circonscriptions chaudement disputées par plusieurs partis politiques pourrait jouer un rôle clé dans l’issue du vote.

La réélection d’un gouvernement libéral pour un troisième mandat consécutif à la tête du pays lundi soir se jouait en partie dans certaines circonscriptions pivots du pays, où plusieurs partis politiques ont été au coude-à-coude dans les intentions de vote au cours d’une campagne électorale éclair de 36 jours qui n’aura pas permis à Justin Trudeau d’obtenir la majorité qu’il attendait.

La réélection d’un gouvernement libéral pour un troisième mandat consécutif à la tête du pays lundi soir se jouait en partie dans certaines circonscriptions pivots du pays, où plusieurs partis politiques ont été au coude-à-coude dans les intentions de vote au cours d’une campagne électorale éclair de 36 jours qui n’aura pas permis à Justin Trudeau d’obtenir la majorité qu’il attendait.

Le Parti libéral pourrait réussir à maintenir de fragiles acquis dans certaines circonscriptions, en plus de faire quelques percées au terme de luttes corsées.

Le baromètre de Québec

 

Le Bloc québécois avait réussi à faire une percée dans la forteresse conservatrice de la capitale nationale en 2019. La députée bloquiste Julie Vignola a réussi cette année à garder son siège dans Beauport-Limoilou, devant son opposant Alupa Clarke, du Parti conservateur, et la candidate libérale Ann Gingras, qui a talonné ses adversaires au cours de la soirée.L’une des circonscriptions les plus serrées de la province en 2019, Québec continuait de donner des sueurs froides au député libéral en poste Jean-Yves Duclos, qui a été élu par une majorité de seulement 325 voix lors des dernières élections. Il a finalement été déclaré élu dans la nuit de lundi à mardi, avec cette fois une majorité plus confortable.

 

Sarah R. Champagne

 

Des banlieues qui restent bleues ?

Le Bloc québécois espérait conserver la couronne sud de Montréal en bleu lundi soir, alors que le Parti libéral avait plusieurs espoirs de gain. L’acteur et politicien Denis Trudel, élu pour la première fois en 2019, tâchait de garder son siège dans Longueuil–Saint-Hubert. Sa plus proche rivale, la libérale Florence Gagnon, avait toutefois pris quelques centaines de voix d’avance, plus de deux heures après la fermeture des bureaux de vote.

Dans Montarville, le député bloquiste Stéphane Bergeron et vétéran de la politique semblait déjà dégager une avance significative, en milieu de soirée. Les libéraux y avaient misé sur un vent de fraîcheur avec la candidature de Marie-Ève Pelchat, 24 ans, mais le Bloc québécois conservera son siège.

Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne L’acteur et politicien Denis Trudel

Même cas de figure dans La Prairie, où le député bloquiste actuel, Alain Therrien, a senti dans les dernières semaines la poussée de la libérale Caroline Desrochers. Peu avant minuit, M. Therrien avait tout de même été déclaré vainqueur.

Rare circonscription encore rouge sur la Rive-Sud de Montréal, Longueuil–Charles-LeMoyne ne donnait que trois points d’avance dans les sondages à la libérale en poste, Sherry Romanado, dont l’avance s’affirmait davantage au moment où ces lignes ont été écrites.

 

Sarah R. Champagne

 

Statu quo pour la Gaspésie et le Saguenay

 

La députée de Gaspésie–Les-Îles-de-la-Madeleine et ministre fédérale du Revenu, Diane Lebouthillier, a eu le meilleur sur le candidat bloquiste Guy Bernatchez, actuel maire de Saint-Maxime-du-Mont-Louis, qu’elle affrontait pour la deuxième fois. Mme Lebouthillier était parvenue difficilement à conserver la circonscription dans le camp libéral en 2019. Elle n’avait devancé son rival que par 637 voix. Depuis 2008, la corconscription, qui couvre un vaste territoire, a été successivement bloquiste, néodémocrate et libérale.

 

Le lieutenant politique d’Erin O’Toole au Québec, le député conservateur Richard Martel, a aussi été réélu lundi soir dans sa circonscription de Chicoutimi-Le Fjord. M. Martel a devancé par plusieurs centaines de voix la bloquiste Julie Bouchard, présidente du Syndicat des professionnels en soins du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Le conservateur a notamment fait campagne en critiquant l’opposition du Bloc québécois au projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel Énergie Saguenay, de GNL Québec.

 

Alexandre Shields

Lutte à trois à Trois-Rivières

 

Dans cette circonscription de la Mauricie, conservateurs, bloquistes et libéraux se sont mené une chaude lutte tout au long de la soirée électorale, comme le prévoyaient d’ailleurs les analystes depuis quelques jours. Au moment où ces lignes étaient écrites, en fin de soirée, l’ancien maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, maintenait toujours une légère avance de quelques dizaines de voix à peine sur le candidat du Bloc québécois René Villemure. Le résultat devrait donc se jouer à la suite du dépouillement du vote postal, qui a été l’option choisie par plusieurs centaines d’électeurs dans cette circonscription. Preuve de la lutte serrée que se menaient les différents partis, les chefs y ont multiplié les visites tout au long de la campagne. Arrivé troisième en 2019, Yves Lévesque tentait de nouveau sa chance comme candidat du Parti conservateur.

 

Alexandre Shields

 

Les libéraux dominent les Maritimes

 

Malgré des gains du Parti conservateur, le Parti libéral a maintenu sa domination dans les Maritimes, soit le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve-et-Labrador. Les ministres Seamus O’Regan (à Terre-Neuve) et Dominic LeBlanc (au Nouveau-Brunswick) ont aisément conservé leur siège. La ministre de Pêches et Océans Canada, Bernadette Jordan (en Nouvelle-Écosse), a toutefois été battue par le candidat conservateur Rick Perkins. La formation d’Erin O’Toole a d’ailleurs progressé dans l’est du pays, en allant notamment chercher un siège aux libéraux à Terre-Neuve-et-Labrador et deux en Nouvelle-Écosse. Par ailleurs, dans la circonscription de Fredericton, au Nouveau-Brunswick, Jenica Atwin, élue sous la bannière du Parti vert en 2019 et passée par la suite chez les libéraux, l'a emporté face à la conservatrice Andrea Johnson.

 

Alexandre Shields

Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le ministre libéral Seamus O’Regan

Le sort des démissionnaires

 

Les retraits à la toute dernière minute de certains candidats à la suite de controverse auront changé le cours de l’élection dans certaines circonscriptions. Au moment où ces lignes étaient écrites, le candidat libéral dans Spadina-Fort York, Kevin Vuong, qui avait été rejeté par son parti à la suite d’allégations d’agression sexuelle, l’emportait étonnamment avec une faible avance sur le candidat néodémocrate. Pour des allégations d’avances sexuelles non sollicitées, le libéral en poste dans Kitchener-Centre, Raj Saini, a également été abandonné par son parti, un désaveu qui a permis à Mike Morrice de l’emporter pour les verts, lui qui était arrivé deuxième au dernier scrutin dans cette circonscription en 2019. Pour des tweets jugés antisémites, deux néodémocrates, soit Sidney Coles dans Toronto St. Paul’s et Dan Osborne dans Cumberland-Colchester, en Nouvelle-Écosse, ont choisi de se retirer d’eux-mêmes de la course, ce que leur chef Jagmeet Singh n’a pas contesté. Ces deux candidats ne constituaient toutefois pas une menace sérieuse pour les autres aspirants.

 

Selon Élections Canada, lorsqu’il y a démission ou désistement après la date limite pour retirer une candidature, le nom n’est pas rayé du bulletin de vote et il appartient à l’électeur de s’informer de ce qu’il advient des candidats de sa circonscription. Un candidat qui l’emporte après avoir été désavoué par son parti pourrait par exemple décider de siéger comme indépendant.

 

Lisa-Marie Gervais

Des duels PLC-NPD en Ontario

 

Dans deux circonscriptions ontariennes à forte présence francophone, les libéraux ont remporté leurs duels contre leurs adversaires néodémocrates. Dans Nickel Belt, la lutte était serrée — sans mauvais jeu de mots — pour Marc Serré, le député libéral en poste, qui a fini par gagner, bien qu’il ait été talonné par la néodémocrate Andréane Chénier, que plusieurs voyaient gagnante. Non loin de là, la circonscription de Sudbury continuera de porter les couleurs libérales puisque la candidate Viviane Lapointe l’a elle aussi emporté sur la candidate néodémocrate Nadia Verrelli, avec qui elle a joué du coude tout au long de la campagne. Selon les analystes, les libéraux avaient tout à craindre, notamment du fait que le taux de participation est en baisse dans cette circonscription.

 

Lisa-Marie Gervais

 

Course serrée dans le Grand Vancouver


Le mystère planait toujours tard vers minuit sur la candidature qui saura ravir la circonscription de Vancouver Granville, occupée depuis 2015 par la députée indépendante et ancienne ministre libérale Jody Wilson-Raybould, qui a décidé de ne pas briguer un nouveau mandat.Quelques jours après la publication des mémoires très critiques de la députée sortante à l’égard du premier ministre, la course s’annonçait serrée dans cette circonscription entre la candidate néodémocrate Anjali Appadurai et son opposant libéral, Taleeb Noormohamed.Après avoir perdu face à sa rivale conservatrice par trois points de pourcentage en 2019, la candidate néodémocrate Bonita Zarrillo a remporté son pari cette année en devenant députée élue de Port Moody–Coquitlam. Le libéral Ron McKinnon a pour sa part été déclaré élu dans la circonscription de Coquitlam-Port Coquitlam, qu’il représentera ainsi pour un troisième mandat consécutif.

 

Zacharie Goudreault

Photo: Justin Tang La Presse canadienne La députée indépendante et ancienne ministre libérale Jody Wilson-Raybould, qui a décidé de ne pas briguer un nouveau mandat.

Des territoires entre rouge et orange

 

Une chaude lutte s’annonçait au Yukon, que le libéral Larry Bagnell, qui a décidé de ne pas briguer un nouveau mandat, a remporté en 2019 avec seulement 153 voix devant le candidat conservateur Jonas Jacot Smith. Le candidat libéral Branden Hanley a finalement remporté son pari dans la nuit de lundi à mardi.Le Nunavut, pour sa part, a vu sa députée néodémocrate, Mumilaaq Qaqqaq, annoncer son départ de la politique à la mi-juin lors d’un discours poignant à la Chambre des communes pendant lequel elle a dénoncé le manque d’actions prises par Ottawa pour s’attaquer aux défis qui concernent les Inuits. Ce qui n’a pas empêché la candidate néodémocrate, Lori Idlout, d’être déclarée élue tard en soirée.Le libéral Michael McLeod, qui avait remporté les Territoires du Nord-Ouest avec une confortable majorité en 2019, disposait pour sa part d’une légère avance sur son opposant néodémocrate, Kelvin Kotchilea.

Zacharie Goudreault


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