Les opposants aux mesures unissent les chefs fédéraux

Des opposants aux mesures sanitaires manifestaient devant le campus Civic de l’hôpital d’Ottawa lundi. Les chefs fédéraux se sont unis pour dénoncer le fait que des antivaccins se réunissent devant les hôpitaux du pays, en bloquant parfois leur accès.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Des opposants aux mesures sanitaires manifestaient devant le campus Civic de l’hôpital d’Ottawa lundi. Les chefs fédéraux se sont unis pour dénoncer le fait que des antivaccins se réunissent devant les hôpitaux du pays, en bloquant parfois leur accès.

Les manifestations d’opposants aux mesures sanitaires aux quatre coins du pays ont mené à un rare front commun sur le terrain de la campagne électorale. Les chefs fédéraux se sont unis pour dénoncer le fait que ces antivaccins se réunissent devant les hôpitaux et en bloquent parfois l’accès. Justin Trudeau et Jagmeet Singh sont allés jusqu’à promettre de resserrer le Code criminel pour protéger les travailleurs de la santé et leurs patients.

De Montréal à Toronto, en passant par Winnipeg et Halifax, le regroupement « Infirmier(e) s de première ligne du Canada » avait organisé des « veillées silencieuses » devant des hôpitaux pour dénoncer les mesures sanitaires comme le passeport vaccinal instauré dans certaines provinces.

« Inacceptables »

Tour à tour, les chefs fédéraux ont déploré des manifestations « inacceptables ».

Le libéral Justin Trudeau a promis d’amender le Code criminel, s’il est réélu, pour interdire de bloquer l’accès aux édifices de soins de santé, y compris les hôpitaux, les cliniques de vaccination, les cliniques de dépistage, les pharmacies ou encore les cliniques d’avortement. Un gouvernement libéral érigerait en outre en infraction criminelle le fait d’intimider ou de harceler un travailleur de la santé ou une personne recevant des soins de santé.

« Je suis d’accord que c’est un peu ridicule qu’on en soit rendu là dans ce pays », a fait valoir M. Trudeau en point de presse à Vancouver. « Dans un pays comme le Canada, […] de devoir dire de façon explicite que, non, vous ne devriez pas être en train de faire peur à des infirmières pendant qu’elles vont faire leur travail, vous ne devriez pas pouvoir cracher ou crier après les médecins qui sont en train de rentrer pour sauver des vies. Mais on est là », a constaté le chef libéral.

Le leader néodémocrate, Jagmeet Singh, a lui aussi condamné les manifestations. « J’aimerais qu’elles soient bannies, absolument, et une des façons d’y parvenir est de demander des peines plus lourdes pour envoyer un message clair que ce n’est pas permis. » M. Singh propose de modifier le Code criminel pour que soient considérés comme facteurs aggravants le fait de menacer des patients ou des travailleurs de la santé, de même que le fait de les empêcher de recevoir ou de donner des soins.

Les corps policiers ont déjà le pouvoir, en vertu de lois provinciales ou municipales, d’intervenir pour disperser une manifestation. Six provinces — dont le Québec — comptent aussi des lois interdisant les manifestations près de cliniques d’avortement. La loi québécoise prévoit une contravention de 500 $ à 2500 $, selon le type d’infraction.

Les libéraux veulent toutefois durcir les peines par le truchement du Code criminel et élargir les « zones sécuritaires » à tous les établissements de soins de santé.

Le chef conservateur, Erin O’Toole,ne s’est pas prononcé sur l’éventualité de durcir la loi. « J’ai confiance en la capacité de nos corps policiers et nos autorités municipales d’assurer l’accès aux services et pour nos travailleurs de première ligne », a-t-il simplement indiqué, en parlant du droit de manifester de façon pacifique. « Mais de harceler et d’essayer de bloquer l’accès aux soins de santé, en pandémie, c’est complètement inacceptable », a-t-il insisté.

Yves-François Blanchet, du Bloc québécois, a invité « les opposants à la vaccination, quels que soient leurs arguments, à utiliser des moyens décents pour les exprimer ».

Villes et provinces furieuses

Les veillées de lundi semblaient toutes pacifiques, l’invitation sur Facebook ayant appelé à s’abstenir de bloquer les entrées des hôpitaux. À Montréal, il n’y avait pas foule devant le Centre universitaire de santé McGill. Mais d’autres rassemblements ont bloqué l’accès à des hôpitaux ces dernières semaines. Une ambulance avait même eu de la difficulté à se frayer un chemin à travers la foule lors de l’un d’eux, à Vancouver, au début du mois.

Le gouvernement de François Legault n’a pas exclu lundi d’étendre l’interdiction de manifester au mouvement contre la vaccination. « Nous évaluons toutes nos options à l’heure actuelle, tant pour les manifestations qui ont lieu devant les hôpitaux que devant les écoles », a indiqué le bureau du ministre de la Santé, Christian Dubé.

« Les antivaccins choisissent une mauvaise cible », a commenté ce dernier sur Twitter lundi après-midi. « La police surveillera de près les manifs. »

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a tenu un point de presse pour dénoncer la manifestation au CUSM de même que celle organisée devant une école vendredi dernier. Se disant « outrée et en colère », Mme Plante s’est adressée directement aux manifestants. « Vous n’êtes pas d’accord ? Fine, c’est correct. Mais de là à empêcher des gens d’aller se faire vacciner, de faire leur travail ou de soigner des gens, ou d’aller étudier, c’est non », a-t-elle raillé. Le maire de Toronto, John Tory, a tenu des propos semblables.

Le premier ministre ontarien, Doug Ford, a déploré sur Twitter des manifestations « égoïstes, lâches et insouciantes ». Le premier ministre albertain, Jason Kenney, — lui aussi conservateur — a dénoncé sur les réseaux sociaux le « jugement consternant » d’une petite minorité de manifestants et prévenu que la police albertaine avait le pouvoir d’intervenir.

Avec Jeanne Corriveau

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