L’économie de Montréal débattue par quatre candidats

Quatre candidats ont débattu d’enjeux économiques, mardi soir, à l’invitation de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
Photo: Olivier Samson Arcand / Cosmos Image / CCMM Quatre candidats ont débattu d’enjeux économiques, mardi soir, à l’invitation de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Investissements, déficits, relance « verte », main-d’œuvre, taxes… Quatre candidats aux élections fédérales ont débattu de questions économiques, mardi soir, à l’invitation de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Le ton cordial a masqué les divergences dès les premiers instants. Sur la question de la relance économique et écologique, « il va y avoir cette course à l’investissement au niveau mondial », a lancé Mélanie Joly, candidate libérale. « Il faut savoir si on veut être en tête du peloton, ou si on veut être comme les conservateurs, et traîner de la patte ? »

Son homologue conservateur, Vincent Duhamel, a soutenu que le Parti libéral n’avait jamais atteint ses cibles fixées en 2015. Les entreprises ne sont « pas capables de suivre les gouvernements qui changent en tout temps les cibles qu’on a devant nous, a-t-il prétendu. Avant de mettre des cibles [de réduction d’émissions] de 40 %, de 45 %, il faut s’assurer d’atteindre les cibles qui ont été mises en place lors des accords de Paris. »

« Ici à Montréal, 50 % de nos émissions viennent du transport », a pour sa part affirmé Ève Péclet du Nouveau Parti démocratique (NPD). « Alors, il faut justement permettre d’investir massivement pour le transport en commun, mais aussi l’électrification de notre transport. » Son programme comprend aussi un soutien aux PME « pour qu’elles puissent opérer le mouvement écologique avec tout le monde ».

Jean-Denis Garon, candidat du Bloc québécois, a plutôt invité le prochain gouvernement à « rediriger » les subventions aux industries polluantes vers des entreprises plus durables. « Si le Canada continue à faire vivre le plus longtemps possible l’économie du XXe siècle, on finira par payer très cher. »

Le déficit historique laissé par la pandémie a aussi donné lieu à quelques prises de bec. « Quelle importance accordez-vous au contrôle de la fiscalité, des dépenses, et aura-t-on besoin de hausser les impôts ? » a demandé l’animatrice Stéphanie Grammond.

Le représentant conservateur a visé les récentes hausses de taxes et les « déficits à outrance depuis six ans » pour faire valoir son point de vue. « Nous ne pouvons pas atteindre un équilibre budgétaire sur cette prémisse avec un gouvernement libéral. Ils ne savent pas compter. »

La candidate du NPD a plutôt tout misé sur l’accroissement des revenus pour retrouver la santé financière de l’État. Taxe sur la richesse, taxe sur les profits de la pandémie, augmentation de 3 % de « l’impôt des grandes entreprises » sont au menu du NPD, a énuméré Ève Péclet. « Les libéraux promettent des milliards de dollars, mais par contre ne réforment pas le système fiscal », a-t-elle lancé à sa vis-à-vis.

« Le NPD promet tout, mais quand on promet tout et qu’on a plein de priorités, on n’a pas de priorité », a répliqué cette dernière. Le Parti libéral compte surtout sur une croissance économique pour réduire le déficit. « Les seules entreprises liées par les augmentations de taxes, ce sont les banques et les compagnies d’assurances », a affirmé Mélanie Joly.

Le candidat bloquiste a plutôt souhaité voir de plus grands transferts d’argent d’Ottawa vers les provinces. Offrir « des marges de manœuvre » est, selon lui, « le travail fondamental du Canada ». « On ne peut pas penser les finances publiques canadiennes sans penser aux déficits des provinces », a martelé Jean-Denis Garon.

Banques et travailleurs

La Banque de l’infrastructure du Canada, fondée par les libéraux en 2017, a créé la discorde. Les conservateurs veulent s’en débarrasser, y voyant, selon les mots de Vincent Duhamel, « un animal qui compétitionne contre la Caisse de dépôt, contre les fonds de pension des employés fédéraux, les fonds des policiers, tous les fonds de pension […] ». Le NPD souhaite plutôt la convertir en « Banque canadienne du climat », qui, dixit Ève Péclet, « pourrait soutenir l’innovation, soutenir les nouvelles technologies, par exemple par l’électrification des transports ». Le Bloc considère qu’elle « ne remplit pas sa mission et a de la difficulté à obtenir de l’investissement privé » et suggère également de l’abolir. De son côté, Mélanie Joly soutient que le projet du REM « ne pourrait pas se faire si le fédéral n’était pas là pour mettre le financement » via la Banque de l’infrastructure.

Les solutions à la pénurie de main-d’œuvre ont également accaparé une section du débat. « Il n’y a pas assez d’immigrants, pas assez de nouveaux arrivants au Québec et au Canada », a pointé la candidate libérale. « C’est épouvantable de faire venir un travailleur étranger qualifié en termes de paperasse », a ensuite reproché le représentant du Bloc québécois. « La gestion doit être cédée à Québec », a-t-il défendu, une suggestion reprise à l’identique par son concurrent conservateur. La candidate du NPD a qualifié ces propositions de « très simpliste », avançant que la crise de la main-d’œuvre se résorbera plutôt par de « meilleures conditions de travail et de salaire », ainsi que par « la reconnaissance des acquis et des compétences » par le fédéral.

Enfin, un consensus a émergé lors du tout dernier segment de débat ouvert. L’aéroport de Montréal doit redevenir « une plaque tournante » après la pandémie, ont convenu tous les candidats. Le prochain gouvernement, quel qu’il soit, s’engagera donc à aider l’aéroport à redécoller.

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