Chaudes luttes électorales en périphérie de la métropole

La candidate libérale dans Longueuil–Saint-Hubert, Florence Gagnon, se présente contre le député bloquiste Denis Trudel, qui avait été élu avec un peu plus de 2500 voix d’avance face à l’opposition libérale lors des dernières élections fédérales, en 2019.
Photo: Anne-Marie Provost Le Devoir La candidate libérale dans Longueuil–Saint-Hubert, Florence Gagnon, se présente contre le député bloquiste Denis Trudel, qui avait été élu avec un peu plus de 2500 voix d’avance face à l’opposition libérale lors des dernières élections fédérales, en 2019.

« Bonjour, vous allez bien ? Denis Trudel, député de Longueuil–Saint-Hubert », lance le bloquiste à une femme dans la trentaine. Elle marche avec son garçon assis dans une poussette dans la rue Saint-Charles, à Longueuil. Nous sommes samedi après-midi et le soleil est éclatant. « Oui, on vous a reconnu », répond-elle avec un grand sourire.

L’acteur et politicien de 58 ans l’interroge sur ce qui la préoccupe. « Il y a l’environnement, dit-elle. Puis, évidemment, encore plus le Québec, avec ce qui s’est passé… » Elle fait référence à la question controversée de Shachi Kurl, animatrice au débat des chefs en anglais de jeudi dernier, qui a provoqué une vive réaction. « Une modératrice n’est pas censée avoir des prémisses comme ça dans ses questions, c’est malvenu et partial. Ça m’a dérangée, beaucoup », lance-t-elle.

Le député bloquiste aura son vote. Quelques dizaines de mètres plus loin, une autre électrice aborde spontanément le sujet. « Votre chef a bien fait ça. Ça a ravivé la fibre québécoise, mentionne la femme, début soixantaine, accompagnée de sa fille. On réfléchit encore [au parti] pour qui nous allons voter, mais ça penche vers là. »

Le sujet teinte le vote par anticipation, affirme Denis Trudel au Devoir. « Le monde se sent insulté. J’interagis avec plusieurs centaines de personnes par jour et, hier, j’ai vraiment senti un game changer », affirme-t-il.

Des députés bloquistes avec qui Le Devoir s’est entretenu ont dit qu’ils s’en faisaient tous parler sur le terrain, et leur parti a abondamment tapé sur le clou dans les jours qui ont suivi le débat. Cela survient alors que, sur l’île de Montréal, les choses semblent figées, mis à part une lutte entre libéraux et bloquistes dans Hochelaga. Mais des courses serrées entre les deux formations politiques retiennent l’attention autour de l’île. Selon le site 338Canada, Longueuil–Saint-Hubert, Longueuil–Charles-LeMoyne, Montarville, Châteauguay–Lacolle et Shefford sont notamment en jeu.

Ici, dans Longueuil–Saint-Hubert, Denis Trudel, qui avait été élu en 2019 avec un peu plus de 2500 voix d’avance, fait face à une opposition libérale organisée. Florence Gagnon, 32 ans et consultante en développement stratégique, a bien l’intention de faire pencher la balance de son côté.

En début de soirée samedi, elle se promenait dans les rues d’un quartier aisé de Longueuil pour cogner aux portes de sympathisants et les inciter à voter par anticipation. Pour certains, c’est déjà fait. Des bénévoles font la même chose ailleurs dans la circonscription.

« Nous sommes beaucoup, nous sommes plus de cinquante à travailler assidûment dans l’équipe. Et il y a toujours des bénévoles qui viennent donner un coup de main, précise la candidate au Devoir. Ça fait plus d’un an que je travaille sur le terrain, à former une équipe et à aller à la rencontre des citoyens et des organismes du coin. »

Elle se froisse quand on lui rapporte les propos de son opposant bloquiste, qui dit qu’il « ne la voi[t] jamais, personne ne l’a vue », alors qu’on klaxonne à son intention « devant le Walmart ». « Je ne pourrais pas être plus présente dans la circonscription et avoir une meilleure préparation de terrain », réplique la candidate. Elle décoche une flèche au député. « Denis Trudel s’approprie toutes les réalisations de notre gouvernement, en ce qui concerne l’aérospatiale et le logement abordable », dit-elle.

Dans une rue tranquille, une jeune mère de famille ouvre sa porte. « Bonjour, est-ce qu’on peut compter sur votre appui ? » demande Florence Gagnon, masque sur le visage et un sourire dans la voix. La femme hésite, répond être encore en réflexion. « J’aime pas Trudeau », lance son mari au loin. Cela ne démonte pas la candidate, qui déballe ses idées. « Je suis une fille du coin, au fait des dossiers locaux », affirme-t-elle, avant de parler d’environnement et de places en garderie. « Si vous voulez appuyer plus de jeunes femmes en politique, c’est important », dit-elle. L’argument semble faire mouche.

Dures batailles

Signe que la région suscite de l’intérêt, Justin Trudeau était en position offensive en territoire bloquiste en fin de semaine dernière. Le chef libéral était de passage à La Prairie dimanche et à Montarville la veille.

« Ça ne m’inquiète pas outre mesure », indique au Devoir Stéphane Bergeron, député bloquiste dans Montarville, en laissant entendre que le premier ministre n’y est pas resté très longtemps. Le politicien d’expérience avait battu le député libéral Michel Picard en 2019. « Je ne tiens pas les choses pour acquises, mais on a le sentiment que ça va bien », dit-il. Il fait maintenant face à une candidate libérale de la région, Marie-Ève Pelchat, 24 ans, courtière immobilière.

Samedi après-midi, plusieurs centaines de familles sont rassemblées dans un parc de Sainte-Julie pour la Journée de la famille. La candidate libérale aborde deux hommes dans la trentaine qui gardent un œil sur leurs enfants. « Je t’ai vue à la télévision. Tu es jeune, tu as des idées et de l’énergie », lance l’un d’eux, content de lui parler. « Ton opposant est bien installé, on le voit tout le temps », fait remarquer son ami.

Ils s’intéressent à la politique, mais ce n’est pas encore clair pour qui ils vont voter. « Ce qui me fait hésiter, c’est le timing », confie l’un d’eux au Devoir. « C’est la rentrée scolaire. Je n’ai pas la tête à ça, c’est dur de suivre. Je voulais écouter un débat, mais j’avais une rencontre de parents en même temps », dit-il.

De son côté, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a visité Shefford samedi, une circonscription bloquiste qui chevauche l’Estrie et la Montérégie. L’ancien député libéral Pierre Breton y a été battu par près de 900 voix par la bloquiste Andréanne Larouche. Il se présente de nouveau. Sur les routes, les pancartes des deux candidats sont bien visibles.

« C’est une élection dont les gens ne voulaient pas et ça a un impact », affirme la bloquiste de 39 ans, rencontrée dimanche par Le Devoir lors du lancement d’un livre de l’Association féminine d’éducation et d’action sociale (AFEAS), à Granby. « Les libéraux mettent de l’énergie pour ravoir la circonscription. Nous, on met de l’énergie pour la conserver », ajoute-t-elle.

Quand elle parle aux gens de sa circonscription, la pénurie de la main-d’œuvre est un sujet récurrent. « C’est majeur, dit-elle. Nous avons un parc industriel très important à Granby. On parlait de pénurie avant la pandémie, mais ça s’est exacerbé. »

Dans ces trois circonscriptions, les partis vont batailler fort pendant les jours qu’il leur reste. Ils tenteront jusqu’au bout de convaincre des électeurs peu mobilisés, qui peinent encore à comprendre pourquoi ces élections ont été déclenchées.

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