Files d’attente et pépins techniques

Le chef libéral, Justin Trudeau, a voté à Montréal en milieu de journée en compagnie de sa femme et de ses trois enfants.
Photo: Sean Kilpatrick Archives La Presse canadienne Le chef libéral, Justin Trudeau, a voté à Montréal en milieu de journée en compagnie de sa femme et de ses trois enfants.

« Tout est plus long en temps de pandémie », a écrit Élections Canada sur ses réseaux sociaux lundi matin, et pour cause : le directeur général des élections a rapporté en fin de journée quelques petits ennuis qui ont notamment mené à des retards dans l’ouverture de bureaux de vote.

Au total, quatre bureaux de vote situés dans autant de circonscriptions québécoises ont ouvert leurs portes avec du retard. Dans Notre-Dame-de-Grâce–Westmount, Longueuil–Charles-LeMoyne, Hochelaga et LaSalle–Émard–Verdun, des citoyens ont dû patienter plus longtemps que prévu pour pouvoir aller voter, a confirmé le porte-parole d’Élections Canada, Pierre Pilon.

« On essaie de voir à ce que les choses se déroulent le plus normalement possible. Il y a évidemment des attentes à certains endroits », a-t-il affirmé en entrevue. Ces retards sont « davantage dus aux mesures sanitaires qui sont prises », a-t-il ajouté, montrant du doigt la distanciation physique, la présence d’un seul scrutateur par table et la désinfection des stations.

Au bureau de vote de l’école Laurier, sur Le Plateau-Mont-Royal, Le Devoir a constaté une très longue file d’électeurs qui attendaient toujours pour aller voter.

Alexandra Young, 44 ans, dit n’avoir jamais vu une file longue si longue à un bureau de vote. Pierre Tardif, 63 ans, était passé plus tôt, mais la file était trop longue. Il est revenu vers 21 h. « C’est pire que tantôt », dit-il. Il a pensé à rebrousser chemin, mais sa conjointe va venir l’encourager dans l’attente. Il fait des sudokus sur une tablette. « Puis après, j’ai les mots croisés », dit-il.

Certains électeurs à qui Le Devoir a parlé à l’avant attendaient depuis près de 1 h 30.

Selon Élections Canada, ceux qui étaient en ligne au moment de la fermeture des bureaux de vote pourront tout de même voter. Selon ce qu’un porte-parole a indiqué au Devoir, un officiel du bureau de vote ira à la fin de la file à 21 h 30 et tous ceux sur place pourront voter.

Pas moins de 27 millions de Canadiens sont inscrits sur la liste électorale. Leur choix viendra clore une campagne de 36 jours marquée en fin de parcours par un blitz des différents partis en territoire libéral. De nombreux Canadiens ont déjà voté par anticipation (5,78 millions d’électeurs) ou par la poste (1,26 million).

Le taux de vote par anticipation a fait un bond de 19 % par rapport à 2019. Celui du vote postal, surtout réservé aux électeurs hors du pays en 2019, a lui aussi pris de l’ampleur. Seulement 55 000 citoyens canadiens avaient voté de cette façon il y a deux ans.

« Est-ce qu’on peut en conclure que c’est un engouement qui aurait un effet d’entraînement sur le vote d’aujourd’hui ? Ça, je ne peux pas dire », a déclaré M. Pilon.

À ceux qui avaient attendu la journée de lundi pour faire leur choix, Élections Canada a suggéré « d’éviter les heures de pointe, comme l’ouverture des bureaux de vote ou l’heure du souper ». Le Bureau du directeur général des élections prévoyait des retards causés non seulement par les mesures sanitaires, mais aussi par le manque de personnel. En date de samedi, 82 % des 215 000 employés qu’Élections Canada souhaitait engager pour le jour du vote avaient été recrutés. Et « l’aiguille bougeait en notre faveur au cours des derniers jours », a précisé le porte-parole Pierre Pilon.

Par ailleurs, des électeurs du pays ont dû parcourir une distance plus grande qu’à l’habitude pour aller voter, puisque certains des lieux qui accueillent habituellement les citoyens le jour du vote étaient trop petits pour que la distanciation imposée par la pandémie puisse être respectée.

Quelques pépins sur le terrain

En fin de journée, Élections Canada avait aussi signalé un ennui technique avec son service d’information à l’électeur, qui permet de voir les lieux où l’on peut voter ou d’obtenir la liste des candidats dans une circonscription. « Je dirais presque que notre site a été assailli, ce qui a causé des pannes sporadiques », a expliqué M. Pilon. « C’est quand même pénible pour quelqu’un qui voulait savoir où voter, qui entrait son code postal et pour qui ça ne fonctionnait pas », s’est-il désolé.

En soirée, Élections Canada a aussi écrit sur les réseaux sociaux que certains de ses bureaux locaux recevaient « un grand volume d’appels », sans que son porte-parole puisse préciser pourquoi.

De manière générale cependant, l’exercice démocratique s’est déroulé sans anicroche. Dans un bureau de vote de Beauport-Limoilou — l’une des circonscriptions du Québec où l’on s’attend à une course des plus serrées —, une employée d’Élections Canada a confirmé avoir eu « un petit rush » en début de matinée. Quelques heures plus tard, les électeurs entraient à bon rythme dans un centre sportif adjacent au cégep de Limoilou.

Au centre Lucien-Borne, dans la circonscription de Québec, les citoyens avançaient promptement dans la longue file d’attente. Malgré l’affluence et les mesures sanitaires en place, les électeurs ont pu voter en une quinzaine de minutes en matinée.

Partout au pays, des citoyens ont diffusé des images des files d’attente — interminables ou inexistantes. Dans Rosemont–La Petite-Patrie, dernier fief néodémocrate au Québec, des électeurs ont dit avoir pu voter en moins d’une demi-heure en dépit des files observées à certains endroits.

Les chefs votent

Le chef libéral, Justin Trudeau, a voté à Montréal en milieu de journée en compagnie de sa femme et de ses trois enfants. Il s’est dit « serein » à sa sortie du bureau de vote. « On a travaillé très fort pendant cette campagne, et les Canadiens sont en train de faire un choix important », a-t-il lancé aux caméras. Sa déclaration n’est pas sans rappeler le « Vous avez votre mot à dire », qu’il a lancé en tout début de campagne pour justifier des élections estivales en pleine quatrième vague de COVID-19.

Le chef conservateur, Erin O’Toole, a quant à lui glissé son bulletin de vote dans l’urne à Bowmanville, en Ontario. « Fiers de voter aujourd’hui, assurez-vous de faire de même ! » a-t-il ensuite écrit sur son compte Twitter, en partageant une photo de sa femme et lui, vêtus de bleu pâle. M. O’Toole a ajouté le mot-clic « Agir pour l’avenir » (« Secure The Future » en anglais). Le leader conservateur, qui a profité de la campagne électorale pour rassurer les Canadiens sur son « plan », passera la soirée dans la ville ontarienne d’Oshawa.

Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Erin O’Toole a voté en compagnie de son épouse, Rebecca O’Toole, à Bowmanville, en Ontario.

Ayant voté par anticipation à Burnaby, en Colombie-Britannique, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, s’est surtout activé sur les réseaux sociaux lundi. Dans une série de publications en anglais, il a rappelé les engagements de son parti en matière de climat, de logement et d’affaires autochtones, entre autres. « Voulez-vous davantage de leaders qui feront n’importe quoi pour protéger les riches et puissants ? Ou voulez-vous un chef qui se battra pour des choses qui rendront votre vie meilleure ? » a-t-il demandé sur les réseaux sociaux.

Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Jagmeet Singh était accueilli lundi par des partisans à Vancouver.

Bien que les chefs ne puissent faire campagne le jour des élections, Yves-François Blanchet a choisi de visiter sept circonscriptions lundi pour « faire sortir le vote ». À Drummondville, le chef du Bloc québécois a dit ne pas « faire campagne » ni chercher à « convaincre du monde qu’on est plus beaux et plus fins que les autres » en cette journée d’élections.

« Permettez-moi d’utiliser cette journée pour compenser pour le cynisme et l’ironie du choix du premier ministre de nous avoir envoyés en élections », a-t-il déclaré. La finale galvanisée de sa campagne n’a rien changé à son point de vue : « L’intention de M. Trudeau n’était certainement pas de favoriser le Bloc, donc on ne lui donnera pas le mérite que le Bloc québécois ait, peut-être, bien performé » lors de cette campagne, a-t-il souligné. M. Blanchet avait voté par anticipation à Chambly le 10 septembre dernier.

Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Yves-François Blanchet a passé la journée en Mauricie pour «faire sortir le vote».

La cheffe du Parti vert, Annamie Paul, a quant à elle voté par la poste. Lundi, elle a diffusé une photo d’elle au téléphone. « Je passe quelques appels à l’électorat de Toronto-Centre ce matin pour m’assurer que tout le monde va voter ! » a-t-elle écrit. Mme Paul a joué son va-tout dans la métropole ontarienne, dont elle ne s’est pas éloignée avant la dernière semaine de la campagne. La leader environnementaliste s’est lancée dans la course écorchée par une série de luttes internes dans son parti. Elle a publié lundi une photo avec « sa supportrice numéro un », sa mère. « Merci, maman, de m’encourager tous les jours », a-t-elle écrit.

Avec Anne-Marie Provost

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