Plus de 800 bureaux de scrutin éliminés dans le Grand Toronto

Les raisons qui expliquent l’élimination de 829 bureaux de scrutin dans le Grand Toronto sont multiples.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les raisons qui expliquent l’élimination de 829 bureaux de scrutin dans le Grand Toronto sont multiples.

La région du Grand Toronto, théâtre de luttes cruciales à l’occasion des élections fédérales, abrite cette année quelque 800 bureaux de scrutin de moins qu’en 2019. Un élagage qui, en poussant les électeurs à aller plus loin et à attendre plus longtemps pour enregistrer leur vote, pourrait avoir des répercussions sur le taux de participation, préviennent des experts.

Adelle Léger a l’habitude de se rendre dans une école de quartier, à 1,4 kilomètre de son domicile, en banlieue de Toronto, pour voter. Cette année, toutefois, son bureau de scrutin de la circonscription de Pickering–Uxbridge, qui en compte 22 de moins qu’en 2019, est fermé. La Franco-Ontarienne devra ainsi se rendre dans un centre communautaire peu accessible en transport en commun, à 6,7 kilomètres au nord, dans le quartier agricole de Brougham. La situation est semblable dans plusieurs autres circonscriptions.

« C’est plus facile de marcher à Toronto et il y a les transports en commun, mais en banlieue, se déplacer prend du temps. Si on n’a pas d’auto, on doit utiliser les transports en commun, c’est un problème », note Alison Smith, professeure de science politique à l’Université de Toronto.

Selon la professeure, la fermeture de bureaux de scrutin pourrait avoir une incidence sur le résultat dans des courses serrées du 905 — la couronne torontoise, surnommée ainsi à cause de son indicatif téléphonique régional — comme la circonscription contestée de Whitby, où sont passés les chefs Justin Trudeau et Erin O’Toole le 10 septembre.

Dans la circonscription de Whitby, voisine de Pickering–Uxbridge, le nombre de bureaux de scrutin est passé de 59 en 2019 à 31 cette année. Cette diminution est à l’image de celle dans le Grand Toronto, qui a perdu 31 % de ses bureaux pour la présente élection. En Ontario, la diminution des bureaux de scrutin est de 20 %, alors qu’au Canada, elle n’est que de 7 %. Aucune autre province ni aucun territoire n’a un taux de réduction aussi élevé que celui de l’Ontario. Une seule autre province — l’Île-du-Prince-Édouard — montre une réduction de plus de 10 %.

Par ailleurs, le processus pour voter, à partir du moment où l’électeur entre dans le bureau — sans compter, donc, l’attente en file à l’extérieur —, prendra une minute de plus qu’en 2019, évalue Élections Canada. Les électeurs devront cette année inscrire leurs données personnelles pour aider à la recherche de contacts liée à la COVID-19, contrairement à l’élection de 2019.

Combinaison de facteurs

Les raisons qui expliquent l’élimination de 829 bureaux de scrutin dans le Grand Toronto sont multiples. Les locaux de 94 écoles du Conseil scolaire catholique de Toronto avaient été réquisitionnés en 2019, mais, le 31 août dernier, les conseillers scolaires ont voté contre leur utilisation par Élections Canada.

Des bureaux de scrutin étaient installés auparavant au rez-de-chaussée de certains immeubles de logements, mais ce n’est pas possible cette année. « À cause de la pandémie, on a vraiment dû s’assurer que les endroits étaient sécuritaires », explique Nathalie de Montigny, porte-parole d’Élections Canada.

En revanche, des endroits plus spacieux ont été choisis. Le Centre des sciences de l’Ontario accueillera des électeurs de la circonscription Don Valley-Est pour la première fois. Résultat : malgré une diminution du nombre de bureaux de scrutin, le nombre d’isoloirs demeure presque le même dans certaines circonscriptions torontoises comme Don Valley-Est, Scarborough-Centre et Willowdale. Mais ce n’est pas le cas partout : la circonscription de Scarborough–Sud-Ouest a perdu presque la moitié de ses isoloirs.

De plus, il manque entre 45 000 et 55 000 employés dans les bureaux de scrutin à travers le pays. Dans le Grand Toronto, à Hamilton et dans la région de Niagara, il manque 30 % du nombre d’employés visés par Élections Canada.

Endroits peu accessibles

Gregory Beck Rubin, un résident de la circonscription de Parkdale–High Park, à l’ouest du centre-ville de Toronto, aurait eu à se rendre à l’Argonaut Rowing Club s’il n’avait pas voté par anticipation. Le club d’aviron est à l’extrême sud de la circonscription, séparé du quartier Parkdale par un chemin de fer, l’autoroute Gardiner et l’imposant boulevard Lakeshore. « Il y a peu de points d’accès pédestres et je pense que peu de résidents savent où se trouve le club », souligne l’architecte.

Le politologue Eric Merkley explique que beaucoup de recherches ont été effectuées pour déterminer qui bénéficie d’un meilleur accès au scrutin, mais les résultats ont été peu concluants. Néanmoins, les barrières, comme les plus longues files d’attente, la distance et la pandémie, peuvent avoir un effet cumulatif : le taux de participation lors des deux dernières élections canadiennes — en Nouvelle-Écosse au mois d’août 2021 et en Colombie-Britannique en octobre 2020 — n’a pas dépassé 55 %.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.​

La situation au Québec

Les électeurs québécois verront peu les effets de la pandémie dans les bureaux de scrutin. Même si le nombre d’isoloirs a diminué légèrement, le nombre de bureaux de scrutin a augmenté de 3 % cette année.

 

À Montréal, la circonscription pivot d’Hochelaga a perdu cinq bureaux de scrutin, mais elle compte toujours 175 isoloirs. Rosemont–La Petite-Patrie ne compte quant à elle qu’un seul bureau de moins pour la présente élection.


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