Des circonscriptions à garder à l’oeil

Des citoyens se rendent à un bureau électoral, à Longueuil, lors d’une journée de vote par anticipation, la semaine dernière.
Adil Boukind Le Devoir Des citoyens se rendent à un bureau électoral, à Longueuil, lors d’une journée de vote par anticipation, la semaine dernière.

Les partis politiques se livrent ici et là à des batailles serrées ou emblématiques, dont l’issue pourrait changer les choses au terme d’une campagne électorale de 36 jours. Voici 15 circonscriptions qu’ils surveilleront avec appréhension, espoir ou regret lors du dépouillement du vote lundi soir.

Québec

Le libéral Jean-Yves Duclos a dû batailler ferme pour obtenir l’appui des électeurs de Québec en 2015 et 2019. Le « conjoint, papa, citoyen, député de Québec, et président du Conseil du Trésor » doit en faire tout autant cette année. Les électeurs de Québec sont, comme il y a deux ans, tiraillés entre le Parti libéral du Canada (PLC) et le Bloc québécois (BQ), selon 338Canada. Le combat pour une meilleure protection sociale des personnes luttant contre la maladie que mène le bloquiste Louis Sansfaçon, dont la fille est morte des suites d’un cancer, a trouvé un large écho à Québec. L’ex-policier, qui a par ailleurs purgé une peine d’emprisonnement pour possession et trafic de stupéfiants dans les années 1990, a sauté dans l’arène politique aux côtés de son ami Yves-François Blanchet pour tirer vers le haut, de cinq à quinze semaines, la durée des prestations d’assurance-emploi auxquelles les personnes malades ont droit. La candidate conservatrice Bianca Boutin et le néodémocrate Tommy Bureau, qui sont respectivement arrivés troisième et quatrième il y a deux ans, sont de nouveau sur les rangs.

Beauport–Limoilou

La bloquiste Julie Vignola tente de réussir là où ses deux derniers prédécesseurs ont échoué : obtenir un second mandat des électeurs de Beauport–Limoilou. Elle affronte dans cette course à trois, selon le modèle statistique de Philippe J. Fournier, le conservateur Alupa Clarke, qui a représenté la circonscription à la Chambre des communes de 2015-2019, et la libérale Ann Gingras, qui a présidé pendant 22 ans le Conseil central de Québec–Chaudière–Appalaches de la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Dessinée en 2003 et remodelée en 2013, la circonscription ballottée entre le centre gauche de Limoilou et le centre droit de Beauport a dépêché à Ottawa le bloquiste Christian Simard (2004-2006), la conservatrice Sylvie Boucher (2006-2008 et 2008-2011), le néodémocrate Raymond Côté (2011-2015), le conservateur Alupa Clarke (2015-2019), puis la bloquiste Julie Vignola (2019-2021). La syndicaliste Ann Gingras tente aujourd’hui de réaliser une percée libérale. Contrairement à ses adversaires bloquiste et conservateur, elle a le loisir de rester le plus loin possible du projet de troisième lien Québec-Lévis, qui terminerait sa course sous le fleuve Saint-Laurent dans Beauport–Limoilou.

Chicoutimi–Le Fjord

Le Bloc compte prendre sa revanche sur le PCC, qui a emporté la circonscription de Chicoutimi–Le Fjord avec 834 votes de majorité en 2019. Il en a confié la mission à l’ancienne présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec–Saguenay–Lac-Saint-Jean, Julie Bouchard. L’infirmière auxiliaire, qui s’est battue pour doter ses consœurs de masques chirurgicaux après l’arrivée de la COVID-19 au Québec, est une figure bien connue des électeurs. L’ancien entraîneur des Saguenéens de Chicoutimi, Richard Martel, qui a été élevé lieutenant politique du Québec du PCC par Erin O’Toole en septembre 2020, n’a pas dit son dernier mot dans cette circonscription tantôt libérale, tantôt bloquiste, tantôt conservatrice.

Longueuil–Saint-Hubert

Le PLC et le BQ se partagent toutes les circonscriptions de la banlieue de Montréal depuis la quasi-disparition du Nouveau Parti démocratique (NPD) de la carte électorale québécoise en 2019. La lutte s’annonce une nouvelle fois serrée entre les partis politiques de Justin Trudeau et Yves-François Blanchet dans Longueuil–Saint-Hubert. Le comédien devenu député Denis Trudel (BQ) est, selon 338Canada, suivi de près par la consultante en développement stratégique Florence Gagnon (PLC) — pour qui l’entente Ottawa-Québec sur le financement des garderies officialisée par les premiers ministres Justin Trudeau et François Legault est tombée à point cet été. En plus de la pénurie de places dans les centres de la petite enfance (CPE), les électeurs de Longueuil–Saint-Hubert sont préoccupés par la rareté de logements abordables de même que par la protection des milieux humides.

Trois-Rivières

En 2019, la bloquiste Louise Charbonneau avait suscité l’étonnement général — y compris le sien — en faisant mordre la poussière à l’ex-maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, qui tentait sa chance sur la scène politique fédérale sous la bannière du PCC d’Andrew Scheer. Louise Charbonneau ne sollicite pas, « pour des raisons personnelles », un second mandat. M. Lévesque est, lui, de nouveau en selle. Il fait face, dans cette autre « course à trois », à l’éthicien René Villemure (BQ) et à l’ex-éditorialiste du Nouvelliste Martin Francœur (PLC). Ce dernier est visé par une enquête du commissaire aux élections fédérales pour avoir suggéré à d’anciens collègues de contribuer à sa campagne à l’investiture du PLC quitte à utiliser un prête-nom si cela les « gênait » de le faire à visage découvert.

Beauce

En 2019, le chef du Parti populaire du Canada (PPC), Maxime Bernier, s’est fait chasser de la circonscription de Beauce, qu’il représentait au Parlement fédéral depuis plus de 13 ans. Les électeurs avaient préféré appuyer de nouveau le PCC plutôt que le PPC qu’il avait formé quelques mois auparavant. Deux ans plus tard, Maxime Bernier a le vent en poupe, faisant campagne contre les mesures visant à freiner la propagation de la COVID-19 à travers le pays. L’ex-ministre conservateur promouvant les « valeurs beauceronnes de liberté, de responsabilité et d’entrepreneurship » talonne le député conservateur sortant, Richard Lehoux. « Mad Max » prendra connaissance lundi soir des résultats électoraux en Saskatchewan, loin des restrictions sanitaires du gouvernement du Québec.

Toronto-Centre

Annamie Paul, la cheffe du Parti vert du Canada (PVC), a tout misé sur Toronto-Centre pour gagner son siège à la Chambre des communes. Et, selon 338Canada, elle perdra tout lundi soir. En effet, l’ancienne journaliste Marci Ien, qui a su conserver le siège des libéraux à la suite de la démission de Bill Morneau en 2021, remportant 41,2 % des voix, comparativement à 32,7 % pour Annamie Paul du PVC et 17 % pour Brian Chang du NPD, est donnée favorite par 338Canada. Annamie Paul a dû maintes fois défendre ses qualités de leader, y compris dans Toronto-Centre, où elle a été poursuivie par les débats acrimonieux qui ébranlent le Parti vert depuis son arrivée à la chefferie.

Kitchener-Centre

Avec le PLC hors course, le PVC, le NPD et le PCC se disputent Kitchener-Centre. Le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, a exhorté cette semaine les gens à voter pour le « changement », incarné, selon lui, dans cette circonscription ontarienne par Beisan Zubi. Annamie Paul a quant à elle apporté son soutien en personne au candidat vert, Mike Morrice — qui jouit aussi de l’appui du chef du Parti vert de l’Ontario, Mike Schreiner. Et la candidate conservatrice, Mary Henein Thorn, a reçu à son tour les renforts de son chef, Erin O’Toole, samedi. Élu en 2015, réélu en 2019, le libéral Raj Saini a jeté l’éponge plus tôt ce mois-ci après avoir été éclaboussé par des allégations de harcèlement sexuel, privant ainsi le PLC d’une circonscription sur laquelle il pouvait auparavant compter.

Fredericton

Jenica Atwin fait des pieds et des mains pour convaincre les électeurs verts, qui l’ont appuyée en 2019, de la suivre au PLC où elle est passée en juin dernier. « Je suis, oui une libérale maintenant, mais les valeurs vertes, c’est des choses que j’apporte avec moi, dans ma nouvelle équipe, et je suis fière de ça », a-t-elle fait valoir à Radio-Canada. En 2019, Jenica Atwin l’avait emporté avec près de 34 % des voix, contre 30 % pour les conservateurs et 27 % pour les libéraux. Le chef du Parti vert provincial, David Coon, à qui le PVC doit sa popularité dans Fredericton, a mis sa machine électorale au profit de la candidate verte, Nicole O’Byrne. La candidate conservatrice, Andrea Johnson, mise sur le « plan solide, à la fois sur l’environnement et sur les changements climatiques » du PCC d’Erin O’Toole pour obtenir la confiance des électeurs — ce qu’elle n’a pu faire il y a deux ans.

Toronto–St. Paul’s

L’étoile de la libérale Carolyn Bennett a pâli dans Toronto–St. Paul’s, un château fort libéral, après la mise au jour d’un message texte, dont le contenu se résumait à un mot : « Pension ? », qu’elle a envoyé à Jody Wilson-Raybould il y a quelques mois. La ministre des Relations Couronne-Autochtones réagissait à un gazouillis de l’ex-ministre de la Justice qui demandait au premier ministre, Justin Trudeau, de s’abstenir de déclencher une campagne électorale dont personne ne veut dans la foulée des découvertes de sépultures sur les sites d’anciens pensionnats autochtones. Mme Wilson-Raybould avait partagé sur les réseaux sociaux une capture d’écran du message texte de Mme Bennett tout en le qualifiant de raciste et de misogyne. La députée de Toronto–St. Paul’s s’est confondu en excuses. De son côté, la néodémocrate Sidney Coles a plié l’échine sous le poids de gazouillis jugés « complètement inacceptables » par son chef Jagmeet Singh. Elle désignait « Israël » comme le « responsable de la pénurie de vaccins contre la COVID-19 aux États-Unis l’hiver dernier ».

Cumberland–Colchester

La députée sortante libérale Leonore Zann — et ex-députée provinciale néodémocrate — fait face à l’un des responsables de la lutte contre la COVID-19 en Nouvelle-Écosse, le médecin Stephen Ellis, qui a grossi les rangs du PCC. Le candidat du NPD, Dan Osborne, a lui quitté la course après avoir été rattrapé par des publications antisémites qu’il avait faites sur les réseaux sociaux. « Auschwitz était-il un endroit réel ? » avait-il demandé sur Twitter en 2019. Le PLC a écrasé la compétition en Nouvelle-Écosse lors des deux derniers rendez-vous électoraux, remportant 11 des 11 circonscriptions en 2015, puis 10 des 11 circonscriptions en 2019.

Vancouver Granville

Arrivé deuxième en 2019, le candidat libéral Taleeb Noormohamed affronte l’avocat Kailin Che (PCC), le militant pour le climat Anjali Appadurai (NPD) ainsi que le fantôme de l’ex-élue libérale, puis indépendante Jody Wilson-Raybould, dont le récit de ses années à Ottawa, “Indian” in the Cabinet est paru pendant la campagne. Face à ses adversaires, Taleeb Noormohamed se posait en homme de la situation de Justin Trudeau pour régler la crise du logement, particulièrement aiguë à Vancouver, après avoir acheté, rénové et vendu 41 propriétés depuis 2005, engrangeant au passage des profits de près de cinq millions de dollars. Jody Wilson-Raybould avait refusé de briguer un troisième mandat dans un « Parlement toxique et inefficace » plombé par une « partisanerie nuisible ».

Yukon

Le médecin hygiéniste en chef du Yukon, Brendan Hanley, a pris un congé sans solde en pleine pandémie de COVID-19 afin de briguer les suffrages, sous la bannière du PLC, dans la seule circonscription du Yukon. Le député libéral sortant, Larry Bagnell, l’avait emporté il y a deux ans sur le candidat conservateur Jonas Smith par 153 voix. Jonas Smith participe de nouveau à la course aux votes, mais après avoir enfilé un maillot d’indépendant. Le PCC lui a montré la porte après qu’il eut exprimé son opposition au passeport vaccinal. La candidate néodémocrate Lisa Vollans-Leduc est la principale opposante à Brendan Hanley.

Port Moody–Coquitlam

La circonscription de Port Moody–Coquitlam, en Colombie-Britannique, était dans l’escarcelle du NPD depuis près d’une décennie lorsque le PCC a mis le grappin dessus en 2019. La conservatrice Nelly Shin l’avait emportée avec 153 voix de majorité sur la candidate néodémocrate Bonita Zarrillo. Après une course serrée en 2019, la première Canado-Coréenne à siéger à la Chambre des communes est en quête d’un deuxième mandat. La course s’annonce de nouveau serrée cette année entre Mme Shin et Mme Zarrillo. L’évolution démographique dans cette circonscription de banlieue rend le résultat particulièrement difficile à prévoir.

Nickel Belt

Le candidat libéral Marc Serré ambitionne d’obtenir un troisième mandat d’affilée après avoir défait le néodémocrate Claude Gravelle en 2015. Les électeurs de Nickel Belt sont tiraillés entre le PLC et le NPD depuis la création de la circonscription du grand Sudbury, comptant une grande concentration de francophones (38 % selon le recensement de 2016) et de membres des Premières Nations, en 1953. Le NPD a choisi une Franco-Ontarienne et ancienne doctorante de l’Université Laurentienne, Andréanne Chénier, pour mener la charge.

La Chambre à la dissolution

Au déclenchement de la campagne électorale, le 15 août, la Chambre des communes comptait :

155 députés du Parti libéral du Canada

119 députés du Parti conservateur du Canada

32 députés du Bloc québécois

24 députés du Nouveau Parti démocratique

2 députés du Parti vert du Canada

5 députés indépendants

1 siège vacant

170 députés sont nécessaires pour former un gouvernement majoritaire.


Faits inusités pour briller en soirée électorale

2147

Justin Trudeau est premier ministre depuis 2147 jours, ce qui le place au dixième rang des chefs de gouvernement canadien, devant John Diefenbaker (1957-1963) et Lester B. Pearson (1963-1968). Le record est détenu par William Lyon Mackenzie King, dont le règne s’est étiré sur 7826 jours répartis en trois séquences, entre 1921 et 1948.

29

Le Maverick Party, que l’on surnomme parfois le « Bloc québécois de l’Ouest », présente 29 candidats en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba et en Colombie-Britannique. C’est trois de plus que le Parti communiste du Canada, dont la moitié des candidats fait également campagne à l’ouest de l’Ontario.

58,8

Le taux de participation a atteint un creux historique de 58,8 % lors des élections fédérales d’octobre 2008, remportées par les conservateurs de Stephen Harper. Ce taux est remonté au-dessus de la barre des 60 % aux trois élections suivantes. Il était de 67 % lors du dernier scrutin, en 2019.

502

Le coût des élections fédérales s’est chiffré à 502 millions de dollars en 2019. Le rythme des élections s’est accéléré au Canada depuis le début du siècle, en l’absence de majorité parlementaire et de volonté des partis de former des gouvernements de coalition.

2023

Si la tendance se maintient, la prochaine campagne électorale fédérale sera déclenchée entre mars et septembre 2023, c’est-à-dire dans 18 à 24 mois, soit la durée de vie moyenne d’un gouvernement minoritaire au Canada.


 

Dans une version précédente de ce texte, Marci Ien était genrée au masculin.


Pour en savoir plus sur les élections fédérales 2021

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