Au tour des chefs de demander aux organisateurs du débat en anglais de s’excuser au Québec

Yves-François Blanchet faisait campagne à Longueuil mercredi en compagnie de son candidat Martin Champoux. Le chef bloquiste semble profiter d’une légère remontée dans les sondages depuis le débat des chefs en anglais et la polémique qui a suivi cet échange avec la modératrice Shachi Kurl, qui préside l’Institut Angus Reid.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Yves-François Blanchet faisait campagne à Longueuil mercredi en compagnie de son candidat Martin Champoux. Le chef bloquiste semble profiter d’une légère remontée dans les sondages depuis le débat des chefs en anglais et la polémique qui a suivi cet échange avec la modératrice Shachi Kurl, qui préside l’Institut Angus Reid.

Les chefs fédéraux se sont joint à l’Assemblée nationale pour réclamer eux aussi des excuses au consortium de médias ayant organisé le débat des chefs en anglais. Justin Trudeau, Erin O’Toole et Jagmeet Singh ont dénoncé une fois de plus, mercredi, la question posée par la modératrice au chef bloquiste, Yves-François Blanchet, sur la loi 21 et le projet de loi 96 du Québec.

Cette question lancée au début du débat de jeudi dernier avait aussitôt choqué M. Blanchet et suscité de vives réactions au Québec. Dès le lendemain, le premier ministre québécois, François Legault, l’avait fortement dénoncée à son tour.

L’Assemblée nationale a ensuite adopté à l’unanimité, mardi, une motion exigeant des « excuses formelles » de la part du Groupe de diffusion des débats fédéraux après le « procès hostile » de la nation québécoise.

Tour à tour, les chefs fédéraux lui ont emboîté le pas.

« Je trouve que la prémisse de la question était inacceptable. Et je pense que ce serait important que le consortium s’explique et s’excuse », a tranché le chef libéral Justin Trudeau, qui tenait le premier un point de presse à Halifax mercredi. La question de la modératrice Shachi Kurl n’était « pas utile pour le pays et c’est insultant pour les Québécois », a-t-il argué.

Le chef conservateur, Erin O’Toole, s’est montré du même avis quelques minutes plus tard. « Je suis tanné du Quebec bashing. Et le consortium doit s’excuser », a-t-il réclamé à Jonquière. « La question était injuste. »

Du côté du NPD, le chef, Jagmeet Singh, s’est prononcé par voie de déclaration en matinée. « Nous sommes d’accord qu’une excuse est de mise », a-t-il avancé.

Yves-François Blanchet semble profiter d’une légère remontée dans les sondages depuis le débat des chefs en anglais et la polémique qui a suivi cet échange avec la modératrice Shachi Kurl, qui préside l’Institut Angus Reid.

Un coup de sonde de la firme Léger révélait en outre, mercredi, que 65 % des répondants québécois ont jugé la question inacceptable, tandis que 69 % des répondants du Canada anglais l’ont jugée au contraire acceptable.

Je suis tanné du "Quebec bashing". Et le consortium doit s’excuser.

 

De passage à Longueuil, M. Blanchet s’est défendu d’essayer d’en tirer profit. « Si le débat en anglais a fait en sorte que les Québécois ont vu, du moins en partie, le Canada pour ce qu’il est en regard du Québec, je n’ai pas de mérite. Je n’ai pas écrit la question, j’ai simplement essayé d’y répondre. Mais les gens l’ont entendue et se sont fait leur propre opinion », a-t-il dit.

Le chef bloquiste s’est cependant dit « très heureux » que l’Assemblée nationale ait condamné elle aussi la question controversée et « voté à l’unanimité pour que le Québec soit respecté ».

Quant aux appels aux excuses de ses rivaux fédéraux, M. Blanchet a accusé M. Trudeau de se spécialiser « dans les vocations tardives ». « Lui et tous les autres chefs pouvaient le faire sur-le-champ, dès jeudi dernier », a-t-il indiqué.

Le Parti vert ne s’est pas prononcé sur le sujet mercredi.

Des demandes ignorées

Le porte-parole du groupe de médias ayant organisé le débat en anglais — APTN, CBC, CTV et Global News — n’a pas voulu réagir aux demandes d’excuses qui se multiplient au sein de la classe politique.

Leon Mar, de CBC/Radio-Canada, avait défendu la semaine dernière la question de Shachi Kurl, arguant qu’elle « n’affirmait pas que les Québécois sont racistes » et qu’elle avait été « approuvée par le comité éditorial du débat en anglais ». Il a de nouveau renvoyé Le Devoir à cette déclaration mercredi.

Mme Kurl avait fait valoir, à la suite du débat la semaine dernière, qu’elle n’avait pas « erré sans préparation ». « C’était une question qui a été approuvée [vetted, en anglais] par plusieurs échelons dans l’organisation avant d’aller de l’avant. »

Dans les premières minutes du débat en anglais, la modératrice avait demandé à M. Blanchet pourquoi, s’il « nie que le Québec a des problèmes liés au racisme », le Bloc québécois défend la Loi sur la laïcité de l’État et le projet de loi 96 sur la langue française, qui « sont discriminatoires ».

Questionnements à la FPJQ

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec a par ailleurs appelé le Conseil de presse du Québec à se pencher sur la décision qui a été prise de choisir une sondeuse pour animer un débat des chefs fédéraux plutôt qu’une journaliste, comme le veut la tradition. Ce qui pourrait « mener à une confusion auprès du public », s’inquiète dans sa missive le président du regroupement, Michaël Nguyen.

La FPJQ demande en outre à l’organisme de se pencher sur la question de Mme Kurl à M. Blanchet — qui a été approuvée par les organismes de presse participant au débat — afin de vérifier « si elle respecte les règles de déontologie journalistique (qualité de l’information, présentation de l’information, respect des personnes et des groupes) ».

Pour en savoir plus sur les élections fédérales 2021

En visualisations de données En vidéo Débats des chefs Sur le terrain Nos analyses Nos chroniques


À voir en vidéo