O’Toole maintient son changement de cap sur la question des armes à feu

Le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole

Le chef conservateur, Erin O’Toole, a adressé lundi un message simple aux candidats et sympathisants qui nient que le parti ait changé sa politique sur les armes à feu : il est aux commandes.

M. O’Toole a rompu hier avec la plateforme de sa formation politique, promettant de maintenir telle quelle l’interdiction adoptée par le gouvernement libéral en mai 2020 sur 1500 modèles d’armes à feu.

Cependant, lundi matin, le candidat conservateur Rob Morrison, qui se présente dans la circonscription de Kootenay-Columbia en Colombie-Britannique, a soutenu que la promesse d’abroger l’interdiction des libéraux n’avait pas changé.

Interrogé sur ce message, M. O’Toole a répondu : « Je suis le chef ».

Il a répété lundi que s’il était élu, il maintiendrait l’interdiction des libéraux, introduite par un décret, pendant que son parti révise le système canadien de classification des armes à feu.

« Ce à quoi je me suis engagé, c’est de laisser tout en place maintenant, le statu quo, afin que les gens sachent que nous pouvons nous concentrer sérieusement sur la sécurité publique. En fait, de s’attaquer aux armes à feu illégalement passées en contrebande, qui sont la cause de bon nombre des fusillades que nous voyons dans les villes, et avoir un processus public totalement indépendant pour corriger le système de classification », a-t-il déclaré.

Le chef conservateur est sans cesse questionné sur la politique du parti en matière d’armes à feu depuis qu’il a affirmé qu’il maintiendrait l’interdiction des « armes d’assaut », lors d’un débat en français la semaine dernière.

M. O’Toole a répété cette déclaration dans les jours suivants tout en restant évasif quant à savoir s’il parlait du décret de mai 2020 ou du projet de loi de 1977 interdisant les armes entièrement automatiques. Il affirmait samedi que les électeurs pouvaient consulter la plateforme du parti pour préciser cette question.

Dimanche matin, il a toutefois rompu avec la promesse de son programme électoral d’abroger le décret, affirmant explicitement qu’il la garderait en place, sans préciser pour combien de temps.

Les groupes qui préconisent un contrôle plus strict des armes à feu ne se disent pas impressionnés par le changement. Dans une déclaration conjointe, Médecins canadiens pour un meilleur contrôle des armes à feu, le Réseau canadien anti-haine et le Danforth Families for Safe Communities, ont mentionné que les propos du chef conservateur les avaient « encore plus alarmés ».

« M. O’Toole ne s’est pas engagé à maintenir l’interdiction des armes d’assaut, ni à inscrire l’interdiction dans la législation et à se préparer à racheter les armes désormais interdites », ont-ils commenté.

Les groupes sont également préoccupés par la promesse des conservateurs de consulter les propriétaires et les fabricants d’armes à feu dans le cadre de la révision proposée. « Il n’y a aucune mention de survivants, de médecins, de femmes, de chercheurs anti-haine, de scientifiques ou d’universitaires », ont-ils exposé.

Interrogé sur la question, M. O’Toole a déclaré en français que tous les groupes intéressés seraient consultés.

Critiqué par les défenseurs du contrôle des armes à feu et le Parti libéral pour ce qu’ils prétendent être des liens étroits avec le lobby des armes à feu, M. O’Toole a affirmé que ce lobby ne faisait « rien » pour lui et qu’il n’y a aucun donnant-donnant.

Le directeur de campagne du chef conservateur, Fred DeLorey, est un ancien lobbyiste de l’Association nationale pour les armes à feu. Le chef libéral, Justin Trudeau, a accusé son rival conservateur d’avoir un « accord secret » avec le lobby des armes à feu.

M. O’Toole a dit qu’il essayait de montrer aux Canadiens qu’il pouvait « faire passer la sécurité publique en premier en maintenant les restrictions en place et en éliminant la politique de la classification ».

Les groupes pro-contrôle des armes à feu se disent également préoccupés au sujet de la promesse de M. O’Toole d’abroger le projet de loi C-71. Celui-ci a accru les vérifications des antécédents des propriétaires d’armes à feu, créé certaines exigences en matière de tenue de dossiers pour les vendeurs d’armes à feu et resserré les règles de transport des armes à feu.

Lundi, Erin O’Toole a déclaré qu’il soutenait certains éléments de cette loi, y compris les vérifications élargies des antécédents, mais qu’il était préoccupé par l’exigence de tenue de dossiers.

Fête du Travail

En ce congé de la fête du Travail, M. O’Toole en a profité pour souligner sa promesse de doubler l’Allocation canadienne pour les travailleurs s’il est élu premier ministre, la faisant passer à 2800 $ pour les individus et à 5000 $ pour les familles.

C’est ce qu’il a indiqué lors d’un point de presse tenu depuis son studio de campagne, dans un hôtel d’Ottawa, lundi.

M. O’Toole a expliqué que pour une personne gagnant entre 12 000 $ et 28 000 $, sa promesse représenterait une augmentation de salaire d’un dollar l’heure. Il a ajouté que 3,5 millions de personnes profiteraient de cette mesure, et que les montants reliés à ce crédit d’impôt remboursable seraient versés chaque trimestre.

Actuellement, les travailleurs éligibles peuvent recevoir jusqu’à la moitié de crédit d’impôt en versements anticipés trimestriels.

Le chef conservateur a également annoncé qu’il doublerait les montants accordés aux personnes vivant avec un handicap, de 713 $ à 1500 $. Il a affirmé que ces allocations supplémentaires viendraient en aide aux personnes à faible revenu, dans un contexte où le coût de la vie augmente.



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