Les défis francophones au coeur d’un débat à Ottawa

Des représentants des cinq principaux partis étaient présents mercredi soir à la joute politique organisée par Ici Ottawa-Gatineau.
Photo: Capture d'écran Radio-Canada Des représentants des cinq principaux partis étaient présents mercredi soir à la joute politique organisée par Ici Ottawa-Gatineau.

La ministre fédérale des Langues officielles, Mélanie Joly, a essuyé plusieurs critiques du candidat conservateur Alain Rayes pour son dépôt tardif du projet de loi pour la modernisation de la Loi sur les langues officielles, lors du premier et seul débat portant sur la langue française au Canada. Des représentants des cinq principaux partis étaient présents mercredi soir à la joute politique organisée par Ici Ottawa-Gatineau.

Le projet de loi sur les langues officielles — déposé quelques jours avant la fin des travaux parlementaires — n’a jamais vu le jour en raison des élections. La ministre a tout de même tenu à le défendre. Il est « ambitieux et reconnaît que le français est minoritaire au pays », a affirmé la candidate dans Ahuntsic-Cartierville. Le Parti libéral promet de déposer le projet de loi de nouveau dans les 100 premiers jours de son mandat s’il est élu. Le Parti conservateur fait la même promesse, a ajouté Alain Rayes.

La modernisation de cette loi a été le sujet de la première question de la soirée, sujet qui a été repris à la toute fin du débat d’une heure au Centre national des arts d’Ottawa, dans les conclusions des candidats. Mais l’accès à l’éducation en français et le projet de loi C-10 modifiant la Loi sur la radiodiffusion ont créé certains des échanges les plus vifs.

Éducation en français

Le Parti libéral et le Nouveau Parti démocratique s’entendent sur la nécessité d’assurer un « continuum » en éducation en français, de la garderie au niveau postsecondaire. Depuis des mois, le milieu universitaire francophone hors Québec navigue en eaux troubles. Plusieurs établissements, comme l’Université Laurentienne à Sudbury et l’Université Saint-Paul à Ottawa, connaissent de graves difficultés financières.

Aux yeux de Mélanie Joly, ce continuum ne pourra exister si le Parti conservateur « scrappe » le programme national de garderie à 10 $ par jour de son parti. La ministre a aussi clamé que le gouvernement Trudeau était présent pour défendre la communauté franco-ontarienne dans son projet de l’Université de l’Ontario français, à Toronto, « contre le gouvernement progressiste-conservateur de Doug Ford ». Ce dernier avait initialement annulé le projet en 2018, avant de changer d’avis.

« J’ai le poil qui me lève quand j’écoute la ministre parler », a vivement répondu Alain Rayes. « Ça fait six ans qu’ils sont au pouvoir. La seule chose qu’elle peut dire, c’est critiquer les premiers ministres provinciaux parce qu’ils n’ont pas la même affiliation politique », a répliqué le député sortant de Richmond-Arthabaska.

« Où vont-ils trouver l’argent [pour ce continuum] ? » a demandé François Choquette, candidat néodémocrate dans Drummond, après l’échange. Selon l’ex-porte-parole en matière de langues officielles, il faut créer « un impôt sur les grandes fortunes » pour le financer. « Les conservateurs nous amènent vers l’austérité encore une fois. Les libéraux oublient d’aller chercher les richesses », dit-il.

Alain Rayes a rappelé que le plan conservateur réserve une enveloppe budgétaire de 30 millions de dollars par année pour les établissements d’enseignement postsecondaire francophones minoritaires. Le Parti libéral investira 80 millions de dollars chaque année dans ces établissements s’il est élu.

Une nomination controversée

La nomination au poste de gouverneur général en juillet de Mary Simon, une femme originaire du Nunavik qui ne maîtrise pas la langue de Molière, a créé une onde de choc dans la francophonie canadienne. La nouvelle représentante de la reine au Canada s’est engagée à apprendre le français, et Mélanie Joly est « convaincue qu’on peut lui faire confiance ».

La discussion s’est rapidement transportée vers la nomination de juges bilingues à la Cour suprême. Le gouvernement libéral entend exiger le bilinguisme des juges, tandis que les conservateurs fixent le bilinguisme comme objectif. « Si, malheureusement, [le candidat au poste de juge n’est pas bilingue], il devra s’engager à apprendre le français », a précisé Alain Rayes.

Ce dernier a fait un parallèle avec la nomination de la première gouverneure générale autochtone. « C’est assez bizarre d’entendre Mme Joly dire qu’avec la gouverneure générale, on peut accepter qu’elle ne parle pas les deux langues officielles, mais que pour les juges, ce n’est pas nécessairement la même situation », a-t-il lancé.

Un projet obstrué

« M. Rayes, vous avez tué le projet de loi C-10 », a lâché René Villemure, candidat du Bloc québécois dans la circonscription de Trois-Rivières, vers la fin du débat. Selon le candidat bloquiste, le Parti conservateur a fait de l’obstruction, ce qui a empêché le projet de loi visant à soumettre les entreprises du Web aux mêmes règles que les radiodiffuseurs traditionnels de voir le jour. Le projet de loi a été envoyé au Sénat à deux jours de la fin de la session parlementaire, avant de mourir au feuilleton.

Le Parti libéral souhaite qu’une « part appropriée » du financement qu’apporteront les géants du Web dans l’écosystème culturel canadien, grâce à l’adoption du projet de loi, soit consacrée à des productions en langue française.

Le Parti conservateur veut abolir le projet de loi et le remplacer par une nouvelle mesure législative. « On va mettre des balises afin que les géants du Web, les diffuseurs comme Netflix, assurent une production francophone à l’intérieur de ce qu’ils offrent à l’ensemble de la population canadienne », a précisé Alain Rayes.

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