Olivia Chow, veuve de Jack Layton, déplore le recours au «vote stratégique»

Mme Chow (à droite), elle-même une ancienne politicienne, a déploré ce vote stratégique «ennuyeux» qui est utilisé contre les néodémocrates depuis 50 ans.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Mme Chow (à droite), elle-même une ancienne politicienne, a déploré ce vote stratégique «ennuyeux» qui est utilisé contre les néodémocrates depuis 50 ans.

Olivia Chow a exhorté les Canadiens à éviter le « vote stratégique » qui pousserait les progressistes à voter libéral simplement pour éviter l’élection d’un gouvernement conservateur.

« Je souhaite que les autres dirigeants, en particulier les libéraux, n’utilisent pas la peur comme facteur », a déclaré Mme Chow, alors qu’elle accompagnait le chef néodémocrate Jagmeet Singh dans l’ancienne circonscription de son défunt mari, Jack Layton.

« Parce que la peur est [un sentiment] à très court terme : l’espoir, lui, est à beaucoup plus long terme, est beaucoup plus optimiste et renforce la confiance, construit notre pays », a-t-elle dit.

La campagne de M. Singh pendant cette ultime semaine avant le scrutin s’est surtout concentrée sur les critiques envers Justin Trudeau et le vote stratégique.

L’ancienne circonscription de Jack Layton, Toronto-Danforth, est aux mains de la libérale Julie Dabrusin depuis 2015. Mme Chow, elle-même une ancienne politicienne, a déploré ce vote stratégique « ennuyeux » qui est utilisé contre les néodémocrates depuis 50 ans.

Elle croit aussi que son défunt mari aurait été très fier de la campagne menée par M. Singh, un « leader courageux » qui est capable de « connecter avec des gens ordinaires ». Le chef néodémocrate souhaite d’ailleurs que cette circonscription de Toronto-Danforth porte le nom de son défunt prédécesseur.

Aux élections fédérales de 2011, M. Layton avait mené le NPD à son meilleur résultat de tous les temps, lors de la fameuse « vague orange ». Il est mort d’un cancer un peu plus de trois mois après cette percée électorale historique.

L’appel de Mme Chow contre le vote stratégique a été dénoncé par les libéraux, qui ont souligné de semblables stratégies du NPD dans la circonscription où se présente la cheffe du Parti vert, Annamie Paul. Des dépliants néodémocrates encouragent les électeurs à voter NPD en accusant les verts de se chamailler entre eux. Selon les libéraux, cela équivaut à inviter au vote stratégique.

Des manifestants écologistes

Plus tôt jeudi, dans une autre circonscription torontoise, des manifestants avaient demandé à M. Singh de faire de l’opposition à l’abattage de forêts anciennes à Fairy Creek, sur l’île de Vancouver, un enjeu de cette campagne électorale.

« Les communautés autochtones doivent être soutenues (mais) nous ne pouvons pas arriver comme des colonisateurs et leur dire quoi faire », a répondu M. Singh à la poignée de manifestants qui l’ont accueilli lors de son passage jeudi matin dans Davenport, une circonscription détenue par les libéraux.

Le chef du NPD a déclaré aux manifestants qu’il avait parlé avec des dirigeants autochtones de la région, qui souhaitaient un soutien dans leurs efforts de conservation. Mais M. Singh a expliqué qu’il était important que les Autochtones prennent eux-mêmes toutes les décisions qui touchent les ressources sur leur territoire ancestral.

Près d’un millier de personnes ont été arrêtées depuis mai lors de manifestations et de barrages contre l’exploitation de forêts anciennes dans cette région de l’île de Vancouver. La Gendarmerie royale du Canada a commencé à appliquer une injonction du tribunal qui interdit les barrages érigés dans plusieurs secteurs à proximité des sites d’exploitation forestière. La compagnie demande d’ailleurs cette semaine au tribunal une prolongation d’un an de cette injonction.

Niklas Agarwal, un militant de « Climate Justice Toronto », estime que les néodémocrates fédéraux doivent se lever et soutenir la fin de cette exploitation forestière en Colombie-Britannique. L’écologiste de 25 ans soutient que M. Singh fait des efforts pour se connecter avec les jeunes sur les réseaux sociaux et faire des danses sur TikTok, mais il croit que les néodémocrates perdront de jeunes électeurs si le chef ne prend pas position.

« Les jeunes ont besoin d’un plan climatique qui soit réellement audacieux et transformateur », a déclaré M. Agarwal. Son organisme a aussi été déçu de voir que M. Singh ne s’engage pas à mettre fin au pipeline Trans Mountain dans l’Ouest.

M. Singh s’est souvent positionné comme un allié des électeurs autochtones. Il a été le premier chef de parti à faire campagne dans une réserve : il est allé lundi dans la communauté oji-crie de Neskantaga, dans le nord de l’Ontario, qui subit le plus long avis d’ébullition d’eau au Canada — 26 ans.

M. Singh s’adressera aussi à l’Assemblée des Premières Nations de la Colombie-Britannique, après s’être excusé plus tôt cette semaine pour ne pas avoir accepté leur invitation à prendre la parole lors de leur assemblée annuelle.

Lors des élections de 2019, les libéraux avaient ravi aux néodémocrates la circonscription de Davenport, à Toronto, par une majorité de 1440 voix. Mais avant 2015, ce comté votait libéral depuis cinquante ans sans interruption.

M. Singh a également passé ces derniers jours à répondre à des questions sur sa promesse de « taxer les ultra-riches » et sur sa stratégie de logements abordables, des éléments clés de la plate-forme néodémocrate, qui ont fait toutefois l’objet de critiques parce qu’ils ne sont pas très détaillés.

Le chef a répondu jeudi que les néodémocrates proposaient des solutions qui n’ont pas été présentées depuis longtemps, mais qui méritent d’être essayées. Il a aussi précisé qu’il n’envisagerait jamais d’imposer les gains en capital lors de la vente d’une résidence principale.

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